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Stockholm,
1933. Une jeune fille de dix-sept ans, timide, gauche et maigre,
demande de l'argent à son tuteur pour passer le concours de l'école
royale d'art dramatique. Elle ne le sait pas encore mais sept ans
plus tard elle jouera le premier rôle d'une pièce à succès sur une
scène prestigieuse de New York... Pour l'instant, elle a peur, elle
sait que toute sa vie dépend de cette audition.
Elle
est née en 1915. Elle est orpheline. Elle s'appelle Ingrid
Bergman. Une fois son diplôme obtenu, les choses vont aller très
vite pour la jeune Suédoise. Gustav Molander tourne avec
elle Intermezzo en 1936. L'histoire d'une professeur de piano
qui tombe amoureuse d'un violoniste célèbre, marié
et heureux. C'est un immense succès qui traverse l'Atlantique.
David
O'Selznick invite Ingrid Bergman à Hollywood et produit un remake
qu'elle interprète sous la direction de Grégory Ratoff. Ingrid
Bergman impose en quelques films son naturel, sa probité
et son énergie. Elle est une "lumière du nord" différente
de celle de Garbo. Elle excelle en héroïne énergique,
droite et pure. Mais elle veut casser cette image et tourne un rôle
plus âpre, celui de la barmaid dans Docteur Jekyll et Mr Hyde
de Victor Fleming. Hantise de Cukor en 1944 - qui lui vaut
son premier Oscar -, et surtout le Casablanca de Michael
Curtiz aux côté d'Humphrey Bogart, l'année précédente,
ont fait d'elle une actrice populaire et accessible.
Elle
impose un jeu solaire pour illuminer des personnages idéalistes
et tragiques : Maria, la jeune fille violée par les fascistes
dans Pour qui sonne le glas de Sam Wood, ou la Jeanne
d'Arc de Victor Fleming. Elle est à la fois romantique et puritaine,
modelée en cela par Selznick mais aussi par Hitchcock qui
fait d'elle son héroïne fétiche pour trois films :
la Maison du Docteur Edwardes (1945), les Enchaînés
(1946) et les Amants du Capricorne (1949). Mais la vision
d'un film italien va bouleverser un destin qui semblait tout tracé
: enthousiasmée par la beauté de Rome, ville ouverte,
Ingrid Bergman envoie un télégramme au réalisateur,
Roberto Rossellini. Celui-ci lui répond en évoquant
le sujet de Stromboli... C'est bientôt le voyage en Italie,
la parenthèse pour six films avec Rossellini qui devient son mari
(et le père de ses trois enfants). On imagine mal aujourd'hui le
scandale que provoqua la décision de l'actrice de rompre
avec le système...

En excellent
documentariste, Rossellini ne peut faire l'impasse sur cette situation
étrange : une star hollywoodienne égarée dans
le néoréalisme, sa difficile intégration dans
un univers autre, les différences culturelles mais aussi
les déchirements intimes que cela entraîne. Trois des films
du tandem Bergman-Rossellini traitent de la désintégration
d'un couple.
Le
jeu de l'actrice, construit et précis, semble étranger
aux territoires sauvages traversés par Rossellini : on pourrait
presque parler d'un compromis d'un côté comme de l'autre,
et c'est cet antagonisme qui rend les films bouleversants. En 1956
la parenthèse se referme et Ingrid Bergman renoue avec le
théâtre et un public plus conventionnel. Pendant vingt
ans elle naviguera sur des films-paquebots rendus prestigieux par
sa seule présence... Sans jamais accoster sur des rivages
aussi passionnants que ceux d'Hitchcock ou de Rossellini, elle tourne
cependant un film magnifique avec le sous-estimé Anatole
Litvak : Aimez-vous Brahms (1961). Et puis elle est au rendez-vous
du dernier chef d'uvre de Vincente Minnelli, Nina (1976),
une splendeur qui fut un échec. Reste alors l'ultime rencontre
avec Ingmar Bergman, le retour aux sources, en Suède : Sonate
d'automne, dernier film d'Ingrid Bergman en 1978. Quarante ans
après Intermezzo, elle interprète de nouveau
une pianiste, mais une pianiste égocentrique, terrible, dure,
rejetant sa fille dans l'ombre.
Cette
actrice généreuse, positive ne pouvait s'en tenir
là : dans un film réalisé pour la télévision,
elle donne vie à une femme politique exceptionnelle, Golda Meir.
C'est sur cette interprétation saisissante (une ressemblance
physique étonnante) que s'achève la carrière de celle qui
fut à jamais la femme à la fois forte et blessée des films
d'Hitchcock et de Rossellini. Ingrid Bergman meurt le jour de son
anniversaire, en 1982.
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