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Natation
La semaine dernière,
nous avons vu Thierry Brunel étudier la nage des dauphins. Il est
à présent à la piscine de Ramonville Saint-Agne,
près de Toulouse, pour observer la technique des nageurs de haut
niveau.
Et notamment pour répondre à cette question : comment le
nageur gère-t-il la vague qu'il crée lui-même en se
déplaçant et qui l'empêche d'avancer, autrement dit
la vague d'étrave ?
Thierry Brunel, Université Paul Sabatier, LARAPS : Nous
sommes avec Monsieur Bos qui, lui, travaille sur la modélisation
de la nage.
Jean-Claude Bos, université Paul Sabatier, IUFM Toulouse : Je
modélise l'activité des nageurs de haut niveau de façon
à mieux comprendre ce qu'ils font pour pouvoir enseigner. Mon problème,
moi, c'est l'enseignement. Donc, c'est reconstruire ce que doit apprendre
un élève à partir de la modélisation de ce
que font les nageurs de haut niveau.
T. Brunel : Par rapport à un nageur, donc, le fait de cette
gestion de vague, on peut donner des consignes.
J. C. Bos : Bien sûr. Par exemple, là, là,
j'en ai un, là, regarde, sur l'ordinateur. Celui-là, il
nage ce qu'on appelle en semi rattrapé. C'est-à-dire il
nage doucement ; en semi rattrapé, ça veut dire qu'y a un
bras qui attend devant que l'autre soit presque arrivé pour repartir.
Il a toujours un bras devant.
Chloé : D'accord.
J. C. Bos : On va le faire avancer tout doucement. Un nageur, si
on le regarde en semi rattrapé, de l'extérieur, on a l'impression
qu'il ne fatigue pas. En réalité, il a toujours un bras
devant en position de bulbe. Tu as vu les bulbes sur les bateaux ?
Chloé : Oui, oui. C'est, euh, quelque chose qu'on rajoute
par rapport au bateau, qui élimine la vague d'étrave. Ca
élimine pratiquement la résistance de vague, donc ça
lui permet un peu d'aller plus vite.
T. Brunel : Par rapport à ce bulbe-là, comment ça
fonctionne ?
J. C. Bos : Ah, attends. On va essayer d'en voir un sur mon ordinateur.
Je vais te montrer. Là, c'est un pétrolier qui est à
sec, tu vois. Enfin, qui est à sec, qui est à vide. C'est
pour ça qu'on voit le dessous. Quand il est plein, bien sûr,
la flottaison est ici. Et comme tu vois, y a un bulbe. Alors, à
quoi il sert ce bulbe ? Alors, je vais te dessiner la vague qu'il y aurait
s'il n'y avait pas le bulbe, à peu près. Elle ferait quelque
chose comme ça, la vague d'étrave. Mais y a ce bulbe et
ce bulbe, il a lui-même sa propre vague qui ferait elle aussi à
peu près quelque chose comme ça. Et du coup, la vague résultante,
eh ben, elle est quelque part entre les deux, donc beaucoup plus petite
que la vague qu'il y aurait eu sans le bulbe.
Et tous les bons nageurs, quand on leur demande de nager pénard,
eh ben, ils nagent comme ça : semi rattrapé. Ils préfèrent
garder toujours un bras devant en position de bulbe que d'avoir les bras
qui travaillent en continu. Tu vois, c'est curieux. On pourrait penser
que un bras, puis l'autre bras, puis un bras, puis l'autre bras, eh ben,
il va avoir une nage un peu saccadée.
Chloé : Ouais.
J. C. Bos : Il va avancer, ralentir, avancer, ralentir. Eh ben,
quand il nage doucement comme ça, c'est quand il a toujours un
bras en position de bulbe qu'il a la vitesse la plus régulière.
Chloé : Mais le bateau, lui, il le garde tout le temps,
alors que le crawler, il le garde qu'une fois sur deux.
J. C. Bos : Et d'un coup, qu'est ce que ça peut faire si
y a le bulbe qu'une fois sur deux ? La vitesse, qu'est ce qu'elle va faire
? Et la vague, qu'est ce qu'elle va faire ?
Chloé : Ben, elle va arriver.
J. C. Bos : Et la vitesse, qu'est ce qu'elle va faire ?
Chloé : Ben, elle va augmenter.
