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Robert Oppenheimer
1933. Adolph Hitler prend
le pouvoir. Il va plonger l'Europe dans l'enfer.
A cette époque, Robert Oppenheimer revient d'Allemagne où il a suivit
des études en physiques.
Oppenheimer est né à New York
en 1904 dans une riche famille d'émigrés juifs allemands. Face à la montée
du nazisme, Oppenheimer, comme beaucoup de jeunes de sa génération, adhère
au marxisme.
Pendant cette période, il côtoie une poignée de physiciens qui vont fuir
l'Europe avec un terrible secret : à partir du plus petit élément de l'univers,
le noyau atomique, on peut déclencher la plus puissante des énergies.
En 1939, Einstein, lui-même pacifiste confirmé, écrit au Président Roosevelt
pour lui expliquer la nécessité de créer une bombe d'un nouveau type,
dotée d'une puissance inimaginable : la bombe atomique.
"Yesterday,... The
december 7th1941..."
Hier, Le 7 septembre
1941…
Après Pearl Harbour, les États-Unis entrent en guerre, bien décidés à
se venger de l'humiliation subie. Roosevelt ordonne de tout mettre en
oeuvre pour construire la bombe atomique. Nom de code du programme : "Le
projet Manhattan".
Nommé en Septembre 42, le
général Leslie Groves devient le maître d'oeuvre absolu du projet. Doté
de moyens illimités, il n'a de comptes à rendre qu'au Président, qui lui
a donné carte blanche. Il nomme Oppenheimer "directeur scientifique" du
programme et installe son équipe à Los Alamos, dans le Nouveau-Mexique.
Oppenheimer, professeur à Berkeley, plus qu'un scientifique, est un intellectuel
ouvert sur le monde. Son seul défaut : ses liens notoires avec des militants
communistes. Personne ne veut de lui à la tête d'un programme aussi sensible.
Seul le général Groves accepte de prendre le risque et impose Oppenheimer
contre son propre état-major.
A 39 ans, Oppenheimer va diriger la plus grande opération scientifique
et militaire de tous les temps.
Robert SERBER
"Everybody was surprised that Oppie's been picked as director.
First of all, he was a theoritical physisist and directors are usualy,
more practical people, experimental. He had a pure ivory tower background.
He had no administrative experience of any kind. It was not at all an
obvious choice and I think it's a real tribute to Groves that he had the
imagination and the ability to see Oppie's potential... As the... as a
leader of the laboratory... and Groves was... His only interest was to
get the job done succesfully. And if he had to... override his security
people on questions of left wing sympathy, he was perfectly ready to do
it. "
La nomination d'Oppenheimer au poste de directeur a surpris tout le monde.
Tout d'abord, c'était un théoricien et d'habitude, on demandait plutôt
aux directeurs, d'avoir une expérience pratique.
Il vivait dans le monde des idées, il n'avait aucune expérience administrative.
Ce n'était pas un choix évident et c'était tout à l'honneur de Groves,
qui a eu l'imagination de déceler en Oppenheimer, la capacité de diriger
le laboratoire. Groves n'avait qu'une idée en tête : il fallait que le
travail soit bien fait et s'il lui fallait outrepasser les avis du département
de sécurité, à propos des tendances gauchistes d'Oppenheimer, il était
prêt à le faire.
Hans BETHE
"I knew er… Oppenheimer fairly well. He was a complicated person.
He was, uh had just about the quickest mind that I had ever seen. The,
er, uh, he was told about a problem and he understood immediately and
had immediately some pertinent remark on it, and that's what qualified
him so well to be the director of the Los Alamos laboratory. Uh, he kept
informed on all the parts of the laboratory, whether it was theoretical
physics, experimental physics, chemistry, engineering, er, testing of
guns, of high explosives. He was informed about everything and had, had
his opinion about everything. So he was a wonderful director."
