
Interview dans les archives du C.E.C.O.S. du Pr. Jouannet le 17/05/01 Material pour la préparation du documentaire "Spermatozoïdes en danger" d' Ariel Camacho Date de diffusion: 19 février 2002 à 20h45
Ariel Camacho Quelle est la fonction de l'andrologue et depuis quand cette spécialité existe ?
PR. JOUANNET: L'andrologie, qu'est-ce que c'est ? C'est la spécialité qui s'occupe des hommes, comme la gynécologie est la spécialité qui s'occupe des femmes. Et de manière très curieuse, pendant très très longtemps en médecine l'andrologie n'existait pas. Car ce qui concernait la fonction génitale de l'homme était ignorée par la médecine. La conception d'andrologie s'est développée depuis une vingtaine d'années. Au plan international il y a maintenant des sociétés d'andrologie et des journaux d'andrologie. Les andrologues, c'est qui ? Ce sont les médecins qui s'occupent des problèmes génitaux des hommes. Je dirais que c'est plutôt une compétence qu'une spécialité, parce que l'andrologie est au carrefour des différentes spécialités, et d'ailleurs, en France les andrologues viennent surtout de trois spécialités qui sont d'une part les urologues, d'autres part les endocrinologues et enfin des biologistes, qui s'occupent essentiellement de la stérilité. Donc à chaque fois ce sont des médecins qui s'occupent particulièrement des problèmes de stérilité masculine, tout ce qui fait la fertilité d'un homme, tout ce qui perturbe la fertilité d'un homme et aussi en grande partie ce qui s'intéresse à la sexualité et aux difficultés sexuelles des hommes.
A quoi est lié le fait que les femmes ont eu l'habitude de consulter des gynécologues et que les hommes n'avaient pas le pendant en quelque sorte ? Pr. J : Je pense que vous trouverez la réponse aussi facilement que moi. Je pense que ça vient d'une diminution culturelle. Dès qu'il s'agissait de fertilité ou de difficulté pour avoir des enfants, on pensait plutôt que les problèmes se trouvaient chez les femmes.
Est-ce que cette méconnaissance que les hommes ont de leur appareil génital du point de vue de la reproduction, a entraîné un certain recul par rapport à un développement des connaissances, par rapport à la fonction de reproduction chez l'homme ? Si on se situe dans une perspective historique, le problème, ce n'est pas simplement les hommes. Le problème, c'est la procréation et la reproduction. Si on regarde avec un peu de recul, la médecine ne s'est absolument pas occupée des problèmes de reproduction. C'était le cas de manière générale. Chez la femme, pendant très longtemps, la gynécologie c'était surtout l'obstétrique, d'ailleurs ça s'appelle gynécologie obstétrique. Donc on s'intéressait surtout à la grossesse, à l'accouchement, et puis aux pathologies génitales de la femme. Mais la dimension de reproduction, la dimension de stérilité était encore très peu prise en charge il y a une dizaine d'années.
Il n'y avait pas d'enseignement, il n'y avait pas de structure, de service, de laboratoire qui s'occupaient de reproduction. Moi, quand j'ai terminé mes études de médecine, et que je me suis intéressé aux problèmes de reproduction, de stérilité, pour me former dans ce domaine, j'ai dû aller à l'I.N.R.A. (Institut National de Recherche Agronomique). On s'intéressait à la reproduction pour l'élevage des animaux domestiques, c'est là que je me suis formé à la recherche. En médecine il n'y avait rien. Je n'ai pas trouvé un seul laboratoire, une seule structure, où l'on s'intéressait à cela. Donc, c'est dans ce contexte-là que l'on peut placer l'intérêt ou le désintérêt sur l'appareil génital de l'homme.
Ce qu'on peut dire, c'est que l'intérêt de la médecine pour la reproduction générale et la reproduction féminine a débuté après la deuxième guerre mondiale et s'est développé progressivement avec le développement de la contraception, avec le développement de la maîtrise de la procréation et de la stérilité. Naturellement on a commencé par les femmes, parce que c'est avec elles qu'on avait le plus de connaissances. Et on s'est rendu compte qu'il n'y avait pas que les femmes qui pouvaient êtres responsables de stérilité, on s'est dit, qu'il y a aussi des hommes. Et on s'est intéressé à l'homme. Il faut savoir, par exemple, que le premier laboratoire qui s'est intéressé spécifiquement aux aspects biologiques de la reproduction masculine a été crée en 1970 par le professeur J. Davide et j'étais dans ce laboratoire à cette époque-là et c'était la première fois qu'un laboratoire s'intéressait à cela.
Puis les choses se sont développées, mais je dirais que pour moi c'est plus un rapport à la reproduction et un rapport à la procréation que simplement un problème d'hommes. Et on pourrait dire encore aujourd'hui, que tout ce qui concerne la reproduction humaine, notamment dans sa dimension recherche qui est très négligée et pas seulement pour l'aspect masculin, je crois qu'il y a beaucoup de choses à faire et qu'on a encore énormément d'ignorance. Je crois que la dimension masculine étant aussi importante, il faut qu'il y ait aussi un apport masculin, et ce qui me semble le plus efficace, c'est que l'andrologue et le gynécologue travaillent ensemble pour résoudre un problème de fertilité.
Les femmes ne consultent pas pour rien en général, elles consultent parce qu'elles ont une demande et actuellement souvent c'est une demande de contraception. Ou alors, c'est dans un souci de prévention, de dépistage. On fait des examens systématiquement qui peuvent servir à dépister des cancers. Donc, pourquoi un homme consulte un andrologue ? Parce qu'il y a un problème de fertilité ? Les raisons pour lesquelles on consulte, sont des problèmes d'impuissance ou des difficultés sexuelles. Cependant, il y a encore beaucoup de situations où les hommes ne consultent pas un médecin spécialisé, c'est un vrai problème. Dans ce laboratoire, on fait des analyses de sperme, on voit encore très souvent des hommes venir faire des examens, parce que c'est le gynécologue de leur femme qui a donné un ordonnance pour un spermogramme à leur femme, mais qui n'a jamais rencontré l'homme. Et donc ces hommes viennent, ils n'ont jamais eu l'occasion de discuter de leurs problèmes avec un médecin, d'être examiné. Je crois qu'il est important d'avoir cette double approche, avec ces compétences médicales complémentaires qui vont aider ce couple à avoir des enfants.
