
Approche de la diversité
Située au nord-est de l’Australie, l'île de Nouvelle-Guinée s'étend sur plus de 1 200 000 km2. Sa vaste palette de paysages et climats et la complexité de son histoire se reflètent parfaitement dans ses particularités culturelles, dans la multiplicité des langues et dans la variété de ses traditions artistiques. Si l’on pouvait en un mot résumer l'exceptionnelle richesse d'expression de la Nouvelle-Guinée, ce serait la diversité, qui se manifeste dans les matériaux utilisés dans l’esthétique des objets.
Aborder l’art des Papous - comme tout art dit « primitif » ‑ suppose cependant un regard nouveau et l’abandon de toute référence occidentale. Le naturalisme, la géométrie ou l’abstraction, qui sont quelques-uns des termes auxquels recourt la critique d’Occident, ne sont pas de mise pour évaluer la culture océanienne. Car toute oeuvre, qu'elle soit plastique ou non, éphémère ou pérenne, n’obéit nullement à la gratuité esthétique: chacune est porteuse de sens, chacune est liée à l’univers religieux. L’artiste chargé de représenter un monde divin ou mythique n'a donc aucune obligation de fidélité au naturel ou là l’humain.
Cette représentation, pour être comprise de ceux auxquels on la destine, est soigneusement codifiée. Ainsi, tout objet doit être considéré comme un message, dont le sens varie selon les matériaux, les couleurs et les formes utilisés. L’art mélanésien est un discours au langage spécifique, et l'on ne peut en analyser les formes qu'à travers la connaissance de ce langage. Les sources dont nous disposons pour comprendre ces traditions artistiques sont malheureusement souvent fragmentaires, et la destination de bien des objets nous est inconnue. Il est cependant possible de classer ces productions « artistiques » en deux grandes catégories stylistiques, qui découlent de la coexistence de deux populations, les Papous et les Austronésiens. Chacun de ces groupes dispose d'une organisation sociale, d'un univers religieux et de racines linguistiques différents, dont la production artistique se fait l'écho. Mais qu'il s'agisse de l'une ou de l'autre de ces populations, on ne peut qu'être frappé par l'extrême diversité des œuvres : toutes les techniques, tous les matériaux semblent, avoir été expérimentés. On trouve en Nouvelle-Guinée des sculptures en ronde-bosse mais aussi des bas-reliefs, comme chez les Asmat, dans les îles Trobriand, dans le golfe de Papouasie ou les Hautes Terres. Si certains sculpteurs utilisent le bois, d'autres travaillent les os d'animaux, en particulier ceux du casoar. Dans tous les territoires s'exprime le talent des peintres papous, notamment dans l'ornementation des grandes maisons cérémonielles des hommes. Quelques régions sont particulièrement fécondes pour la peinture, comme chez les Abelam, chez les Kambot, en Nouvelle-Irlande, tandis que les extraordinaires maquillages pratiqués dans les Hautes Terres, dans le sud et dans le nord de l'île, comptent parmi les plus spectaculaires expressions des Papous. En outre, l'une des particularités de cet art est la fréquence des œuvres collectives, associant les talents des tailleurs de bois, des peintres, des vanniers ou d'autres artistes pour des réalisations composées des matériaux les plus divers.
|