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La mite et
le musée
(retranscription intégrale
du reportage)
Depuis le Laboratoire de
recherce des monuments historiques à Champs-sur-Marne, Dominique de Reyer
traque et poursuit les insectes ravageurs d'objets anciens.
Notamment les mites.
Dominique de Reyer
Les mites des vêtements appartiennent aux insectes kératophages, c'est-à-dire
ce sont les insectes qui sont capables de digérer la kératine
qui est la protéine de constitution que l'on trouve dans le cuir, dans
les cheveux, dans la laine, les poils, les fourrures, les plumes, etc...
Ces insectes, dans la nature, lorsqu'ils sont dans la nature sont utiles
puisque ce sont des bio décomposeurs. On va les trouver dans les nids
d'oiseaux où ils vont faire le ménage en mangeant les plumes et les restes
d'oiseaux. Par contre, dès qu'ils s'introduisent dans les maisons, ils
deviennent nuisibles surtout dès qu'ils s'installent dans les armoires
et sur les manteaux. On a tous eu l'expérience, en retour de vacances,
en rangeant ses armoires, de trouver soit son manteau attaqué, ou alors
d'avoir des souvenirs de grand-mère, je veux dire, sur lesquels les mites
sont installées. Et en l'observant d'un peu plus près, on s'aperçoit qu'effectivement,
il y a eu la présence d'insectes sur le manteau. Voilà, ici, par exemple,
une galerie qui a été tissée par une larve.
Du vêtement privé aux costumes
historiques et ethnologiques, il n'y a qu'un pas que les mites tapissières
n'hésitent pas à franchir. Pour ces insectes, les collections comme celle
du MUSEE DE L'HOMME à Paris sont une aubaine. Des centaines de milliers
d'objets faits de plumes, de poils, de fourrures et de textiles s'offrent
à leurs mandibules.
Rachel Orliac
Alors, nous avons ici un manteau en feutrine, brodé de, de fils métalliques.
Alors les mites aiment, aiment beaucoup la feutrine. Elles la grignotent.
Donc, pour pallier à cela, nous utilisons des boules de camphre. Le camphre
est, est connu pour être un répulsif, donc nous les enfermons dans des
petits sachets comme ça, nous les disposons dans l'armoire et si, toutefois,
une mite a envie de rentrer dedans, elle va être un petit peu perturbée
et donc on compte sur le camphre pour la dissuader. Et par exemple, nous
avons, comme ici, un exemple de pièce qui a été grignotée par les mites,
c'est-à-dire que les larves ont mangé la base du poil et nous nous retrouvons
avec une zone de peau complètement nue. Donc, c'est là où effectivement
il faut agir très vite.
Dominique de Reyer
Les méthodes de traitement qu'on utilisait jusqu'à ces dernières années
pour traiter les objets infestés par les insectes, étaient des méthodes
dérivées du domaine agro-alimentaire et notamment des fulmigations avec
des produits chimiques au bromure de méthyl. Alors, ces méthodes sont
très efficaces mais malheureusement, elles sont toxiques aussi bien pour
l'environnement, le personnel et les objets eux-mêmes puisque certains
types d'objets, notamment les cuirs, pouvaient avoir des réactions spécifiques
avec le bromure.
La mite est un papillon. Au
cours de son existence, elle franchit donc les stades habituels de la
vie d'un papillon, depuis l'œuf jusqu'à l'adulte ailé, en passant par
la chrysalide. L'adulte ne se nourrit pas, et vit dix jours. Dix jours
dédiés uniquement à la reproduction. Car c'est bien avant, lorsqu'elle
n'est encore qu'une chenille, que la mite s'en prend à nos manteaux.
La voici, par exemple, en train
de se nourrir de toison de lapin. Certaines chenilles se construisent
des tunnels de soie dans lesquels elles se déplacent. Ces galeries sont
agencées en réseaux, et recouvrent la surface des objets qu'elles infestent.
De là leur nom de "mites tapissières". Ici, nous voyons deux chenilles
en train de sécréter des fils de soie qui serviront à la fabrication des
tunnels.
Ces petites boules sur leurs
galeries sont leurs déjections. Les chenilles les utilisent aussi comme
matériau de construction.
L'objectif des chercheurs est
de s'attaquer à l'insecte à tous les stades de sa vie : œuf, chenille
ou papillon.
Dominique de Reyer
Les insectes ont la particularité biologique de ne pas pouvoir réguler
la température de leur corps et sont sensibles à la température, aussi
bien une élévation de température que la diminution de température. Alors,
les méthodes qu'on préconise actuellement s'orientent plus vers la congélation
donc la diminution de température. On a fait tout un travail spécifique
sur l'effet de l'abaissement de la température sur les mites à partir
des expérimentations mises en place par Georges Chauvin et Lee Vanier
qui ont étudié spécifiquement les points d'abaissement critiques qui vont
entraîner la mort pour chaque stade de développement de la mite.
Pour découvrir le point de
température critique, et la durée pendant laquelle les objets doivent
être soumis au froid pour être désinfectés à coup sûr, les scientifiques
placent des chenilles dans des conditions proches de celles de la réalité.
Dominique de Reyer
On va simuler... On va penser que les larves sont dans un tapis. Donc,
on va placer l'éprouvette au centre de ce feutre. Donc, je place une sonde
de température à proximité de mon éprouvette.
Ici, le feutre simule un tapis.
Il faudra en effet plus de temps pour que le froid pénètre à l'intérieur
du rouleau et atteigne les insectes.
D. de Reyer
Donc, on place le feutre dans le congélateur. Le congélateur est déjà
à moins trente degrés.