Avez-vous le sentiment que les hommes sont plus ignorants que les femmes des différents aspects de la reproduction masculine ? Je ne peux pas répondre à cette question. Certains oui, d'autres non… Franchement je ne sais pas. Je vois des hommes qui sont très concernés et d'autres qui ne le sont pas. Je ne peux pas faire de comparaison homme / femme là.
Prenons l'exemple des spermatozoïdes. Souvent on parle de spermatogenèse et les gens ne savent même pas ce que c'est… Oui, mais si on prononce le mot ovogenèse, les gens sauront ce que c'est ?
Peut-être pas, non… Donc la fabrication des spermatozoïdes c'est la spermatogenèse. Alors on peut souhaiter que les gens apprennent comment on fabrique un spermatozoïde. La fabrication de l'ovule, cellule sexuelle féminine, c'est l'ovogenèse. Les femmes ne savent pas ce que c'est que l'ovogenèse. Elles savent que pour pouvoir être enceinte, il faut un ovule, que ce qui marque l'ovulation, c'est le cycle sexuel.
Il y a une manifestation externe, visible du cycle qui sont les règles, qui marquent le cycle non suivi de grossesse. Et on sait très bien que quand il y a grossesse, les règles s'arrêtent. Il y a donc des manifestations extérieures. Chez l'homme, il n'y a pas de manifestations extérieures de la fertilité, sinon que tous les hommes savent que pour faire un enfant il faut éjaculer, il faut des spermatozoïdes ou du sperme qui va aller dans les voies génitales de la femme, il faut avoir un rapport sexuel. Donc on pourrait dire que la manifestation extérieure de leur fertilité, une des manifestations, c'est la production d'une éjaculation.
Maintenant c'est vrai que les hommes ne prennent pas un microscope pour regarder les spermatozoïdes et voir s'il y a et combien il y a de spermatozoïdes et la qualité des spermatozoïdes etc. Et je ne dirais pas plus qu'une femme va aller regarder les ovules qu'elle ovule chaque mois. C'est vrai, que les gens ignorent les mécanismes de la reproduction, de la procréation, comment se forment les spermatozoïdes etc., mais là aussi, je crois que c'est de manière générale, que ce soit le versant féminin ou le versant masculin. Bien qu'apparemment il y ait à l'école un enseignement de la fonction de reproduction, qui est plus pertinent aujourd'hui qu'il ne l'était il y a 50 ans. Donc les enfants apprennent les mécanismes fondamentaux de la reproduction.
Maintenant, que les gens ignorent beaucoup de choses, que les gens ignorent ce qu'est, qu'est-ce qui fait la fertilité, pourquoi par exemple un des points fondamentaux de la procréation chez l'être humain c'est que quand un homme et une femme veulent avoir un enfant et qu'ils veulent avoir des rapports sexuels réguliers et sans problème au cours d'un cycle, il n'y a qu'environ 20 à 25% de chances que la femme devienne enceinte. Donc, la performance en reproduction de l'espèce humaine n'est pas très bonne et on sait que la répétition des cycles, la répétition des essais vont permettre d'obtenir la grossesse. Il y a une grossesse qui démarre dans 20 à 25 % des cas et ceci les gens ne le comprennent pas bien. On sait pourquoi, mais on est pas capable d'expliquer pourquoi il y a si peu de performances. Enfin, on a quand même quelques éléments de réponse sur les mécanismes de la fertilité, sur la complexité de la fertilité, sur la multitude des facteurs qui interviennent dans ce qui doit constituer une fécondation, le début du développement embryonnaire etc… Maintenant, est-ce qu'il serait fondamental, important, nécessaire, qu'ils connaissent tous les détails, je n'en sais rien, parce qu'après tout, faire un enfant c'est aussi autre chose que de discuter de molécules, de spermatozoïdes.
On peut penser que les gens font des enfants comme ça et qu'il n'est pas forcément nécessaire de connaître tous les mécanismes intimes. Mais la même situation existe pour d'autres fonctions : est-ce que les gens savent comment les aliments sont digérés dans leur estomac ? Je ne suis pas sûr qu'ils le savent très précisément ! S'il y avait plus d'informations, ce serait mieux, mais je crois que c'est un domaine général à la santé en France. Enfin, elle n'est pas si mauvaise que ça quand même l'information. Elle est aussi superficielle et anecdotique souvent et peut-être qu'elle n'est pas assez en profondeur. Mais j'ai l'impression que ce n'est pas pire dans notre domaine que dans d'autres.
Concernant la fragilité des testicules… prenons l'exemple d'une voiture : on peut prendre une voiture sans être obligé de savoir comment fonctionne le moteur, mais, en règle générale, on sait que si on va droit dans un mur, on risque de l'abîmer ou on risque de s'abîmer soi-même.
Mais pour les testicules, c'est pareil, si on savait qu'ils étaient fragiles et qu'ils sont susceptibles de subir des agressions… on sait qu'ils sont fragiles à des coups, mais ils sont aussi fragiles à des choses qui sont beaucoup plus invisibles… Cette perception de la fragilité du testicule existe-t-elle chez l'homme ? Pour eux, je pense que beaucoup de gens pensent quand même que leurs testicules sont précieux et je crois qu'on a souvent une vision du testicule comme étant un organe particulièrement précieux et à protéger.
