 |
|
 |
|
|
 |
 |
|
 |
 |
|
 |
 |
 |
« La papaye est un fruit quand elle est mûre. Verte, elle est considérée comme un légume. C'est pourquoi le papayer est toujours planté derrière la cuisine, dans le potager, parmi les légumes et les herbes aromatiques. En aucun cas, il ne peut se mêler aux arbres du jardin d'agrément. |
|
|
 |
 |
 |
|
La papaye verte parvient à l'homme, dans une assiette, prête à être consommée. En revanche, elle est cueillie, lavée, épluchée, préparée par la femme. C'est ainsi que l'évocation de la papaye verte me rappelle aussitôt tout un monde de gestes et d'attitudes de la femme dans ses travaux domestiques. L'odeur de la papaye verte est pour moi un souvenir d'enfance des gestes maternels. » |
|
|
|
 |
 |
 |
|
|
 |
 |
 |
 |
|
« Lorsque j'ai écrit L'odeur de la papaye verte, je voulais parler du problème de la servitude qui est au coeur de la condition de la femme vietnamienne. Cette servitude étant très liée à la tradition et à l'éducation, elle se perpétue par un recommencement continuel. Ce mécanisme m'offrait naturellement une construction narrative en boucle que je n'ai finalement pas adoptée.
C'est ainsi que, tout en cherchant à maintenir cette idée de recommencement, j'ai préféré un récit en deux mouvements, dont le premier décrit le fonctionnement de cette servitude depuis son apprentissage, Jusqu'à son acceptation totale, érigée en tradition, en passant par le moment où, vieillissante et abandonnée par l'homme, la femme continue pourtant à le servir.
A dessein, J'ai omis dans ce premier mouvement l'étape essentielle que je décris dans le second, celle, lumineuse où la femme rencontre l'amour d'un homme.
L'amour va vider la servitude de son contenu aliénant et, la transcendant, lui fera accéder à un état spirituel où elle devient sacrifice et don de soi.
Cette construction rend mieux compte de l'extrême complexité des rapports ambigus entre la servitude et l'amour.
C'est une manière de montrer à quel point l'amour libère la femme de sa servitude tout en l'y enfermant davantage.
Les séquences et le filmage suivent la logique des travaux quotidiens des femmes. D'où une grande importance accordée à la description du quotidien.
A force de le scruter minutieusement, je cherchais à entrevoir, à travers les gestes de la femme, la densité du rituel. » |
|
|
 |
|
|
 |
 |
 |
|
|
 |
 |
|
|
 |
 |
 |
|
« Après plusieurs repérages au Vietnam, il nous est apparu évident que pour parvenir au filmage que je souhaitais pour le film, il fallait déplacer un très grand nombre de familles d'un quartier et transformer complètement ce qui existait déjà.
Construire des décors nous évitait tous ces problèmes, et nous donnerait de surcroît de nombreux avantages, tant pour l'image que pour le son.
Je voulais un rythme ample qui traduirait l'amplitude de la vie, et non pas seulement un drame particulier. Pour cela, il fallait un décor qui me permettait de faire de longs plans séquences, parce que je crois que ceux-ci donnent mieux la sensation de la durée, et celle d'une plus grande réalité: par exemple, au début du film, il me semblait important, pour amorcer le thème de la servitude, d'accompagner par un seul mouvement la petite servante depuis la rue jusqu'à sa chambre, et de terminer le plan, toujours dans le même souffle, sur la mère qui va servir le père.
J'ai organisé l'espace des décors de façon à avoir la plus grande fluidité possible pour la circulation des personnages et de la caméra.
Les nombreuses portes et fenêtres me permettaient d'aérer et de créer des profondeurs dans l'image.
L'élan des personnages ou le mouvement fluide et continu du quotidien devait s'exprimer physiquement dans le filmage. » |
|
|
 |
|
« Le vrai problème pour un tournage en France n'était pas celui du décor qui devait être construit de toute façon, mais celui des comédiens.
A part le rôle de la vieille servante que nous avons fait venir du Vietnam, le reste de la distribution a été trouvé en France après un long casting.
Le caractère hétéroclite de ce casting était effrayant ! Les acteurs venaient de classes sociales et d'horizons les plus divers. Ils étaient de la lele et de la 2e génération, d'après 75 et d'avant 75. Ils ne parlaient pas tous le vietnamien, et ceux qui le parlaient n'avaient pas tous le même accent. Les plus jeunes avaient perdu ou n'avaient Jamais connu la gestuelle vietnamienne et ses attitudes caractéristiques.
Cependant, ils avaient un point commun : ils étaient tous des amateurs ! D'où trois mois de répétitions avant le tournage. C'était davantage un apprentissage que des répétitions.
Rester accroupi sur les talons n'était pas une mince affaire pour des enfants qui avaient l'habitude de s'asseoir sur une chaise, le dos bien raide.
Dans ce sens, l'apport de la vieille servante venue du Vietnam était considérable parce qu'elle était pour eux un exemple concret et vivant. » |
|
|
 |
|
« Le film se passe dans les années 50. A cette époque, les Français étaient encore présents au Vietnam.
Si j'ai choisi de ne pas les montrer, c'est parce queje voulais que cette histoire se passe dans un petit quartier. calme, typiquement vietnamien. Je devais aussi, pour la cohérence de mon propos, tenir le public français à l'écart de toute tentative nostalgique.
L'action se déroule à Saigon, alors que les champs de bataille étaient dans le nord, c'est pourquoi la guerre n'est ici que suggérée.
J'ai situé le film à cette époque, parce que j'avais besoin de regarder derrière moi, besoin d'un passé cinématographique national que je n'avais pas. Alors Je l'ai créé. C'était une nécessité psychologique.
Je l'ai créé pour pouvoir maintenant travailler le présent, car dans tous mes projets d'avenir, seul le Vietnam d'aujourd'hui m'intéresse. » |
|
|
|
Tran Anh Hung |
|
|
|
|
|
|