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Archimède   Emission du 22 septembre 1998
Sujet41.jpg (13151 octets)    Pascal Bernard, sismologue

Je m'appelle Pascal Bernard, je suis sismologue, c'est à dire que j'étudie les tremblements de terre, et je suis physicien de formation.

J'utilise, pour l'étude des tremblements de terre, un petit peu les compétences que j'ai acquises au cours de cette formation de physicien. Analyser les vibrations des grands séismes, c'est peut-être la chose la plus importante qu'un sismologue doit faire.

La propagation des ondes est quelque chose déjà d'assez complexe ; la rupture des failles, c'est quelque chose d'aussi extrêmement complexe peut-être encore plus mal connu et donc c'était le sujet qu'on doit aborder.

Mais par ailleurs,  je m'intéressais à des choses un petit peu autour :  la faille casse, d'accord, mais qu'est ce qui se passe avant que la faille casse ? Je me suis intéressé au problème de prédiction des séismes, par curiosité parce que quand  un scientifique dont tout le monde parle dit : "Moi, je, je prédis les séismes avec 80% de chance de succès", c'est intrigant, c'est fascinant, surtout quand on entend les autres dire : "C'est des conneries !".

Donc il s'agissait de savoir si les séismes étaient précédés de perturbations détectables en surface. On imagine que la faille, avant de casser va commencer peut-être à glisser de manière accélérée et en glissant de manière accélérée, elle va peut-être générer des petits séismes, ou bien elle va générer des courants électriques parce qu'elle va faire circuler des fluides souterrains. Et ces choses là peuvent être détectées.

Si on prends ce petit cure-dents, si je le plie, si on écoute doucement, avant la grande cassure, dans certains cas on observe des petits craquements ; les phénomènes précurseurs, c'est un petit peu ça. La question est de savoir si c'est systématique ou pas et si c'est pas des petits craquements fortuits qui n'ont rien à voir avec la préparation du séisme. Je pense que les phénomènes qui précèdent les séismes sont suffisamment clairs et, et seront probablement suffisamment bien mesurés dans certains cas pour qu'on comprenne ce qui se passe avant certains grands séismes ; quand je dis certains, c'est peut-être pas tous, du coup,  je ne pense pas que les précurseurs que l'on voit puissent permettre de prédire les séismes de manière suffisamment fiable pour être d'un quelconque intérêt et mon idée, comme celle de pas mal de gens, c'est de dire : Bon, ben, pour progresser là-dedans, le seul moyen c'est de concentrer des instruments autour d'une zone de faille et puis de se mettre à l'écoute et d'attendre un séisme, et des petits, des grands, et de faire des statistiques et de faire de la physique derrière pour expliquer ce que l'on observe et voir si on a des petits craquements ou si on n'en a pas, dans quelles conditions on en a, pourquoi on en a, etc...

Mettre un détecteur autour d'une faille, c'est nécessaire, c'est fascinant parce qu' on n'a pas vraiment de raison parfaitement objective pour mettre un instrument à tel endroit ou à tel autre. Et donc, là, y a une question de sensibilité qui intervient complètement irraisonnée, qui se dit : on sent les choses, alors on peut se planter complètement. C'est là où on n'est pas encore dans le domaine scientifique. Là où on émerge dans le domaine scientifique, c'est lorsque, lorsqu'on a ces mesures et qu'on analyse les conséquences de ces mesures en terme de, d'explication et en terme aussi d'évolution du système de mesure, c'est là où on se pose les bonnes questions.

Et c'est  là où le scientifique apparaît. Avant, c'est plutôt l'homme qui est avec ses préconceptions.

 

  © 1998 ARTE G.E.I.E