Peut-être qu'effectivement on a assez conscience du fait que les processus cellulaires et moléculaires qui conduisent à la fabrication de spermatozoïdes soient fragiles et puissent être facilement perturbés et peut-être qu'il faudrait mieux en tenir compte. Alors, pourquoi c'est fragile, pourquoi la spermatogenèse est-elle fragile ? Parce que c'est un processus relativement complexe, qui comprend des aspects de différenciation cellulaire. Il s'agit de fabriquer une cellule vraiment très particulière :le spermatozoïde. C'est une cellule vraiment très particulière parce que son noyau est complètement différent de celui de toutes les autres cellules. Il est le résultat d'une recombinaison des gènes d'origine paternelle et maternelle de l'homme. Ensuite il faut réduire par deux la quantité. Tout ce processus de constitution de ce noyau est un processus très compliqué, qui est susceptible de plein d'erreurs donc très fragiles. Il faut fabriquer un assez grand nombre de spermatozoïdes pour qu'il y ait des chances qu'il y en ait un qui atteigne l'ovule pour la fécondation. Donc il y a des multiplications de cellules assez importantes et toute intervention qui peut altérer cette propriété de se multiplier des cellules, peut fragiliser la production des spermatozoïdes. Ensuite, il faut fabriquer une cellule très particulière, elle va se fabriquer au niveau du testicule, elle va voyager dans toutes les voies génitales de l'homme, elle va aller dans les voies génitales féminines et va remonter les voies génitales féminines finalement pour aller féconder.
Et cette cellule va quelquefois rencontrer des milieux extrêmement hostiles, et il faut qu'elle ait un équipement qui lui permette de faire tout ce voyage. Il faut donc qu'elle ait un équipement de mobilité pour pouvoir bouger. Puis cette cellule rentre dans une autre cellule, c'est quand même quelque chose de très particulier cette fusion entre deux cellules, donc elle a aussi des équipements moléculaires et cellulaires qui doivent permettre cette fécondation. Ce sont des processus très complexes qu'on est loin de tous connaître encore aujourd'hui et quelquefois il suffit qu'il y ait un petit quelque chose qui ne marche pas à tel ou tel endroit dans tout cet ensemble de processus pour que la fécondation ne marche pas. Ce qu'il faut savoir aussi, c'est qu'un homme fabrique beaucoup de spermatozoïdes, mais que la plupart de ces spermatozoïdes ne sont pas fécondants, ne seront pas capables de féconder. Et donc le point important, c'est pas de fabriquer beaucoup de spermatozoïdes, mais que la plupart de ces spermatozoïdes ne seront pas capables de féconder. Le point important est de fabriquer des spermatozoïdes qui sont aptes à féconder et à créer un enfant.
Donc, la quantité de spermatozoïdes n'est pas forcément de la plus grande importance. Par contre dans l'étude que vous avez faite en 1995 avec Prof. Auger, vous avez déterminez, qu'il y a quand même une baisse de la qualité en morphologie et en mobilité. Est-ce que cela ne conduit pas forcément à des problèmes de procréation ?
Non, parce que pour le moment, si on a encore pas mal d'arguments pour penser qu'il peut y avoir altération de la production de spermatozoïdes, on n'a pas d'évidence qu'il y ait une altération de la fertilité dans la population.
Alors il faut faire attention, ce qu'on observe ne veut pas dire que les hommes d'aujourd'hui sont moins fertiles que les hommes d'hier. On a pas non plus d'évidence que les hommes de demain seront moins fertiles que les hommes d'aujourd'hui. Quand je dis, on n'a pas d'évidence, je ne veux pas dire qu'il n'y a pas de risque. Il y a effectivement un risque, mais on n'a aucune certitude pour dire que c'est comme ça. Cela dit, quand on constate que la production des spermatozoïdes chez l'être humain se modifie, peut-être en fonction du temps, quand on se rend compte qu'elle est différente en fonction des pays et quand on sait, par des travaux expérimentaux faits chez la souris et chez le rat, ou qu' on observe ce qui se passe dans la faune sauvage, et qu'on voit des espèces qui sont exposées à des facteurs d'environnement plus toxiques avec de fortes expositions et que ces animaux sauvages ont des modifications d'appareils génitaux, deviennent stériles etc…, donc, tout cet ensemble d'arguments amène à se poser des questions et à se dire, attention, il y a des signes d'alerte, étudions le problème et voyons ce qui se passe.
Effectivement, il se pourrait que tout cela ait des conséquences sur la fertilité. Mais c'est compliqué parce que la fertilité, notamment dans l'espèce humaine, dépend de toute une série d'autres facteurs. Il y a le comportement des gens et leur désir. C'est vrai que la manière dont on fait des enfants aujourd'hui n'a pas grand chose à voir avec la manière dont on faisait des enfants, il y a un siècle. Donc, dire qu'aujourd'hui les hommes sont moins fertiles qu'il y a un siècle, ça je n'en sais strictement rien. Alors par contre ce qu'on sait, c'est qu'il y a un certain nombre de couples qui consultent parce qu'ils ont des difficultés pour avoir des enfants et qui consultent aussi plus aujourd'hui qu'avant, parce que maintenant on est plus pressé et que, quand on n'arrive pas à avoir un enfant rapidement, on consulte. Il y a donc beaucoup plus de couples qui consultent parce qu'ils ont des difficultés, et c'est une donnée. Ils consultent des médecins et c'est une production assez importante, puisqu'on estime qu'il y a 15 à 20% des personnes en âge de procréer qui consultent à un moment ou à un autre, puisqu'ils veulent avoir un enfant et que parmi ces couples il y ait une responsabilité masculine dans les difficultés de procréation, c'est évident, puisqu'on sait qu'à peu près dans 30 à 40 % des cas, c'est chez l'homme qu'on trouve des altérations qui peuvent expliquer l'infertilité, sachant que c'est à peu près équivalent, peut-être un peu plus, chez la femme, et que pour le reste c'est les deux partenaires.
Ce qui est intéressant dans le travail qui a été fait et dont vous parliez, c'est-à-dire cette observation de la modification de la production ou de la quantité de spermatozoïdes dans le sperme, c'est que ça montre que des facteurs externes de type environnemental peuvent peut-être jouer un rôle.