Je connaissais assez bien Oppenheimer. Ce n'était pas quelqu'un de simple.
Il était doué d'une vivacité d'esprit exceptionnelle, comme j'en ai rarement
vu. Il cernait immédiatement les problèmes qu'on lui soumettait, et faisait
toujours une remarque pertinente. C'est pour cette raison qu'on l'a nommé
directeur du laboratoire de Los Alamos. Il s'informait de tout ce qui
se passait, qu'il s'agisse de physique théorique, de physique expérimentale,
de chimie, d'ingénierie, du test des armes à feu ou des explosifs. Il
s'informait de tout et avait une opinion sur tout. C'était un directeur
exceptionnel.
Harold AGNEW
"Of course
the group there was very eclectic...hum ... all types of people, but Oppy
had arranged it so that everybody was pretty equal and...euh ... there
were parties and we would get invited and we enjoyed it all very much.
There was no class distinction so to speak between the Nobel laureats
and the, the graduate students or grunts."
Il va s'en dire que le groupe était passablement éclectique. Mais
Oppie faisait en sorte que l'égalité règne. Nous étions invités à des
soirées, nous nous amusions beaucoup. Les distinctions de classes n'existaient
pas. On ne sentait pas de différence entre les prix Nobel, les étudiants
et les nouvelles recrues.
A la mi-juillet 1945, après
2 ans de travail qui ont mobilisé plus de 100 000 personnes : ouvriers,
ingénieurs, industriels, les scientifiques du projet "Manhattan" parviennent
à concevoir et assembler deux bombes atomiques : " Fat Man ", la bombe
au plutonium et " Little Boy ", la bombe à uranium. Deux voies différentes
... deux chances de réussir !
" Fat Man " sera testée dans le désert du Nouveau Mexique, " Little Boy
" quelque part, ailleurs ! Oppenheimer baptise le premier test : Trinité.
Reconstitution test Trinité.
Robert Oppenheimer
"The automatic controls got it now.
Le contrôle automatique a pris le relais.
Robert Oppenheimer
Ron, this time, the stakes are really high."
Cette fois, les jeux sont faits.
Isaac RABI
"It's gone to work all right, Robert. And I'm sure we'll never
be sorry for it. "
Tout va bien se passer, Robert. Je suis sûr qu'on ne le regrettera pas.
Voix off
" Minus ten seconds.
H moins dix secondes.
Voix off
Minus five seconds.
H moins 5 secondes.
Voix off
Go ! "
Feu !
Robert SERBER
It scared me... it scared me. I think, it scared everybody and it was
such a grand scale. And.. with what was expected, but still to see it
was frightening. Of course everyone knows Ken Brainbridge, who was in
charge of the ... euh ... in charge of the Trinity test. This remark is
famous, he said " Now we 're sons of bitches."
J'ai eu peur, très peur. Je crois que tout le monde a eu peur. Cela se
produisait à une telle échelle ! Nous nous y attendions, malgré tout,
ce fut une vision effrayante. Bien entendu, tout le monde connaissait
Ken Brenbridge, qui avait la responsabilité de l'essai de Trinité. Son
expression est restée célèbre : " à partir de maintenant, nous sommes
tous des fils de pute. "
Lorsque le test Trinité est
couronné de succès, les alliés ont déjà gagné la guerre en Europe : entre
50 et 80 millions de morts ! Mais, en Chine, dans le sud-est asiatique
et dans le Pacifique, les Japonais ne désarment pas. Les Américains découvrent
un ennemi qui, le plus souvent, préfère la mort à la reddition. Les militaires
américains ont un plan pour envahir le Japon, en Octobre 45. Ils estiment
leurs pertes à 500 000 hommes.
Robert SERBER
"Oppy and I discussed the question of whether the bomb should
be used in Japan and our opinion was that it certainly should. Oppy and
I, in our discussions termed the bomb a psychological weapon. We were,
I don't know why we were so sure, but we were sure it 'd end the war,
it seemed to us the psychological effects of a demonstration would be
not nearly as effective as an actual use."
