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Micro algues
Claude Gudin est biologiste,
et il se passionne pour des végétaux microscopiques peu étudiés : les
micro algues...
Claude Gudin
Alors, voilà comment se manifeste à nous le monde invisible qui nous entoure.
Les micro-algues sont en permanence absolument partout et dès qu'une condition
devient favorable : la présence d'une forte humidité, la présence de lumière
comme c'est le cas dans ce conifère, elles se manifestent à nous et deviennent
visibles. Et c'est comme ça qu'on arrive à se rendre compte de l'importance
de tout ce monde microbien invisible qui, de temps en temps, par sa couleur,
se manifeste à nous.
Il est vrai que les micro algues
nous en font voir de toutes les couleurs. Mais, dans ces belles couleurs
se cachent des substances qui seront peut-être les médicaments de demain...
Claude Gudin
Alors, ici, on est devant le miracle des pluies sanglantes qui portent
bien leur nom. En fait, c'est encore une façon qu'ont trouvée les algues
microscopiques pour se manifester, pour attirer notre attention. Lorsque,
après des fortes pluies d'orage, lorsqu'on a une belle journée d'ensoleillement
comme aujourd'hui, eh bien, les quelques Haematococcus pluvialis, qui
sont dans ce bassin, se mettent à proliférer, à se développer et donnent
ces grandes coulées sanglantes qui ont vraiment la texture, l'onctuosité
du, du sang. Et c'est un caroténoïde qui s'appelle l’Astaxanthine qui
est responsable de cette coloration de l'Haematococcus pluvialis.
Les micro algues sont vieilles
comme le monde : elles colonisent la planète depuis 3 milliards et demi
d'années. Pour mieux les cultiver, Claude Gudin a rassemblé ses plus précieux
spécimens dans les locaux de la société Thallia Pharmaceuticals à Tarbes.
Claude Gudin
Bienvenue dans mon jardin secret. On peut ici parler de jardin puisque
c'est ici que je garde ma collection de micro algues. Alors, il faut savoir
qu'il existe dans la nature environ trente mille espèces de micro algues
et de cyanobactéries. Et ici, on en possède à peu près cinq cents espèces.
Si on met les clones des différentes espèces bout à bout, on doit arriver
en gros à sept mille cultures, ce qui est déjà assez considérable comme
collection. Alors, c'est en fait, un véritable jardin botanique puisque
les algues et les cyanobactéries sont des micro végétaux et on les conserve
comme ça soit dans des tubes, soit des flacons gélosés. Alors, elles sont,
bien entendu, repiquées régulièrement comme des mini plantes sur des milieux
nutritifs de façon à ne pas les perdre. Et on les repique, bien sûr, très
soigneusement dans des bonnes conditions microbiologiques pour garder
leur pureté. Alors, à quoi nous sert une telle collection ? On retrouve
un peu l'équivalent de ce qu'on avait dans les jardins andalous avec les
plantes médicinales y a mille ans. En fait, on a découvert un nouvel herbier
qui est un herbier microscopique, dans lequel on va aller puiser pour
essayer de déceler des matières actives pour de nouveaux médicaments.
Voilà, alors, ici, on voit un jeune Haematococcus pluvialis. On voit qu'il
est en train de nager dans la préparation grâce à ses deux flagelles qui
lui permettent la natation. Et on voit également que c'est une cellule
qui est relativement bien verte avec un petit point rouge au milieu, mais
enfin qui est bien verte. Parce qu'en fait, c'est une algue verte mais
c'est une algue verte qui supporte assez mal les excès de lumière et pour
se protéger de l'excès de lumière, puisque l'eau s'évapore donc il y a
de plus en plus de lumière qui arrive au contact de l'algue, et pour protéger
sa chlorophylle qui est fragile, qui est photosensible, elle va inventer,
en quelques sortes, la lunette de soleil ou le filtre solaire et elle
va se mettre à fabriquer un pigment rouge qui est un caroténoïde et c'est
ainsi qu'elle va passer du vert au rouge et donner une véritable flaque
de sang.