C'est important, parce que si c'est un facteur externe, par exemple l'exposition à un médicament, la prise d'un médicament, ou si c'est l'exposition à un produit toxique ou des conditions de vie ou de travail qui peuvent être responsables, on peut agir sur ce facteur, on peut prévenir et on peut peut-être améliorer le potentiel de fertilité chez l'homme. Alors que sur d'autres facteurs, qui peuvent eux aussi être responsables de perturbation de la production de spermatozoïdes et de stérilité, on a bien du mal à agir, par exemple une des avancées actuelles dans le domaine de la stérilité masculine c'est qu'on commence à identifier des modifications des gènes qui sont responsables de stérilité.
La spermatogenèse, c'est-à-dire tout le processus de fabrication des spermatozoïdes par les testicules, est sûrement sous le contrôle de plusieurs gènes.
Et on sait, en ayant examiné des hommes ne produisant pas de spermatozoïdes ou en produisant extrêmement peu dans leurs testicules, qu'il y a quelquefois ce qu'on appelle des micro délétions du chromosome Y. Le chromosome Y c'est le chromosome qui porte entre autres des gènes qui contrôlent la spermatogenèse ou la mise en place du testicule. Il y a un certain nombre de ces hommes stériles, qui ont des micro délétions, c'est-à-dire des petits fragments d'A.D.N qui manquent au niveau des chromosomes Y, et ces petits fragments d'A.D.N qui manquent contenaient un gène qui n'existe plus et qui participait à la fabrication des spermatozoïdes. Alors on commence à identifier ces anomalies et lorsqu'un homme a ce problème, on ne peut rien faire, parce que c'est constitutionnel de son génome, il a des gènes où il manque des gènes responsables, et ce gène on ne peut pas le remplacer. Peut-être qu'un jour on pourra, mais ça m'étonnerait, enfin, pas avant bien longtemps.
Donc, dans ce facteur de la fertilité ou de la stérilité, on ne peut pas grand-chose. Par contre, je prends un exemple, on a découvert, il y a quelques années, que des hommes qui travaillaient dans une usine, qui fabriquait un pesticide, le dibromochloropropane ou le D.B.C.P, et que les agriculteurs qui employaient ce produit dans des vignes en Californie, avaient beaucoup de problèmes de stérilité. Et on a pu établir qu'ils fabriquaient peu de spermatozoïdes et que, quelquefois même, la fabrication était complètement inhibée et que cela était lié à l'exposition à ce produit toxique. On a retiré ce produit du marché, on a supprimé le risque et on supprimé l'exposition. Et il n'y a plus de stérilité qui était induite par le dibromochloropropane. C'est donc pour cela qu'il est important d'étudier ces facteurs, parce que la fertilité ce n'est pas du tout ou rien. Soit on est stérile, c'est-à-dire qu'on a une incapacité à procréer pour une raison ou pour une autre (pas de spermatozoïdes du tout, les voies génitales sont bouchées ou autre), soit, pour le reste, on est plus ou moins fertile, on a plus ou moins de chances de pouvoir procréer. Et ce plus ou moins fertile masculin doit se combiner avec le plus ou moins fertile féminin pour créer un enfant. Donc souvent il n'y a pas de stérilité, il y a ce qu'on pourrait appeler des hypo-fertilités.
S'il y a des facteurs qui font baisser ce niveau de fertilité, on peut expliquer quelquefois que des couples aient des difficultés, et si on peut agir pour améliorer la fertilité, je pense qu'on pourrait résoudre certains problèmes d'infertilité. A l'heure actuelle, d'ailleurs, c'est comme ça qu'on procède dans la plupart des situations d'infertilité, mais on procède de manière un peu artificielle, on procède par les techniques d'assistance médicale à la procréation. C'est à dire quand un homme produit peu de spermatozoïdes par exemple et quand on sait que ces spermatozoïdes ont pratiquement aucune chance de féconder, s'ils sont délivrés dans les voies génitales féminines par le rapport sexuel, on va essayer de reconstituer la rencontre de l'ovule et du spermatozoïde par des moyens artificiels. Ça peut donc être la fécondation artificielle, ça peut être la fécondation in vitro, ça peut même être l'insémination in vitro avec un spermatozoïde qu'on introduit à l'intérieur d'un ovocyte. On remplace donc le processus naturel par un processus artificiel, qu'on sait maîtriser au laboratoire, pour obtenir des embryons qui vont être ensuite placés dans l'utérus de la femme et qui ont des chances de procréer. C'est satisfaisant parce que cela permet de résoudre un certain nombre de problèmes d'infertilité et que ça aide des hommes et des femmes à avoir des enfants, qui autrement n'en auraient jamais eus.
C'est vrai que la fécondation in vitro par micro-injection, dont je parlais, c'est géniale, parce que ça permet d'aider beaucoup d'hommes incapables de procréer, d'avoir des enfants. Par contre ce n'est pas satisfaisant parce qu'on n'a pas traité, et que moi ce que je préfèrerais, c'est pouvoir traiter l'infertilité de ces hommes et qu'ils fassent les enfants tout seul sans les médecins, qu'ils procréent naturellement. C'est donc en cela que cette recherche des facteurs d'environnement, qui peuvent modifier la production des spermatozoïdes, est importante.
Vous dirigez le C.E.CO.S. et faites-vous toujours des consultations ? Pr. J : Oui ! Quand on fait mon travail il faut savoir de quoi on parle, et la meilleure manière pour le savoir, c'est de s'occuper de patients, de les rencontrer et de discuter. Je ne suis pas un administrateur, ce n'est pas ma conception de la médecine. Quelles que soient les responsabilités, quand on est médecin, et quand on veut connaître un sujet, je crois qu'il faut être sur le terrain et consulter. Je ne fais pas beaucoup de consultations, mais j'en fais toutes les semaines, et je m'occupe d'hommes qui viennent me consulter pour avoir des enfants.