Après 48 heures, le faux tapis
est déroulé.
D. de Reyer
On va vérifier l'état des larves et nous allons leur faire subir le test
de la piqûre pour voir si elles sont encore capables de réactions. Donc,
je me mets sous le binoculaire et avec une petite pince... on observe
leur réaction à la piqûre.
Ce type d’expérience a été
fait en essayant différentes durées de congélation, et différentes températures.
Quelles en sont les conclusions ?
D. de Reyer
Pour être sûr, quand on va faire un traitement par la congélation, de
tuer tous les stades de développement qui pourraient se trouver sur l'objet
qu'on est en train de traiter, on préconise une température de congélation
comprise entre moins vingt cinq et moins trente.
Les résultats de ces expériences
sont mis quotidiennement en application. Retour au Musée de l’Homme.
Rachel Orliac
... ça vient du Maghreb. Ce sont des paniers de vannerie et voilà ce que
l'on trouve. Là, c'est un cas un petit peu particulier, il y a un début
d'infestation où l'on peut suivre les réseaux des larves des mites tapissières.
Donc, il y a des petites déjections, il y a des fourreaux, puis on peut
bien suivre leur parcours. Dans ce cas là, ce qu'on fait : on congèle.
On peut congeler parce que la vannerie réagit très bien à la congélation.
En plus, l'objet est bien sec. Pour protéger d'une éventuelle condensation
lors de la décongélation, on les glisse dans une enceinte polyéthylène.
Donc, je l'amène à la congélation.
A l'issue de quatre ou cinq
jours de congélation, les objets seront ramenés lentement à leur température
normale, puis nettoyés avec un aspirateur.
D. de Reyer
Donc, on a vu par nos études que la congélation était une méthode de traitement
efficace qui entraînait cent pour cent de mortalité sur tous les stades
de développement de l'insecte. Par contre, afin de pouvoir l'utiliser
et l'appliquer pour traiter des objets de collection, il faut auparavant
s'assurer que cette méthode est sans danger et ne va pas abîmer les objets
que l'on va traiter.
Pour les objets qui risqueraient
d'être détériorés par la congélation, une autre stratégie existe. Elle
est pratiquée au MUSEE NATIONAL DES ARTS D'AFRIQUE ET D'OCEANIE. Il s'agit
de l'anoxie. Cette méthode permet de traiter les pièces composites comme
ce masque du VANUATU constitué de plumes, de bambou, de moelle de palmier,
de sciure de végétaux liés avec de la sève d'arbre à pain, et de gouache.
En effet, on ne sait pas comment réagissent la sève et la gouache à la
congélation. La couche picturale risquerait de se décoller. Pour le traitement
par anoxie, on va enfermer le masque dans une enceinte totalement hermétique.
Ces sachets sont des absorbeurs d'oxygène. Placés dans le sac avec le
masque, ils provoqueront l'asphyxie des insectes à tous les stades de
leur développement, et cela sans risque pour l'œuvre d'art.
Dans quelques jours, plus de
99% de l'oxygène contenu dans le sac aura disparu. Après quelques semaines
d'isolement dans l'enceinte, le masque sera sauvé.
Parallèlement à la désinfestation,
le MUSEE NATIONAL DES ARTS D'AFRIQUE ET D'OCEANIE a mis en place une stratégie
de prévention très stricte. Par exemple, en installant dans son sous-sol
une salle de quarantaine.
Régis Prévot
Les objets passent tous en quarantaine et ils sont isolés. Donc que les
objets viennent pour des acquisitions -comme c'est le cas de l'objet qu'on
a vu tout à l'heure, suite à une acquisition, et là, il peut venir de
n'importe où dans le monde - ou qu'il vienne d'une exposition dans le
cadre d'un prêt qui a été fait à un autre musée, -c'est le cas de ces
objets qui ont été prêtés à l'étranger- ou quand ils reviennent d'expositions
qui ont eu lieu dans le musée même, on les passe d'une façon générale
en quarantaine. Pour éviter tout risque d'infestation, on essaye d'avoir
une gestion rigoureuse des réserves. Cette gestion passe par, d'abord,
un rangement des objets.
Chaque objet a sa place, a un espace suffisant autour de lui. Chaque objet
est bien rangé, il y a aucun entassement de façon hebdomadaire, on vient
dans la réserve tous les lundis matin, et d'une part on contrôle le climat,
d'autre part, en même temps, on en profite pour regarder en passant et
pour voir si il n'y a pas un problème, si justement, comme les objets
ont leur espace, on voit pas des insectes, on voit pas quelque chose...
une anomalie et à ce moment là, on va prendre les mesures qui s'imposent
pour isoler cet objet si jamais on voit qu'il y a un insecte à côté ou
une infestation.
Ici, on a des objets du VANUATU qui sont, pour la plupart, des objets
extrêmement fragiles et de plus, ils ont, comme on le voit, des plumes.
Les plumes sont très sujettes aux insectes et aux mites. Et donc, on voit
qu'ici, on a posé tous les objets sur des mousses de façon à pouvoir bien
voir s'il y a des insectes et on les met même, en plus, dans des boîtes,
pour bien les isoler, pour les protéger au niveau du climat, mais il y
a des mousses blanches aussi à l'intérieur, ce qui nous permet de voir
tout de suite s'il y a des insectes qu'on retrouve à côté ou pas.
Ainsi, chaque jour, scientifiques
et restaurateurs doivent être à l'affût pour découvrir et éloigner les
insectes dévoreurs de patrimoine.
La semaine prochaine, nous
verrons de quelle manière les chercheurs étudient de nouvelles stratégies
pour l'avenir.
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