Nous nous sommes demandés, Oppie et moi, s'il fallait utiliser la
bombe contre le Japon. A notre avis, il le fallait indiscutablement.
Lors de nos conversations, Oppie et moi qualifions la bombe d'arme psychologique.
J'ignore pourquoi, mais nous étions sûrs et certains qu'elle mettrait
fin à la guerre. Il nous semblait que les effets psychologiques d'une
démonstration n'aurait absolument pas la même force qu'une utilisation
réelle.
Edward TELLER
"When Hitler was defeated, some people in Chicago put together
a petition, including Szilard. "Let's not start atomic age with a cruel
explosion. Let's demonstrate, perhaps that will suffice to persuade the
Japanese to surrender". I liked the idea. I went to Oppenheimer. He was
completely opposed to it."
Au moment de la chute d'Hitler, quelques personnes dont Szilard, firent
circuler une pétition à Chicago. " N'ouvrons pas l'ère atomique par une
explosion cruelle, faisons leur une démonstration, cela suffira peut-être
à persuader les japonais de se rendre. " Cette idée me plaisait, j'allais
trouver Oppenheimer, il s'y opposait catégoriquement.
Harold AGNEW
"Actually, we only had two bombs. And if you're gonna do a demonstration
I don't know how you would arrange it, put up bleachers, invite people
to come, black ties affair or what. I just thought the whole thing was
nonsense. Our whole effort, on the whole number of those years was to
end the war as quickly as possible, and save as many American, Chinese,
Allied lives as possible. And quite frankly, I don't think we cared about
anything else other than ending the war as quickly as possible."
En fait, nous disposions seulement de deux bombes. Je ne sais pas comment
ils s'y seraient pris pour faire une démonstration, installer des gradins
et envoyer des cartons d'invitation ! Pour moi, tout cela n'avait aucun
sens. Pendant toutes ces années notre seul désir était d'en terminer avec
la guerre aussi rapidement que possible, de sauver des vies humaines chez
les américains et chez les chinois, chez tous nos alliés. Franchement
je crois que rien d'autre ne nous importait : il fallait faire cesser
la guerre.
Le 6 Août 1945, à 8h15, Harold
Agnew filme ces images avec sa caméra-amateur. Hiroshima, 140 000 morts.
Le 9 Août 1945, 11h02, Nagasaki, 70 000 morts. Cinq jours plus tard, le
Japon capitule.
James GARRISON
"Then whenever they bombed Nagasaki and Hiroshima, well they called
us all out, all the workers, they just stopped the project, they called
us out in what they called a grander, and then they told us what it was,
they told us that they had bombed two...cities in Japan, Nagasaki and
Hiroshima, and, they had very good results, the only thing that...I talked
to Oppenheimer, and he said the only thing they was afraid of was that
they, they couldn't stop it. No, Oppenheimer is a well guy, he's a real
real good guy. "
Quand ils ont bombardé Nagasaki et Hiroshima, ils nous ont tous rassemblé,
tous les ouvriers, ils ont arrêté le travail et ils nous ont expliqué
qu'ils venaient de bombarder deux villes japonaises : Nagasaki et Hiroshima,
et que les résultats étaient excellents. Seulement j'ai parlé à Oppenheimer
qui m'a dit que la seule chose qui l'ait tracassé c'est qu'il ne savait
pas comment arrêter tout ça. Oppenheimer était un chic type, un mec bien.
Après la guerre, Robert Oppenheimer
est un héros national et l'un des conseillers scientifiques les plus influents
du gouvernement. Il est en faveur d'un contrôle international des armes
nucléaires et recommande le dialogue avec les soviétiques. Il s'oppose
au projet de la bombe H, mis au point par Edward Teller, considérant qu'elle
n'a aucune valeur militaire et n'est qu'un instrument de génocide. Oppenheimer
se fait des ennemis très puissants. Le général Groves, alors en retraite,
ne peut plus le protéger.
