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Les fards égyptiens Les chimistes du Musée du Louvre et de la Société L’Oréal ont en effet réexploré le contenu de nombreux flacons à fard conservés dans les collections égyptiennes. Beaucoup de ces flacons, en pierre, en roseau ou en bois, contiennent encore des fards antiques. Les chimistes ont utilisé la Source européenne de rayonnement synchrotron, à Grenoble, pour analyser les poudres cosmétiques. Cette source accélère des particules en incurvant leur trajectoire, de sorte qu’elles émettent un rayonnement très focalisé et intense, que l’on dirige sur les mélanges à analyser. Des rayonnements émis, caractéristiques des composés présents, on déduit la composition chimique des objets analysés.
Pourquoi avoir utilisé de la laurionite et de la phosgénite, qui sont des minéraux blancs? Pourquoi ne pas s’être contentés d’utiliser de la cérusite, qui est blanche et bien plus facilement accessible? Les Égyptiens auraient-ils synthétisés la laurionite et la phosgénite pour donner aux fards des propriétés particulières. Cette idée était soutenue par l’analyse des recettes de produits médicaux. De telles recettes nous sont parvenues grâce à Dioscoride et à Pline l’Ancien, qui, au premier siècle de notre ère, décrivent comment « l’écume d’argent purifiée » (l’oxyde de plomb) était broyée et mélanger dans de l’eau avec du sel gemme (extrait des mines) et, parfois, du natron (des carbonates de sodium) ; après filtration, la procédure était répétée chaque jour pendant plusieurs semaines. A quoi cette recette conduisait-elle? L’expérience est bonne conseillère : les chimistes de Musée de France et de L’Oréal ont suivi la recette et mélangé de l’oxyde de plomb et du chlorure de sodium (dont le sel est composé) dans de l’eau, et ils ont alors découvert qu’une réaction chimique lente a produit, après lavage, de la laurionite! En ajoutant des carbonates, ils ont obtenu de la phosgénite, par le même procédé. Or, au premier siècle de notre ère, laurionite et phosgénite servaient à soigner les maladies des yeux : le médecin romain Celse préconisait un collyre qui mêlait de la gomme, de la galène, de la céruse et de l’écume d’argent traitée. Ces vertus thérapeutiques étaient-elles déjà connues des Égyptiens, 2000 ans auparavant? Des papyrus médicaux indiquent de nombreuses préparations pour soigner les yeux, souvent atteints dans le climat égyptien. Par exemple, un papyrus qui date de 1500 avant notre ère, le « papyrus Ebers », cite des traitements des yeux à base de galène et d’autres matières qu’on n’a pas encore identifiées. Une tombe qui date de la même époque que ce papyrus contenait trois flacons en roseau, dont un portait l’inscription « vrai fard à paupière noir », et les autres « collyre à dissoudre, bon pour la vue » : les collyres contiennent un carbonate et un chlorure de plomb, qui est sans doute de la phosgénite. Ainsi, les fabricants de fards utilisaient-ils, dans la partie minérale, des composés dotés de deux propriétés : ils teintaient, et ils soignaient. Les poudres minérales étaient liées par un support gras, comme aujourd’hui. Comme aujourd’hui, on trouve des produits très pauvres en matière grasse, des produits qui en contiennent entre 0,1 et 0,5 pour cent, des produits qui en contiennent 5 à 7 pour cent. On retrouve les poudres libres, les fards à paupières et les crayons khôl.
Nouveau regard sur des fards La chimie des fards dans l·égypte pharaonique sur le site web du CNRS. Le communiqué de L'Oréal : Couleur et Beauté en Egypte ancienne. Antiquités égyptiennes sur le site officiel du musée du Louvre. Life of Ancient Egypt sur le site Egypt State Information Service.
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