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Archimède   Emission du 25 janvier 2000
  

La mort blanche

Les avalanches sont capables de déployer une énergie considérable.

Depuis des siècles, les Hommes sont confrontés à des phénomènes naturels d'une extrême violence, qu'ils ne parviendront jamais à maîtriser complètement. Les événements de l'hiver dernier nous l'ont rappelé durement.

Les Alpes constituent la zone montagneuse la plus densément peuplée au monde. Et chaque année, le tourisme attire dans la région quelque 120 millions de personnes supplémentaires.Les systèmes d'alerte et de protection contre les avalanches revêtent donc une importance vitale. Telles sont précisément les missions de l'Institut helvétique de recherche sur la neige et les avalanches, installé à Davos.

Dr. Amman :
"Les travaux de recherche sur la neige et les avalanches ont débuté en 1936, dans une petite cabane sur le Weissfluhjoch (prononcer vaïsse-flou-ior) et avec une petite équipe de chercheurs. Mais les débuts officiels remontent à 1942, en pleine Seconde Guerre mondiale, car l'armée suisse a réalisé qu'elle avait besoin de mieux connaître les avalanches pour ses troupes de montagne."

L'armée suisse prévoyait en effet de se réfugier dans les montagnes en cas d'attaque de l'Allemagne hitlérienne. L'institut de Davos reçut alors pour mission officielle de mettre en place un système d'alerte contre les avalanches, afin de protéger les troupes.

Février 1999.
Les chutes de neige du siècle ont dramatiquement aggravé la situation. En Suisse et en Autriche, quelque 2 000 avalanches destructrices provoquent des dégâts matériels sans précédent. Des dizaines de milliers d'autochtones et de touristes sont coupés du monde, les évacuations se comptent par milliers. De grands axes de communication restent coupés pendant plusieurs jours. Dans les pays alpins, les avalanches tuent plus de 50 personnes. Le système d'alerte s'est-t-il montré défaillant ?

Dr. Amman:
"Non, au contraire ! Mais il y a beaucoup plus de monde en montagne. Les chiffres des hébergements ont été multipliés par cinq environ au cours des 50 dernières années. La mobilité, la circulation routière, a augmenté d'un facteur 50. Tout cela a naturellement pour conséquence que le danger est bien plus grand et, en comparaison, il s'est passé peu de choses, notamment si l'on considère le nombre de décès."

D'un point de vue physique, la neige est difficile à appréhender. À nos latitudes, elle est toujours proche de son point de fusion, zéro degré, de sorte qu'elle se modifie en permanence. La tâche est difficile pour les chercheurs, car la prévision des avalanches nécessite des données précises.

L'Institut exploite une station de recherche au-dessus de Davos. Cette neige est certainement la mieux étudiée au monde. Située à 2 500 mètres d'altitude, la zone d'essai du Weissfluhjoch fait partie d'un réseau de mesure qui couvre toutes les Alpes suisses. Chaque jour, les nivologues, les spécialistes de la neige, recueillent des informations sur la neige, le vent et la météorologie.Le pénétromètre conçu par l'Institut devrait bientôt être mis en service.Cet appareil mesure la résistance que la neige oppose à un capteur ultrasensible, capable de détecter des couches de 2 millimètres. Ces couches jouent un rôle crucial dans l'évaluation du risque d'avalanche.L'exemple type est celui d'une couche de neige fraîche, peu résistante, suivie d'une couche gelée très résistante. Puis au-dessous un creux : la résistance chute à nouveau brutalement.

Le profil de la couverture neigeuse sert à en évaluer la constitution et la résistance. Tous les 15 jours, les chercheurs réalisent une coupe de la couche de neige. Sur une cinquantaine de sites dans toute la Suisse, des observateurs réalisent la même expérience.

L'analyse d'une couche de neige demande une grande expérience. L'Institut de recherche sur la neige et les avalanches organise donc régulièrement des cours pour ses observateurs.L'un des aspects importants est la métamorphose de la neige.