Lorsqu'il n'y a pas de pathologie, est-ce que vous évoquez avec eux les problèmes de leur environnement ? Est-ce que vous faites un pont entre vos recherches et les consultations ? Pr. J : Bien sûr qu'on fait un pont. Quand un homme consulte pour un problème d'infertilité, il faut essayer de comprendre, de chercher les causes. Il s'agit d'abord de savoir s'il y a des problèmes et ensuite de chercher les facteurs qui peuvent être responsables. Parmi ces facteurs il y a effectivement des facteurs professionnels ou des facteurs d'exposition à certains types de risques. Donc, dans ce qu'on appelle l'interrogatoire, c'est-à-dire la consultation où on essaie de comprendre les problèmes de cet homme, on pose un certain nombre de questions sur les conditions de travail, les conditions de vie, les conditions d'exposition : par exemple si l'homme travaille avec des produits toxiques, s'il est exposé à des rayons. Ça fait partie du questionnaire classique du bilan d'infertilité. On peut même conseiller de modifier certains comportements. De manière très simple, ça peut paraître trivial, mais par exemple on sait que pour qu'un testicule fonctionne bien, pour qu'il fabrique bien des spermatozoïdes, il faut qu'il soit dans le scrotum, donc à l'extérieur du corps.
Ce n'est pas par hasard, pour que les testicules fonctionnent, il faut qu'ils soient à une température inférieure à la température du corps, à la température centrale. On sait que ça doit être comme ça par expérimentations animales et aussi par des connexions chez l'homme. Si on prend un testicule et qu'on le met au niveau de l'abdomen, ça inhibe complètement ou pratiquement la spermatogenèse. On a au niveau du scrotum un système de régulation thermique qui permet d'abaisser de 2,5 degrés à peu près la température des testicules par rapport à la température du corps. Il y a des hommes qui par leur comportement vestimentaire ou par leurs conditions de travail réchauffent leurs testicules et empêchent que cette thermorégulation fonctionne bien. Il y a donc des situations pathologiques et parfois c'est juste un problème de comportement. Donc dans certains types de métiers, certains types de sous-vêtements, certaines habitudes de comportement. Par exemple, si je suis assis tous les jours, durant 6 ou 8 heures les jambes croisées, il y a des chances que je vais baisser la production des spermatozoïdes. Si j'ai par ailleurs une production tout à fait normale, ça n'aura peut-être pas de conséquences, tous les hommes qui réchauffent leurs testicules ne sont pas forcément infertiles.
Ce n'est pas par hasard, pour que les testicules fonctionnent, il faut qu'ils soient à une température inférieure à la température du corps, à la température centrale. On sait que ça doit être comme ça par expérimentations animales et aussi par des connexions chez l'homme. Si on prend un testicule et qu'on le met au niveau de l'abdomen, ça inhibe complètement ou pratiquement la spermatogenèse. On a au niveau du scrotum un système de régulation thermique qui permet d'abaisser de 2,5 degrés à peu près la température des testicules par rapport à la température du corps. Il y a des hommes qui par leur comportement vestimentaire ou par leurs conditions de travail réchauffent leurs testicules et empêchent que cette thermorégulation fonctionne bien. Il y a donc des situations pathologiques et parfois c'est juste un problème de comportement. Donc dans certains types de métiers, certains types de sous-vêtements, certaines habitudes de comportement.
Par exemple, si je suis assis tous les jours, durant 6 ou 8 heures les jambes croisées, il y a des chances que je vais baisser la production des spermatozoïdes. Si j'ai par ailleurs une production tout à fait normale, ça n'aura peut-être pas de conséquences, tous les hommes qui réchauffent leurs testicules ne sont pas forcément infertiles. Mais si ça vient s'ajouter à d'autres facteurs, ça peut accentuer l'hypofertilité. Donc, si un homme qui a des difficultés pour avoir des enfants, a des comportements qui entraînent un réchauffement de ses testicules, il faut lui conseiller de les modifier, il faut lui conseiller de faire en sorte de favoriser le refroidissement des testicules et peut-être améliorer la production des spermatozoïdes. Donc voilà comment on fait le lien entre les connaissances qu'on peut avoir par ailleurs et les consultations des hommes.
Et les réactions avec les patients à ce moments-là, elles sont comment ? Pr. J : Ils comprennent parfaitement bien quand on leur explique. Comme les patients qui viennent me voir ont des difficultés pour avoir des enfants et qu'ils souhaitent avoir des enfants, et qu'en plus on leur dit qu'il n'y a pratiquement aucun traitement parce que malheureusement on n'a pas de traitement pour améliorer la spermatogenèse déficiente, ils comprennent et ils acceptent.
Mais est-ce qu'il n'y a pas un étonnement, parce qu'on ne peut pas dire qu'on soit tellement informé sur les effets de l'environnement, sur la spermatogenèse. Les jeans serrés, c'était évidemment le mythe des années 70/80, mais on y fait toujours référence ! Lorsque je parle de mon documentaire à d'autres personnes, on me dit " Ah oui ! je me souviens, l'histoire des jeans serrés, on nous avait dit que… ". Si vous êtes un agriculteur qui travaille dans une exploitation et qui manipule beaucoup de pesticides, d'herbicides, etc., et que vous avez des difficultés à avoir un enfant, naturellement vous allez vous poser des questions sur la relation qu'il pourrait y avoir entre les produits que vous manipulez et vos difficultés à avoir un enfant. Si vous travaillez dans une centrale nucléaire ou si vous êtes radiologue et si vous manipulez les rayons, si en plus vous savez que vous ne vous protégez pas bien etc., naturellement vous aurez tendance à vous poser la question de savoir s'il existe un lien etc. Donc, les gens ne sont quand même pas complètement idiots et en plus, quand ils veulent avoir des enfants et qu'ils n'y arrivent pas, souvent ils s'informent. Quand je discute avec un agriculteur qui manipule beaucoup de pesticides et qu'on connaît les produits qu'il utilise, on voit s'il y a un lien entre les deux. Ça peut se voir par exemple, parce que les pesticides ça ne s'utilise pas toute l'année. Donc on peut voir si la qualité de sperme, quand l'examen est fait à une certaine distance de l'exposition, s'améliore.
Donc les gens comprennent et ils ne sont pas étonnés. Non, je crois quand même que paradoxalement il y a une certaine sensibilité des personnes concernées par ces problèmes d'environnement et des liens éventuels entre environnement et procréation, beaucoup plus que ce que j'appellerais les responsables institutionnels, c'est-à-dire qu'en France ça vient progressivement, il y a une certaine prise de conscience qui se fait, aux niveaux des responsables institutionnels. Mais elle est encore très limitée, beaucoup plus que dans d'autres pays où il y a une prise de conscience et une politique qui sont mises en place sur ces questions là.
