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L'aspirateur
de brouillard
Le brouillard n'est rien
d'autre qu'un trouble dans l'air, quand de la vapeur d'eau se condense
en de très fines gouttelettes.
Tout paraît inoffensif et c'est
souvent très beau à regarder ; mais au quotidien, le brouillard peut provoquer
des dégâts considérables. Or, on est toujours incapable de dissiper rapidement
et efficacement le brouillard là où il se forme, sans nuire à l'environnement.
C'est pourtant l'objectif que
s'est fixé le scientifique berlinois Detlev Möller, spécialiste de la
chimie de l'air et des nuages.
Prof. Detlev Möller (université
de Cottbus) :
"Si je me trouve dans le brouillard et que je ne veux pas attendre qu'il
se dissipe tout seul de manière naturelle, j'ai trois possibilités pour
accélérer le processus.Je peux d'une part employer des méthodes qui visent
à augmenter la taille des gouttes, jusqu'à ce qu'elles soient assez grosses
pour retomber en pluie. Une deuxième méthode consiste à évaporer les gouttes
pour les faire disparaître. Et une troisième méthode, très radicale, consiste
à éliminer directement les gouttes, le plus souvent par des moyens mécaniques."
Les chercheurs du laboratoire
de chimie de l'air de l'université technique de Brandebourg ne s'étaient
jamais intéressés au brouillard. Tout du moins jusqu'à l'année dernière,
quand le professeur Möller a été invité en Thaïlande à une conférence
de faiseurs de pluies. Il y a rencontré des collègues qui cherchent des
méthodes écologiques pour dissiper le brouillard. Sans grande réussite,
puisqu'il fallait encore des heures pour dissiper les nappes. Mais l'idée
a fasciné le professeur Möller. Il
a élaboré sa théorie, afin d'éliminer le brouillard avec de la neige carbonique.
Prof. Detlev Möller :
"Le principe de notre procédé consiste à prendre des grains de neige carbonique,
mesurant de quelques microns à quelques centaines de microns, et à les
injecter dans le brouillard au moyen d'un jet d'air. Nous utilisons donc
un mécanisme entièrement nouveau, qui consiste à récolter les gouttelettes
sur la trajectoire des particules de neige carbonique. Le simple effet
de collision fixe les gouttelettes et les congèle, et en quelques secondes
ou quelques minutes, elles se transforment en de grosses particules de
glace qui retombent au sol. Le brouillard a disparu."
Voilà pour la théorie. Möller
a tenté avec ses collègues de reconstituer dans une enceinte les conditions
réelles du brouillard, afin de pouvoir mener des expériences au laboratoire.
En vain. Le brouillard artificiel produit au laboratoire s'est avéré inapproprié.
Il fallait du vrai brouillard et l'on a donc installé tous les appareils
de mesure en extérieur. Après trois semaines d'attente, les premières
nappes sont enfin apparues, en plein milieu de la nuit. Quand Möller est
arrivé, ses collaborateurs étaient déjà en train de pulvériser la neige
carbonique.
Prof. Detlev Möller :
"Je suis arrivé en voiture et j'ai remarqué un effet lumineux très étrange.
Je me suis dit, ce sont certainement les cristaux de glace, comme l'explique
la théorie. Je suis allé voir mes collègues, et le technicien qui était
là avec la lance à CO2 dans la main...""...quand je lui ai dit, je crois
que vous avez fabriqué de la glace, ça a marché, il m'a regardé et il
m'a dit : non, non, ce n'est pas ça, on a d'abord produit encore plus
de brouillard, et ce qu'on voyait dans l'air, c'étaient les granulés de
CO2. Je n'arrivais pas à y croire. Nous avons donc refait une autre expérience,
et cette fois-ci tout a marché comme je l'avais imaginé..." "...Pendant
quelques secondes, la visibilité s'est encore plus dégradée, simplement
du fait des particules de CO2 froid, qui ont provoqué une condensation
supplémentaire de la vapeur d'eau. Avec des cristaux de glace qui sont
devenus si gros qu'en pleine nuit, on les voyait briller dans la lumière
des projecteurs. Puis ils ont commencé à se déposer sur nos vestes et
sur les couvertures qui protégeaient les ordinateurs et les instruments
de mesure. Tout s'est déroulé en l'espace de quelques minutes, nous nous
sommes regardés comme des enfants, c'était très émouvant d'assister à
une telle réussite, nous nous sommes tous mis à danser et à hurler..."
Ces deux premières expériences
réussies marquent la naissance d'une nouvelle technologie.
Felix Elbing (université
de Cottbus) :
"Pour comprendre le procédé, il faut imaginer de très fines particules
de neige carbonique, qui ont une température de moins 78 degrés Celsius
et qu'on injecte avec une lance dans un volume d'air rempli de brouillard.
À leur sortie de la lance, les particules atteignent pratiquement la vitesse
du son et, en heurtant les petites gouttelettes de brouillard, elles les
capturent, ce qui permet d'éliminer le brouillard."
Les particules de neige carbonique
pénètrent dans le brouillard et y rencontrent des particules dix fois
plus petites ; elles les entraînent et se transforment en cristaux de
glace qui tombent sur le sol. Le brouillard se dissipe.
Felix Elbing :
"Dans l'état actuel de nos travaux, nous envisageons plusieurs applications
possibles, en premier lieu dans le domaine des transports : dans les ports,
sur les routes ou les aéroports, où en plus des considérations économiques,
la sécurité joue également un très grand rôle."
Les avantages de cette invention
sont évidents. Finis les matchs de football reportés pour cause de brouillard,
finis les embouteillages provoqués par les brouillards matinaux. On pourrait
installer des canons à brouillard mobiles sur les autoroutes et les aéroports,
suivis d'un véhicule qui ramasserait la glace formée. Une fois de plus,
l'être humain intervient dans un processus naturel ; avec naturellement
de très bonnes raisons.
Prof. Detlev Möller :
"C'est une intervention sur la nature, mais une intervention très modeste.
Je modifie seulement les parts relatives de l'eau condensée et de la vapeur
d'eau. J'interviens sans aucun produit polluant, je n'agis que sur le
rythme naturel de l'atmosphère, en accélérant le passage du brouillard
à l'état de non-brouillard. Cette intervention est parfaitement négligeable
par rapport aux effets des gaz d'échappement industriels, de la circulation
aérienne et de l'agriculture, qui ont une influence nettement plus grave
sur les processus chimiques et climatiques à l'œuvre dans l'atmosphère."
Mais si de telles machines
devaient bientôt être employées dans le monde entier, le caractère écologique
perdrait vite de son intérêt. Car plus aucun brouillard au monde n'empêcherait
les avions et les voitures de produire encore plus de gaz d'échappements...
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