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Extraction
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Henri Van Damme (directeur de
recherche - CNRS - Université d'Orléans) : Contrairement
à ce que l'on pense souvent, un gisement de pétrole
n'est pas un lac souterrain mais une sorte de gigantesque
éponge dans laquelle le pétrole imprègne des roches
poreuses en silice ou en calcaire. Quand on fore, dans le
meilleur des cas, le petrole commence par jaillir
spontanément sous la pression des roches environnantes,
mais ces conditions très favorables ne durent pas. Très
rapidement, il faut pomper, et quand le pétrole ne sort
plus en pompant, il faut faire ce qu'on appelle de la
stimulation, c'est à dire forcer le pétrole à sortir.
Voici un liquide visqueux qui représente le pétrole. Je
l'enferme entre deux plaques de verre en le répartissant
uniformément. Cet espace très réduit dans lequel le
liquide, donc le pétrole, est confiné simule la
porosité de la roche et nous place donc dans des
conditions équivalentes à celles d'un gisement. Voici,
simulé, le puits central par lequel on n'arrive plus à
pomper le pétrole. Ce qu'on fait alors, c'est forer un
ou plusieurs puits secondaires comme celui-ci, par lequel
on injecte de l'eau. En l'occurrence, j'injecte de l'eau
dans laquelle un colorant fluorescent a été dissous
afin de mieux voir sa propagation. L'eau ne se mélange
pas au pétrole car le pétrole est un corps huileux.
L'eau va repousser le pétrole vers le puits central car
c'est là que la pression est la plus faible. Et on
pourra à nouveau pomper le pétrole. Mais cette
manoeuvre est extrêmement délicate car si l'on injecte
trop rapidement, le front de propagation de l'eau se
destabilise en formant de longues digitations, ce qui
réduit d'autant l'efficacité du processus. Si par
malheur l'une de ces digitations arrive au puits central,
elle aura réalisé une sorte de court-circuit et le
pompage ne fera plus sortir que de l'eau. La difficulté
est donc d'injecter de l'eau suffisamment lentement pour
éviter l'instabilité mais suffisamment vite pour que la
manoeuvre soit économiquement rentable. Une deuxième
méthode consiste à stimuler directement le gisement, en
injectant sous très forte pression de l'eau ou du gaz
directement dans le puits principal. Voici un gel, qui à
une autre échelle, a des propriétés identiques à
celles de la roche poreuse du gisement. J'injecte cette
eau colorée à travers une aiguille qui représente le
puits principal. Ce n'est pas une grosse bulle qui se
forme, mais une fracture. Sur le terrain, l'injection
provoquera une véritable faille dans laquelle le
pétrole ira s'engouffrer et pourra ainsi atteindre le
puits. L'idéal serait de pouvoir réaliser tout un
réseau de fractures qui constitueraient autant de
chemins pour la collecte du pétrole. En augmentant la
pression d'injection on augmente la vitesse du front et
on multiplie le nombre de plans de fractures, et c'est à
un véritable morcellement de la roche que l'on aboutit.
Il y a malgré tout, des limites. L'une est technologique
car augmenter la pression d'injection demande vite des
moyens considérables. L'autre est scientifique, car tout
compte fait on sait encore très peu de choses sur les
instabilités de propagation et de branchement des
fractures à très grande vitesse.
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