Les personnes que nous avons dans le cabinet de consultation et qui sont concernées, sont à mon avis assez sensibilisées à ça et pas que les hommes infertiles. Lors de notre étude il y a deux trois ans, nous avons comparé la qualité du sperme dans notre centre, par rapport à trois autres villes européennes à Edimbourg, Tourcou en Finlande et Copenhague. Cette étude portait sur la qualité du sperme des hommes fertiles et a été faite chez des hommes dont la femme était enceinte, donc en cours de grossesse. Donc ces hommes venaient de procréer et ne consultaient pas pour infertilité. Nous avons donc cherché des volontaires pour analyser le sperme. On a recruté un bon nombre d'hommes pour ça, c'est-à-dire qu'un bon nombre d'hommes a participé à cette étude, et ces hommes étaient sensibles à ces problèmes d'environnement et ont accepté de participer à cette étude parce qu'ils avaient conscience, qu'il fallait essayer de répondre à certaines questions. Je crois donc qu'il y a quand même une certaine sensibilité des personnes et que ce sont des idées qui progressent.
Quelle est votre position par rapport à là baisse de la fertilité ? Pr. J. : Il y a quelques principes généraux en recherche et quelques constats qui sont quand même importants, c'est qu' on n'a jamais de certitudes. On a des questions et on a des réponses à ces questions. C'est le processus de connaissance et que ces réponses suscitent rarement d'autres questions. On peut avoir des certitudes et ces certitudes, il faut être modeste, elle peuvent être contestées aussi.
Cela se fait selon un mécanisme de connaissance, qui est universel en recherche, c'est-à-dire qu'on est alerté par des phénomènes, on constate des choses, à partir de là on fait des hypothèses, et puis après on va se donner les moyens de vérifier si l'hypothèse qu'on fait est vraie. Donc, c'est là qu'on va avoir des réponses à la question, qui vont enclencher d'autres hypothèses etc… C'est un peu ce qu'on essaie de faire sur le sujet ou la question qui est " quels sont les facteurs qui peuvent perturber la fonction génitale de l'homme ?" et essayer de comprendre ce qui se passe. Au niveau des constats de départ et d'observations, c'est vrai qu'on peut être alerté par la baisse de la production des spermatozoïdes potentielle. Ça part aussi d'observations expérimentales faites sur des animaux, rats, souris soumis à des expositions particulières, des observations dans la faune sauvage. Tout ça, c'est ce que j'appelais les signes d'alertes, qui vont nous permettre de construire des hypothèses.
Il faut aussi avoir conscience que, ce qui est en jeu dans cette affaire, ce n'est pas simplement la production des spermatozoïdes et la fertilité, c'est aussi la santé des hommes. Il y a d'autres constatations qui concernent l'appareil génital. Par exemple ce qu'on constate, c'est que la fréquence du cancer du testicule augmente dans certains pays, c'est particulièrement bien documenté dans d'autres pays que la France. On a aussi des indications pour penser qu'en France la fréquence du cancer du testicule augmente, dans les autres pays c'est certain.
On s'interroge sur d'autres altérations de l'appareil génital, sur des malformations du développement de l'appareil génital. Par exemple la cryptorchidie, c'est-à-dire les testicules descendent mal dans le scrotum : les testicules pendant la vie fœtale sont dans l'abdomen et puis ils doivent migrer, ils doivent descendre dans le scrotum pour atteindre leur position où ils vont être efficaces et produire des spermatozoïdes. Tout le monde sait que quelques fois chez les garçons, les testicules sont mal descendus. Cela peut entraîner des perturbations plus tard, ça peut aussi être le reflet de problème au niveau du testicule et il y a une théorie, mais qui n'est qu'une hypothèse, qui dit qu' en fait, que plus à la base de la production des spermatozoïdes il y a ce qu'on pourrait appeler un syndrome qui est un syndrome de dysgenèse testiculaire, c'est à dire de mauvais fonctionnement du testicule, qui pourrait avoir des origines communes et qui pourrait se manifester soit par une altération de la production des spermatozoïdes, soit par le développement d'un cancer, soit par une captorchidie etc….
C'est-à-dire qu'il pourrait y avoir un lien entre ces différentes pathologies. Et donc, quand on s'intéresse à ces problèmes et quand on s'intéresse aux facteurs d'environnement, ce n'est pas avec en tête uniquement la production des spermatozoïdes et la fertilité, c'est aussi des maladies comme le cancer du testicule, qui est un cancer qui heureusement se soigne bien, mais qui quand même est un vrai problème de santé, et que, si on pouvait prévenir ce type de problèmes, ça serait important. Donc, cela sont les observations de départ. Après on dit que les facteurs d'environnement peuvent agir. Il faut étudier l'homme dans différents environnements. Il y a deux manières d'aborder le problème, soit essayer d'étudier cela dans la population générale, ce qui est assez compliqué, parce que faire un examen de sperme, c'est loin d'être évident. Donc on essaie d'étudier cela sur des populations de référence. Par exemple le travail dont je vous parlais tout à l'heure sur des hommes fertiles, mais il y a d'autres études qui sont faites dans d'autres pays, qui malheureusement n'ont pas été faites en France, et qui sont faites chez des hommes jeunes qui font leur service militaire.
C'est-à-dire qu'on prend des garçons de 18 ans et on voit si le sperme de ces garçons a une qualité différente dans tel pays par rapport à tel autre pays. A priori on ne voit pas pourquoi la production serait différente et en même temps le vieux deal, les facteurs qui pourraient modifier ça. Donc ça ce sont des études qui sont faites au niveau de la population. En plus, quand il y a des déficits, il y a des différences et donc on va essayer de comprendre pourquoi il y a des différences d'une ville à l'autre, d'un pays à l'autre etc….
