
Les deux Anglaises et le continent Film de François Truffaut (France, 1971-2h04mn) Lundi 22 Avril 2002 à 20.45
Scénario : François Truffaut et Jean Gruault, d'après le roman de Henri-Pierre Roché
Renouant avec les trios amoureux chers à l'écrivain Henri-Pierre Roché, François Truffaut plonge son comédien fétiche Jean-Pierre Léaud dans un drame sentimental poignant qui n'est pas sans rappeler les grands romans anglais du XIXe siècle. Un chef d'œuvre d'élégance et de gravité douloureuse dont on ressort le cœur serré.
Paris, 1899. Claude a dix-neuf ans et mène une vie de bourgeois oisif en compagnie de sa mère, veuve depuis quelques années. Il rencontre Anne, une Anglaise de son âge qui l'invite au pays de Galles pour lui présenter Muriel, sa sœur cadette : quand il fait sa connaissance, Claude s'éprend d'elle aussitôt, mais la jeune fille, effrayée par tant d'empressement, repousse ses avances. Alors que Muriel finit par répondre à son amour, la mère du garçon, peu enthousiaste à l'idée d'une telle union, impose aux deux jeunes gens un an de séparation : Claude rentre à Paris et, au bout de six mois, envoie une lettre de rupture à Muriel…
Entre les deux, son cœur balance…
On ne peut s'empêcher de penser à Jules et Jim, que Truffaut réalisa dix ans plus tôt. Car il s'agit non seulement d'une adaptation du même auteur, mais surtout d'une histoire étonnamment proche, à ceci près qu'ici deux femmes tombent amoureuses du même homme… On songe aussi à des auteurs anglo-saxons comme les sœurs Brontë – que le cinéaste avoue avoir relues – ou encore Henry James qui ont si bien décrit les frustrations amoureuses et les vies gâchées par un puritanisme extrême : le rigorisme de Mrs Brown, la mère des deux Anglaises, n'est-elle pas responsable du tumulte amoureux de ses filles ? Maître de l'élégance, Truffaut saisit en un seul plan l'impossible bonheur de ses personnages : lors d'un jeu innocent, Claude se retrouve coincé entre Anne et Muriel qui se balancent d'avant en arrière, tandis qu'on entend en voix-off, "il sentait leurs corps comme une indiscrétion". Œuvre empreinte d'amertume et de gravité, les Deux Anglaises est également le récit d'un égoïste qui prend son plaisir où il le trouve et se sert des femmes sans jamais s'engager avec une seule. Comme à son habitude, Jean-Pierre Léaud est parfait dans ce rôle d'irrésolu, manifestant une constante distance par rapport à ses émotions. La photo d'Almendros évoque magnifiquement la palette des impressionnistes et la musique de Delerue, lyrique et élégiaque, souligne à merveille la violence des sentiments. Un chef d'œuvre à ne pas manquer.
Avec : Jean-Pierre Léaud (Claude Roc), Kika Markham (Anne), Stacey Tendeter (Muriel), Sylvia Marriott (Mrs Brown), Marie Mansart (Mme Roc), Philippe Léotard (Diurka), Annie Miller (Mme de Montferrand) Image : Nestor
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