arteIngrid Bergmanquiz
du 18 décembre 2000 au 15 janvier 2001
Intermezzo
Stromboli
Visage de femme
La nuit de la Saint-Jean
Sonate d'automne

Biographie
Pour en savoir plus

 

L'étoile du Nord

Portrait de l'héroïne de Casablanca, les Amants du Capricorne,
Stromboli et Sonate d'automne.

 

 

Stockholm, 1933. Une jeune fille de dix-sept ans, timide, gauche et maigre, demande de l'argent à son tuteur pour passer le concours de l'école royale d'art dramatique. Elle ne le sait pas encore mais sept ans plus tard elle jouera le premier rôle d'une pièce à succès sur une scène prestigieuse de New York... Pour l'instant, elle a peur, elle sait que toute sa vie dépend de cette audition.

Elle est née en 1915. Elle est orpheline. Elle s'appelle Ingrid Bergman. Une fois son diplôme obtenu, les choses vont aller très vite pour la jeune Suédoise. Gustav Molander tourne avec elle Intermezzo en 1936. L'histoire d'une professeur de piano qui tombe amoureuse d'un violoniste célèbre, marié et heureux. C'est un immense succès qui traverse l'Atlantique.

David O'Selznick invite Ingrid Bergman à Hollywood et produit un remake qu'elle interprète sous la direction de Grégory Ratoff. Ingrid Bergman impose en quelques films son naturel, sa probité et son énergie. Elle est une "lumière du nord" différente de celle de Garbo. Elle excelle en héroïne énergique, droite et pure. Mais elle veut casser cette image et tourne un rôle plus âpre, celui de la barmaid dans Docteur Jekyll et Mr Hyde de Victor Fleming. Hantise de Cukor en 1944 - qui lui vaut son premier Oscar -, et surtout le Casablanca de Michael Curtiz aux côté d'Humphrey Bogart, l'année précédente, ont fait d'elle une actrice populaire et accessible.

Elle impose un jeu solaire pour illuminer des personnages idéalistes et tragiques : Maria, la jeune fille violée par les fascistes dans Pour qui sonne le glas de Sam Wood, ou la Jeanne d'Arc de Victor Fleming. Elle est à la fois romantique et puritaine, modelée en cela par Selznick mais aussi par Hitchcock qui fait d'elle son héroïne fétiche pour trois films : la Maison du Docteur Edwardes (1945), les Enchaînés (1946) et les Amants du Capricorne (1949). Mais la vision d'un film italien va bouleverser un destin qui semblait tout tracé : enthousiasmée par la beauté de Rome, ville ouverte, Ingrid Bergman envoie un télégramme au réalisateur, Roberto Rossellini. Celui-ci lui répond en évoquant le sujet de Stromboli... C'est bientôt le voyage en Italie, la parenthèse pour six films avec Rossellini qui devient son mari (et le père de ses trois enfants). On imagine mal aujourd'hui le scandale que provoqua la décision de l'actrice de rompre avec le système...

Couple Bergman-Rosselini
En excellent documentariste, Rossellini ne peut faire l'impasse sur cette situation étrange : une star hollywoodienne égarée dans le néoréalisme, sa difficile intégration dans un univers autre, les différences culturelles mais aussi les déchirements intimes que cela entraîne. Trois des films du tandem Bergman-Rossellini traitent de la désintégration d'un couple.

Le jeu de l'actrice, construit et précis, semble étranger aux territoires sauvages traversés par Rossellini : on pourrait presque parler d'un compromis d'un côté comme de l'autre, et c'est cet antagonisme qui rend les films bouleversants. En 1956 la parenthèse se referme et Ingrid Bergman renoue avec le théâtre et un public plus conventionnel. Pendant vingt ans elle naviguera sur des films-paquebots rendus prestigieux par sa seule présence... Sans jamais accoster sur des rivages aussi passionnants que ceux d'Hitchcock ou de Rossellini, elle tourne cependant un film magnifique avec le sous-estimé Anatole Litvak : Aimez-vous Brahms (1961). Et puis elle est au rendez-vous du dernier chef d'œuvre de Vincente Minnelli, Nina (1976), une splendeur qui fut un échec. Reste alors l'ultime rencontre avec Ingmar Bergman, le retour aux sources, en Suède : Sonate d'automne, dernier film d'Ingrid Bergman en 1978. Quarante ans après Intermezzo, elle interprète de nouveau une pianiste, mais une pianiste égocentrique, terrible, dure, rejetant sa fille dans l'ombre.

Cette actrice généreuse, positive ne pouvait s'en tenir là : dans un film réalisé pour la télévision, elle donne vie à une femme politique exceptionnelle, Golda Meir. C'est sur cette interprétation saisissante (une ressemblance physique étonnante) que s'achève la carrière de celle qui fut à jamais la femme à la fois forte et blessée des films d'Hitchcock et de Rossellini. Ingrid Bergman meurt le jour de son anniversaire, en 1982.

 



Ingrid Bergman