L'autre approche, c'est de faire des études chez des hommes particulièrement exposés à un facteur de risque qu'on suspecte. Notre hypothèse peut être un facteur d'environnement, où peut-être tel produit ou telle catégorie de produit peut avoir un effet. Là il y a deux manières de procéder. On sélectionne les hommes qui sont exposés aux facteurs qu'on veut étudier, par exemple les études qui sont faites actuellement sur le rôle des éthers de glycol sur la reproduction, qui sont faites avec les employés de la ville de Paris.
On prend un groupe d'hommes qui est exposé à des facteurs de risques connus et on les compare à un groupe d'hommes qui n'est pas exposé à ce facteur de risque, ensuite on voit s'il y a des différences dans l'infertilité, la production de spermatozoïdes etc…
L'autre manière de procéder, c'est d'analyser des hommes dont on sait qu'ils vont être exposés à un facteur de risque et de voir comment est la qualité de leur sperme avant, pendant, après et de voir si l'exposition à un pesticide, l'exposition à un problème peut altérer la production des spermatozoïdes. C'est ce qu'on pourrait appeler des études épidémiocliniques. A côté de cela il y a des études expérimentales qui sont faites en général chez des animaux de laboratoire, où on peut analyser les choses de manière beaucoup plus systématique et précise, parce que si on s'intéresse aux testicules, si on expose des rats ou des souris à tel ou tel facteur, on peut analyser. Malheureusement il faut tuer les rats pour prendre leur appareil génital, mais là on peut analyser en détail. On ne va pas découper un homme en morceaux simplement pour comprendre ce qui se passe. Donc toutes ces études combinées permettent de progresser dans la connaissance.
Alors maintenant comment alerter sans paniquer ? Alerter sans paniquer : oui c'est vrai qu'il ne faut pas que les gens pensent que tous les pesticides sont dangereux et rendent les gens stériles. Il faut se poser la question et il faut essayer d'y répondre. Donc il s'agit de ne pas paniquer, ce qu'il faut simplement, c'est être lucide, accepter qu'on se pose la question et accepter qu'on y réponde. Il faut aussi tenir compte de ce qu'on sait, parce qu'on sait quand même quelque chose, alors que peut-être sans paniquer, il faut être vigilent sur certaines choses et peut-être être prudent. Je ne veux pas parler du principe de précaution, parce que c'est quelque chose dont on parle beaucoup, mais peut-être prendre des précautions dans certaines circonstances. Je vous donne un exemple : toujours sur la production des spermatozoïdes : qu'est-ce qui peut altérer, qu'est-ce qui peut modifier la production des spermatozoïdes ? C'est un facteur qui agit chez vous, chez moi, c'est à dire on est des adultes, quand nos testicules fabriquent des spermatozoïdes, on est exposé à des facteurs et ça peut perturber. Donc c'est une exposition directe.
Mais on sait aussi que la quantité de spermatozoïdes qu'on produit est dépendante de cellules qui sont dans les testicules qui s 'appellent les cellules de Sertoli, et ces cellules sont fabriquées et mises en place pendant la vie fœtale, c'est à dire pendant qu'on était encore dans le ventre de notre mère et pendant une certaine durée après la naissance. Et toute cette mise en place s'est faite avant la puberté. Tous les spermatozoïdes qu'on fabrique aujourd'hui sont conditionnés par ces cellules, qui ont été mises en place avant. Et la quantité de spermatozoïdes qu'on produit est dépendante de ces cellules.
La cellule de Sertoli est une espèce d'armature, qui est en même temps une espèce de chef d'orchestre. Une cellule de Sertoli donnée peut fabriquer un nombre de spermatozoïdes donnés, et pas plus. Et donc moins on fabrique de Sertoli, moins on fabrique de spermatozoïdes. Donc la fabrication de spermatozoïdes qu'on fait chez l'adulte est dépendante d'événements qui se sont passés dans l'enfance et même pendant la vie intra-utérine.
La fonction de ces cellules de Sertoli est régulée entre autres par des hormones, leur différenciation, leur mise en place etc…, comme la formation du testicule d'ailleurs. On peut donc penser que l'environnement hormonal du petit garçon fœtus dans le ventre de sa mère est très important pour le développement du testicule, pour sa normalité, peut-être sur le fait qu'après on va développer un cancer du testicule ou pas, et aussi sur la production du spermatozoïde chez l'adulte.
Sans savoir exactement comment ça se passe, mais en sachant quand même aussi par moyen expérimental que quand on perturbe cette fabrication, chez le rat toujours, quand par exemple on expose des rates enceintes à des produits chimiques dont on sait qu'ils perturbent la régulation hormonale, on sait que les petits qui naissent après, quand ils seront pubères, fabriqueront moins de spermatozoïdes. Donc bien qu'on ait encore beaucoup de choses à apprendre dans ce domaine et qu'on n'ait pas de certitudes, on peut dire attention, soyons prudents. Quand une femme est enceinte, elle n'est pas sensée savoir si elle est porteuse d'un garçon ou d'une fille, alors il vaudrait peut-être mieux qu'elle ne s'expose pas trop à des médicaments qui pourraient intervenir sur la régulation hormonale, à des produits chimiques qui pourraient avoir un effet toxique, et surtout en grande quantité, parce que là aussi, il y a une question de quantité. Donc peut-être qu'il y aurait des précautions à prendre dans certains domaines. Peut-être aussi dans la vie courante, les produits de beauté, on peut se poser des questions. Alors il ne s'agit pas de dire, de paniquer, mais sans doute on va préciser les choses par le développement. C'est long, c'est difficile, mais on peut dire, peut-être il faudrait faire attention à l'environnement d'une femme enceinte de ce point de vue-là, parce qu'il y a peut-être un effet sur la santé future du point de vue génital de son fils.