J. C. Bos : A quel moment ?
Chloé : Ben, au moment où avance le bras.
J. C. Bos : Et alors, c'est pas curieux que la vitesse, elle augmente
au moment où le bras devant, il ne fait rien ?
Chloé : Ben, oui.
J. C. Bos : Tu pensais pas que la vitesse augmentait quand le gars
Chloé : Oui, c'est vrai.
J. C. Bos : Il force comme une bête, là ?
Chloé : Ah oui, c'est vrai !
J. C. Bos : Eh ben, alors, c'est quand il force le plus que ça
avance le moins. Le nageur, quand il est à plat, tu vois, par exemple
si je suis à plat, la forme au niveau de la flottaison, elle est
trés anguleuse. Tu vois, y a la tête, les épaules,
ça repart, c'est des angles vifs.
Chloé : Oui.
J. C. Bos : Et les angles vifs comme ça, ça fait
des vagues. La résistance de vague, elle est augmentée.
Un bateau, il faut que la forme à l'avant soit la plus régulière
possible.
Chloé : D'accord.
J. C. Bos : Et comment il peut faire le nageur pour être
le plus régulier possible quand il nage le crawl ? Tu as une idée
?
Chloé : S'il nage le crawl.
J. C. Bos : Pour avoir au niveau de la flottaison, le plus régulier
possible ? Alors, c'est difficile, je vais te donner la réponse.
Chloé : Je sais pas.
J. C. Bos : D'un bras, c'est facile. Il tend le bras en avant et
de ce côté-ci, il est régulier.
Chloé : Ah oui !
J. C. Bos : Bon. Ah oui, mais l'autre, ça marche pas !
Chloé : Ben, il met les deux.
J. C. Bos : Ah ouais, mais là, dans ce cas-là, il
n'avance plus.
Chloé : Ah oui, c'est vrai !
J. C. Bos : Comment il va faire ? Eh ben, je vais te dire. Ce qu'il
fait, c'est qu'il se met à rouler, en crawl, il roule. Tu sais
pas ce que ça veut dire rouler ?
Chloé : Non.
J. C. Bos : Ca veut dire avoir une rotation selon l'axe longitudinal,
d'un côté puis de l'autre. Un bateau qui avance comme ça,
quand il fait ça : on dit qu'il tangue, quand il fait ça
: on dit qu'il roule.
Chloé : D'accord.
J. C. Bos : Et regarde la surface de l'eau maintenant. Si je roule,
si je suis comme ça, là, la surface est ici. Si je me mets
légèrement de profil, là avec les épaules,
eh bien là, l'eau, elle va passer comme ça. Et je n'ai plus
de zones d'ondulation vive au niveau de la flottaison. Tu vas le voir
: il a une épaule qui s'enfonce et l'autre épaule qui se
dégage de l'eau. Tous les nageurs, qui sont bons, ont un roulis
très important.
T. Brunel : Donc, ce matin, ben, avec toujours monsieur Bos qui
est avec nous, on va faire quelques expérimentations
Jean-Claude Bos tente de montrer sa théorie du bulbe et du roulis
chez le sportif de haut niveau en demandant au même nageur, Cédric
Barale, de l'équipe de France Junior, de parcourir une longueur
de la même piscine en s'interdisant cette fois-ci de créer
un bulbe avec son bras. Pour l'empêcher de rouler, il lui demande
de s'appliquer une planchette sous le ventre. Si les hypothèses
de Jean-Claude Bos sont justes, le nageur devrait aller beaucoup moins
vite.
J. C. Bos : Donc, il n'a plus de bras devant. Il n'a plus de roulis.
Donc, il n'a plus rien pour diminuer la résistance de vague. On
voit ce que ça donne. Vas-y ! Voilà. Il nage comme un débutant.
C'est fini, il avance plus.
Sans l'utilisation de son bras comme bulbe et sans l'usage du roulis,
Cédric Barale, a mis 22 secondes pour parcourir les 25 mètres.
Voici maintenant son temps habituel sans forcer.
J. C. Bos : Prêt ? Hop !
Environ 15 secondes. Ainsi les nageurs de haut niveau appliquent intuitivement
deux techniques permettant de réduire la résistance de vague
:: le bulbe et le roulis.
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