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ENNEMIS INTIMES
Comme il sait, peut-être plus douloureusement que d'autres, qu'on ne se débarrasse pas des fantômes comme cela, qui plus est de ceux dont on entend encore les menaces vociférées ou hurlées des années après, Werner Herzog tente une nouvelle fois, mais de manière plus frontale, de faire son deuil de l'acteur, en lui consacrant exclusivement ce documentaire. Tel le Ying et le Yang des noirceurs les plus abyssales de la personne humaine, Kinski et Herzog se complètent, le réalisateur voyant dans l'acteur hystérique et possédé l'une de ces visions qui peuplent son cinéma, un comédien capable d'incarner ses démesures les plus impressionnantes, une manière aussi de réaliser de manière éclatante sa propre folie douce, puisque l'on ne se réalise vraiment qu'à travers les autres…
Pour Klaus Kinski, Herzog fut le catalyseur qui allait lui permettre de donner la pleine démesure de son jeu et combler la haute idée, tout sauf confortable, qu'il se faisait du métier dramatique, d'en retirer toute la considération à laquelle son orgueil le poussait, et de jouir enfin du summum d'un comportement aristocrate que tout bon acteur se doit évidemment d'usurper, en reniant avec dégoût et mépris cette collaboration qui l'avait pourtant anobli. Kinski, le pauvre rebelle patricien, retourna alors aux séries B et autres westerns spaghetti, laissant même (quelle humiliation!) la notoriété de son propre nom… à sa fille Nastassja, dès les années 80. Telle flamboyance pathétique ne pouvait résulter que d'une noblesse feinte et artificielle, puisque à ce point exagérée et théâtrale et d'une solide dose de bêtise naturelle qui annule toute inhibition (les fondements du métier d'acteur en somme). Herzog l'introverti s'interroge sur Kinski l'extraverti, fasciné qu'il a pu l'être par quelqu'un d'aussi vulgaire et creux qu'un acteur, parallèlement un capital compagnon humain qui sondait viscéralement et paradoxalement en profondeur la très haute idée que le cinéaste se faisait de la création artistique. Beau et stupide à la fois, l'essence même des choses, en particulier au cinéma… Julien Welter |
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