Roland Meister:
"On a d'abord de la neige fraîche, la neige qui vient de tomber. Puis on distingue essentiellement deux processus de transformation : premièrement une métamorphose destructrice, et deuxièmement une métamorphose constructrice."

Équipés d'un viseur et d'une loupe, les participants apprennent à étudier les cristaux et les couches de neige. La métamorphose destructrice produit une neige granuleuse et stable, qui réduit le risque d'avalanche. Dans certaines conditions de température intervient en revanche la métamorphose constructrice. Elle forme de gros cristaux en coupelle, qui peuvent former une couche limite particulièrement dangereuse.

Roland Meister:
"Le déclenchement d'une avalanche est déterminé surtout par les couches limites. Quand une couverture neigeuse est exposée pendant plusieurs jours à l'air libre, sa surface se transforme considérablement et il s'y forme une couche limite. Si de la neige fraîche tombe par-dessus, on a des conditions particulièrement propices au déclenchement d'une avalanche."

Les couches limites sont le tendon d'Achille de la couche de neige. Il suffit de peu pour que toute la neige tombée dessus glisse irrémédiablement.Le test du bloc glissant permet de mieux comprendre.Régulièrement, le simple poids des skieurs suffit à déclencher une coulée de neige. C'est la cause la plus fréquente d'accident mortel par avalanche.

Retour sur le Weissfluhjoch.Les nivologues se sont fixé un objectif ambitieux : modéliser la couverture neigeuse en n'importe quel lieu de la Suisse. Sans aucun essai sur le terrain, grâce à des simulations sur ordinateur. Mais on en est encore loin.Un échantillon de neige est analysé au laboratoire frigorifique.

À une température de -13 degrés, on ajoute une solution organique, puis on congèle le tout. La structure de la neige est ainsi conservée. On peut alors exploiter l'échantillon ou le conserver en vue d'un usage ultérieur. Souvent, des échantillons de neige sont prélevés après les avalanches pour les étudier ici. On dégage couche après couche. Un appareil photo numérique photographie chaque couche sous un microscope.Un programme spécial analyse ensuite les photographies et ré-assemble les diverses couches pour former un tout. Les chercheurs tentent de comprendre notamment comment les différents grains de neige s'assemblent les uns aux autres. La recherche n'est pas un but en soi. Chaque jour, l'Institut établit en effet le bulletin des avalanches, c'est-à-dire l'évaluation du risque d'avalanche pour toutes les Alpes suisses. Les travaux de recherche contribuent à une meilleure analyse des nombreuses données qui parviennent chaque jour à l'Institut.80 stations comparatives et 11 stations automatiques de montagne envoient régulièrement des informations sur les hauteurs de neige, le vent, le rayonnement et la température.

50 stations automatiques de mesure viennent de s'y ajouter. Elles envoient toutes les dix minutes des informations sur la neige et sur la météo. Ces stations ont été installées dans des zones typiques de déclenchement d'avalanches. Sur le terrain, une cinquantaine de personnes expérimentées relèvent le profil de la neige tous les quinze jours. Des données importantes sur la structure et la résistance des couches neigeuses sont ainsi recueillies. Mais le temps joue également un rôle déterminant. Car sans prévision météorologique fiable, impossible de prévoir les avalanches. Les experts analysent toutes les données. Les comparaisons avec des situations antérieures similaires peuvent fournir d'autres indices précieux.C'est à partir de toutes ces informations que l'Institut établit les bulletins d'avalanches. L'hiver dernier, il a fallu envisager fréquemment de barrer des routes ou d'évacuer des personnes. Dans ces situations critiques, les experts ne décident pas seuls. Aujourd'hui encore, un ordinateur ne remplace pas l'expérience. Mais les chercheurs se sont fixé un objectif ambitieux : des modèles informatiques capables d'établir une prévision d'avalanche pour presque tous les sites menacés.

Commentaire radio:
Risques d'avalanches : Demain, peu de changements, risques importants à l'Ouest :Tessin, Grisons, Engadine...

 

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