Mardi 24 février 1998

Philippe Franceschini : double aveugle.

Philippe Franceschini - chef du service Honoraire - Hôpital Cité Universitaire

Philippe Franceschini ( chef du service Honoraire - Hôpital - Cité Universitaire) :

Lorsqu'un laboratoire découvre une molécule active contre une maladie, il fait des tests d'abord, en laboratoire, il applique le médicament à des volontaires et enfin, il l'applique à des malades par l'intermédiaire des médecins, et c'est la méthode dite en double aveugle qui est obligatoire selon la loi pour obtenir l'autorisation de mise sur le marché de ce médicament. Le médecin reçoit des boîtes de pilules, certaines contiennent le médicament, d'autres ne le contiennent pas, c'est la méthode de double aveugle ; le médecin ne sait pas s'il va donner le médicament, le patient ne sait pas s'il va recevoir le médicament ou un placébo qui est de la poudre de perlimpimpin et l'étude doit porter comme cela sur plusieurs mois où le médecin et le malade vont surveiller l'évolution de la maladie et, euh, de l'effet du médicament. Lorsque toute cette étude sera terminée et avec y compris les examens de laboratoire, les observations du malade et les observations du médecin, tous ces documents seront envoyés au fabriquant qui va les dépouiller et va libérer le secret, ce qui fait que tout le monde sera au courant du traitement ou non que le malade aura suivi. Autrefois, on pratiquait de manière tout à fait différente, on faisait des essais ouverts, c'est à dire que le médecin savait ce qu'il donnait et le malade aussi savait ce qu'il recevait. Ainsi que dans les années 35, lorsque fut découvert le premier principe anti-infectieux qui était un sulfamide, on a appliqué ce médicament au pavillon des (érisipélateux ?). Une rangée de malades a reçu le médicament, ils sont tous guéris en huit jours, l'autre rangée de malades n'a pas reçu le médicament, tous ont eu des complications et même certains en sont morts. Cette méthode qui paraissait très barbare est en fait un peu la même maintenant bien qu'agrémentée d'une legislation et bien entendu d'observations ; s'il y avait complications le médecin interviendrait immédiatement. C'est ainsi que dans les années 70 /72, j'avais découvert l'effet d'un médicament connu, déjà commercialisé dans le traitement du Zona, je l'ai appliqué avec succès et d'ailleurs beaucoup de médecins ont suivi mon exemple. Le laboratoire m'a demandé de faire une étude en double aveugle que j'ai toujours refusée parce que je ne voulais pas faire perdre aux patients le bénéfice de l'effet du traitement.