Au printemps 1954, en pleine période de MacCarthysme, le Président Eisenhower
donne l'ordre d'instruire secrètement le "procès Oppenheimer" afin de
déterminer s'il peut conserver son poste de conseiller du gouvernement.
Son passé "d'homme de gauche" le rattrape. Le héros national est alors
considéré comme un traître, pire, comme un espion à la solde du KGB. Oppenheimer
ne sera plus jamais autorisé à travailler pour son pays. Ecarté du pouvoir,
il se sent un homme fini. Edward Teller, le père de la bombe H, anticommuniste
convaincu, qui fut le seul scientifique à témoigner contre Oppenheimer,
devient le conseiller attitré de la plupart des Présidents américains.
Soviétiques et Américains se lancent alors dans une course nucléaire sans
fin.
Edward TELLER
"I was explicitely asked : should he be cleared. And I said :
from the point of view of loyalty, he should be. From the point of view
of wisdom, I dare say nothing. A sad story. A terrible story. I believe
that Oppenheimer's position, in the one hand, to use the bomb, on the
other hand, at that point to stop all further work connected with nuclear
energy, stop the hydrogen bomb, I think that was a mistake."
On m'a demandé sans détour s'il fallait le disculper. Du point de vue
de la loyauté, oui, sans aucun doute. Du point de vue de la sagesse, je
ne me prononcerai pas.
Une bien triste histoire, une tragédie.
La position d'Oppenheimer, d'un côté utiliser la bombe, de l'autre interrompre
tous les travaux axés sur l'énergie nucléaire, y compris la bombe à Hydrogène,
cette position était pour moi une erreur.
Françoise ULAM
"It was really the crucifixion of someone who had been very… very
instrumental because without Oppenheimer, who knows, whether his direct…
his leadership of the lab during the war was so extraordinary that it
was obvious that he coordinated everything. And it was not a very pleasant
feeling that the country and some of the administrators and bureaucrats
were turning against him and one always suspected that Teller had something
to do with this because he was so angry at Oppenheimer.
They jumped on his past, his… left-wing past and were afraid that … start
to … saying that he was a russian spy and so on, so … It destroyed him."
C'était la crucifixion d'un homme qui avait joué un rôle vraiment essentiel.
Qui sait comment les choses se seraient passées sans Oppenheimer… ? La
façon dont il dirigeait le laboratoire pendant la guerre fut extraordinaire
: il coordonnait tout, c'était clair. On éprouvait un sentiment de dégoût
à voir tout le pays, certains fonctionnaires et bureaucrates se retourner
contre lui. On a toujours soupçonné Teller d'avoir joué un rôle là-dedans
car il en voulait énormément à Oppenheimer.
Ils ont violé son passé, ils se sont emparés de son passé gauchiste et
ont eu peur quand ils ont commencé à voir en lui un espion russe. Ils
l'ont détruit.
Oppenheimer
"We knew the world would not be the same.
Nous savions que le monde ne serait plus le même.
Few people laughed,
Certains ont ri,
Few people cried ,
Certains ont pleuré,
Most people were silent.
La plupart sont restés silencieux.
They remembered the line from the hindou scriptures, the Bhagavad-gita:
J'ai repensé à une légende hindoue:
Vishnou is trying to persuade
the prince that he should do his duty,
Vishnou tentait de persuader le prince qu'il devait accomplir son devoir,
And to impress him takes
on his multiarms form,
Et, pour l'impressionner, il se transforma en déployant ses nombreux bras.
and says : "Now I am become Death, the Destroyer of Worlds"
"
Il dit : "Je suis la Mort, Destructrice de tous les mondes."
En 1963, Oppenheimer est réhabilité
par le Président Lyndon Johnson. " Oppy " meurt en 1967.
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