Donc comment informer, sans paniquer ? Informer, comme vous aller le faire avec ce film ! Pour informer, il faut expliquer aux gens comment ça se passe, il faut expliquer les questions qu'on se pose, il faut expliquer là où on en est…Et il faut leur dire comment on travaille, il faut expliquer…
Mais une fois que c'est parti, ça ne s'arrête pas. J'espère qu'on n'est pas les seuls à faire ce type de travail ! Comment imaginez-vous la mise en place de cette information ? Comment pourrait se passer cette information ? Est-ce que ça doit passer par le gynécologue ? Non, il ne faut pas tout confondre, l'information, l'éducation à la santé c'est un métier… Il y a des moyens, des outils pour faire cela. Bien entendu que le médecin peut faire de l'information, mais il faudrait d'abord qu'il soit informé lui-même. Et il y a une telle masse de connaissances à acquérir que c'est compliqué. Moi qui suis spécialisé dans un domaine très pointu, je ne prétends pas tout connaître, alors vous imaginez comme c'est difficile pour le médecin généraliste ou le gynécologue. Bien entendu il peut donner de l'information, il peut faire de l'information, mais je ne crois pas personnellement que cette éducation à la santé ou cette prise de conscience ne dépendent que des médecins. Je crois que c'est beaucoup plus, c'est un problème de société, c'est beaucoup plus large, alors est-ce que ça doit passer par des enseignants, est-ce que ça doit passer par d'autres moyens ?
Je dirais que ce n'est pas à moi de le déterminer. C'est ce que j'appellerais une question de choix politique. Ou on a envie de faire de l'éducation à la santé et de la faire sérieusement et de manière importante et on s'en donne les moyens, ou alors on n'a pas envie. Pour moi c'est beaucoup plus une politique d'information, d'éducation à la santé. Ce n'est pas mon métier, je veux bien y participer, les vecteurs peuvent être multiples. Ça peut passer à l'école, par les médias. Les médias pourraient jouer ce rôle, mais dès que ça devient un peu informatique, plus au fond des choses, apparemment ça n'intéresse pas trop les médias. Ce que les médias veulent, c'est du spectaculaire, de l'anecdotique et du croustillant.
Les gens sont demandeurs de certitudes, c 'est ça le problème.
J'ai quand même une certaine expérience des journalistes, parce que je suis malheureusement dans un domaine qui intéresse beaucoup les médias. Souvent ils n'acceptent que les certitudes et les positions péremptoires et définitives. Il n'y a rien de plus difficile à faire passer auprès d'un média, qu'il soit écrit ou audiovisuel, que des doutes, des incertitudes et des questionnements. Quand on m'a demandé de parler de ces questions à la télévision, aux informations, tout devait être dit en quelques secondes. C'est comme ça, et puis on passe à autre chose ! Il y a aussi une méthode pour informer les gens. Mon expérience c'est que, quand on prend le soin et le temps d'expliquer aux gens, ils comprennent bien. Les gens sont pas idiots du tout. Mais l'organisation de l'information en France n'est pas comme ça. Je suis frappé d'ailleurs de voir qu'aux Etats-Unis il y a des articles médicaux, des articles scientifiques dans la grande presse qui sont d'une qualité, d'une profondeur et d'un niveau qu'on rencontre rarement dans la presse en France. Prenez le New-York Times, le Washington Post…, ces articles sont repris dans toute la presse américaine. Ce sont des articles d'une très haute tenue en terme d'information scientifique avec des dossiers, où on discute etc… On voit rarement cela en France, enfin le Monde commence à faire ce genre d'articles, mais c'est relativement récent. Autrement non, les choses sont expédiées et rapides, comme vous dites, on veut une certitude, puis voilà, la réponse elle est oui - non, boum. On n'essaie pas de comprendre ce qu'il y a derrière.
Je vais vous donner un autre exemple sur les points de connaissances médicales et de procréation, sur tout ce qui touche la reproduction en général, sur le clonage, c'est fantastique. Le clonage, vous êtes pour, vous êtes contre, c'est bon, c'est mauvais. Mais qu'est-ce que c'est que le clonage, pourquoi, comment etc. ? La recherche sur l'embryon c'est pareil, depuis des années on nous bassine dans la presse, mais est-ce que les gens ont bien compris ce que c'est ? Pourquoi il faudrait faire des recherches sur l'embryon, pourquoi le problème se pose, quelles questions ça peut poser ? Vous avez déjà lu beaucoup d'articles ou les choses étaient expliquées ? On fait des titres accrocheurs, c'est du spectaculaire, il faut faire du spectaculaire. Il faut faire de l'accroche et on fait pas vraiment de l'information.
Il y a aussi le fait que ce sont aussi souvent les mêmes personnes qui sont consultées… C'est vrai que les débats, les décisions se prennent entre experts et que le citoyen, les personnes en général sont peu consultées, oui c'est vrai, c'est un vrai problème… Mais cela dit, c'est moi que vous êtes venus interviewer.
Comment pourrait-on faire pour que ce débat sur la baisse de la qualité du sperme puisse devenir beaucoup plus démocratique ? Alors, il n' y a pas un lien direct entre la baisse de la production des spermatozoïdes et la baisse de la fertilité. Ça aussi c'est quelque chose d'important, qu'il faut que vous sachiez. Si vous prenez mille hommes fertiles, normaux et que vous analysez leur sperme et que vous mesurez la quantité de spermatozoïdes dans leur sperme, la concentration de spermatozoïdes va aller en gros de zéro à plusieurs centaines de millions chez ces hommes normaux. Si vous regardez en éliminant les extrêmes, les 10% les plus bas et les 10% les plus hauts, c'est à peu près entre 20 millions et 200 millions par millilitre. Donc, chez ces hommes fertiles, il y a un facteur 10 du point de vue de la quantité de spermatozoïdes.
Donc, nous ce qu'on a montré, c'est qu'il y avait une baisse de la production des spermatozoïdes, c'est pas forcément en lien avec la fertilité, parce qu'on sait par ailleurs que certaines concentrations les plus basses, quand on a des problèmes de spermatozoïdes, on a par ailleurs des problèmes de fertilité, mais pour le reste qu'on ait par exemple 50 millions de spermatozoïdes par millilitre ou qu'on ait 500 millions de spermatozoïdes dans son sperme, c'est exactement la même chose. Donc, quand on dit, il y a une baisse de la production des spermatozoïdes ça ne se concrétise pas forcément, obligatoirement par une baisse de la fertilité.
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