
Histoire de la construction des ponts
Il suffit de regarder, de San Francisco, le Golden Gate Bridge de couleur orange pour se rendre compte que les ponts n’assurent pas uniquement la mobilité. Ce sont pour la plupart également des œuvres d’art et des symboles.
L’histoire de l’architecture des ponts est étroitement liée à l’histoire de l’humanité : les sociétés en expansion ont besoin de davantage d’espace et doivent chercher des moyens de surmonter les obstacles naturels. Un arbre renversé, par exemple permettra de traverser une rivière. Les premiers ponts en poutres permirent aux communautés préhistoriques de s’étendre en développant plus de communication avec les voisins, plus de marchandises, des colonies en expansion, favorisant ainsi les transports et le commerce. Les progrès techniques permirent également de se lancer dans des constructions plus audacieuses.
Au VIe siècle av. J.-C., le roi babylonien Nabuchodonosor fit construire un pont en bois de cyprès et de cèdre au-dessus de l’Euphrate. Le fleuve fut tout simplement détourné afin de mieux asseoir les piles du pont dans le lit. Il y a 4 000 ans déjà, les Chinois et les Indiens construisaient de longs ponts suspendus pour les passants téméraires. Il fallut attendre les Etrusques, puis les Romains, pour voir apparaître des ponts en arches de maçonnerie. C’est ainsi que le pont du Gard, ouvrage monumental édifié en 19 av. J.-C., n’était qu’une partie d’un aqueduc qui puisait l’eau dans le Gardon, à 40 kilomètres de là, pour l’amener jusqu’à Nîmes par une vallée encaissée dans la roche. L’art des architectes romains était la clef de voûte du réseau de transports terrestres et d’acheminement de l’eau, et par conséquent un des piliers de la puissance de l’Empire romain : avoir la mainmise sur les ponts, c’était en effet avoir en partie la mainmise sur le territoire et par voie de conséquence sur ses habitants.
Sous l’égide de l’Eglise Au Moyen-Age, l’Eglise prenait souvent en charge la construction et l’entretien des ponts. Des « confréries de pontiers » permettaient aux pèlerins et aux marchands de poursuivre leur voyage. La puissance de l’Eglise est notamment illustrée par les légendes à l’origine de la construction de ponts : le pont d’Avignon sur le Rhône, le plus long au Moyen-Age, aurait été construit par un berger nommé Bénézet qui aurait répondu à une injonction venue de Dieu lui-même. Les ponts étaient souvent un lieu de sociabilité et d’échanges commerciaux : des ponts supportant des habitations, comme le Ponte Vecchio à Florence et le Rialto à Venise, n’avaient rien d’exceptionnel au Moyen-Age. Sur la Krämerbrücke à Erfurt, par exemple, 62 maisonnettes d’une largeur maximum de 2 mètres 80 s’entassaient. Aujourd’hui encore, ce pont considéré comme le plus long au nord des Alpes, supporte 32 échoppes aménagées avec amour.
Les ponts à l’ère de l’industrialisation Alors que la révolution industrielle, venue d’Angleterre se propageait en Europe, le pont enjambant le Severn, construit en 1779 près de Birmingham, fut le premier ouvrage en arc réalisé en fonte. Au XIXe siècle, les constructions durent répondre à des critères de plus en plus rigoureux, notamment dans les transports ferroviaires.
La liaison ferroviaire Leipzig-Nuremberg devait franchir la vaste vallée saxonne du Göltzschtal : le plus grand pont ferroviaire de l’époque, construit dans les années 1846-50, fut conçu comme un viaduc de maçonnerie (pierre naturelle et 26 millions de briques) s’élevant sur quatre travées. Il s‘agit aujourd’hui encore du plus grand ouvrage de ce type. Depuis la révolution industrielle, des innovations techniques telles que le béton armé n’ont cessé d’accroître la fiabilité et la durée de vie des ponts. Les techniques artisanales et empiriques des temps passés ont été supplantées par l’ingénierie scientifique.
Il en résulte des jonctions impressionnantes par leur technicité et leur esthéthique : le Golden Gate présente aujourd’hui encore un aspect fascinant. Construit de 1933 à 1937, ce pont suspendu de 2 700 mètres de longueur était à l’époque le plus long du monde, et il le resta jusqu’en 1964. Les deux principaux câbles se composent d’un faisceau de fil tissé sur une longueur de 129 000 kilomètres. Ils maintiennent l’équilibre de l’autoroute à six voies et passent par deux tours en style art déco, d’une hauteur de 223 mètres, soit un immeuble de 48 étages. Les câbles au bout sont noyés dans des blocs en béton, chaque ancrage pouvant résister à une traction de 28 000 tonnes. Encore quelques décennies plus tôt, personne n’aurait imaginé de telles dimensions.
Symbole d’une vie partagée Les ponts et les guerres sont en fait un sujet à part : le « Stari Most », le « Vieux-Pont » donna son nom à la ville bosniaque de Mostar. Le sultan Souleiman voulait « raccourcir d’une tête » son architecte, Hajrudin, au cas où le pont ne résisterait pas. Il résista — jusqu’à ce que l’artillerie croate le mette en pièces en 1993. Pendant des siècles, le Stari Most fut le symbole de la coexistence pacifique entre musulmans et chrétiens. Aujourd’hui, les chrétiens se sentent provoqués par le muezzin d’un côté de la Neretva, les musulmans par la croix de l’autre côté. Seule la possibilité de traverser la rivière avait amené des gens de confession différente à cohabiter. En reconstruisant ce pont inscrit au Patrimoine mondial, l’UNESCO pose la première pierre de la réconciliation. Un projet artistique traite du dilemme de cet endroit : le passage encore interrompu au-dessus du fleuve est pavoisé de drapeaux arborant des citations d’écrivains de réputation internationale, notamment la phrase du Hongrois István Eörsi : « Le pont : relation humaine, consolidée en matière... »
Fanny Backhaus (en allemand)
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