Là, dans la préparation que j'examine en ce moment, qui est d'une espèce
qu'on appelle Chlamydomonas, ce sont des petites cellules ovoïdes, mais
ce qui est extraordinaire chez cette petite micro algues, c'est qu'à la
base de ses flagelles, elle a un espèce de petit oeil rouge qui est visible
à fort grossissement, qu'on appelle un stigmate. Et ce qui est passionnant
c'est que la composition chimique de ce petit oeil, c'est un caroténoïde
qu'on appelle la rhodopsine et c'est très exactement le même caroténoïde
que celui qui tapisse notre rétine qui constitue en quelques sortes la
plaque sensible, la plaque réceptrice, photoréceptrice de notre oeil et
qui nous permet actuellement de nous voir, tout du moins d'enregistrer
l'image. Alors, quand je suis au bout de ce microscope et que je vois
ce petit oeil rouge, à la base des flagelles, je me pose légitimement
la question : qui regarde qui ? Et sur ce trajet de quelques dizaines
de centimètres, c'est, en fait, pratiquement deux à trois milliards d'années
qui se jouent. C'est un raccourci absolument vertigineux. Et ça, c'est
le côté tout à fait passionnant du monde des micro-algues.
Alors, je vous ai gardé ma, ma petite préférée pour la fin. Je vais vous
montrer une micro-algue avec laquelle j'ai passé quasiment vingt ans,
vingt ans de ma vie. Elle s'appelle Porphyridium cruentum, une petite
Rhodophycée pas très grosse, sphérique de 20 microns de diamètres à peu
près 20 millièmes de millimètre. Et... elle est, bien sûr, très, très
belle. Dans le Porphyridium cruentum, il existe un autre colorant de type
caroténoïde qui est un colorant particulièrement précieux. Un colorant
orange qui s'appelle la Zéaxanthine. Alors, pourquoi s'intéresser à la
Zéaxanthine ? Là encore c'est un problème d'oeil. Dans les, les constituants
de notre vision en couleur, on a de la lutéine et de la Zéaxanthine et
il se trouve que en vieillissant, on voit souvent des dégénérescences
maculaires de la rétine de l'oeil, qui se traduisent par une perte en
Zéaxanthine et donc par une perte de vision progressive qui va jusqu'à
la cécité. Or, réenrichir l'alimentation en Zéaxanthine permettrait sans
doute de ralentir, l'évolution, l'évolution de cette maladie.
Pour produire à un échelon
industriel du concentré de Zéaxanthine, Claude Gudin a inventé un procédé
qui optimise la croissance de Porphyridium cruentum. Dans ces 550 mètres
de tubes de plexiglas, circulent 2500 litres de culture où se développent
25 kg de ces microscopiques végétaux, c'est à dire que, dans chaque millilitre
de cette soupe rouge, il y a 10 millions de micro algues...
Claude Gudin
On a ici, la partie, la partie vitale du photoréacteur qui permet de cultiver
des algues microscopiques et, finalement, de reproduire artificiellement
ce qui se passe dans la nature. C'est, en quelques sortes, un capteur
solaire tubulaire qui permet de capter le maximum de lumière puisque,
bien sûr, les micro-algues qui sont des organismes photosynthétiques ont
besoin de lumière pour faire la photosynthèse, c'est à dire pour fixer
du gaz carbonique et le transformer en matière vivante. On a une visualisation
en direct de la photosynthèse, ici, ce qui est quand même quelque chose
d'assez rare et d'unique. L'espèce de mousse blanchâtre qu'on voit à la
surface des tubes est dûe à l'émission d'une substance visqueuse qui est
rejetée dans le milieu de culture et qui s'émulsionne avec l'Oxygène dégagé
par la photosynthèse. On voit à la fois le produit biologique de la photosynthèse
qui est la biomasse, la matière vivante et l'Oxygène qu'elle produit.
Bien sûr, ce qu'on ne voit pas, c'est le gaz carbonique qui est injecté
dans le milieu de culture et qui est dissout. Alors, l'originalité de
ce photo-réacteur, c'est le principe de la culture continue. C'est à dire
qu' on ajoute en permanence une certaine quantité de solution d'engrais
liquide et on soutire en permanence rigoureusement la même quantité de
culture. Ce qui fait qu'en réglant le débit, on tient le robinet d'entrée
et le robinet de sortie, on peut donc contrôler le temps de séjour dans
le réacteur de culture. Et le temps de séjour va nous donner l'âge moyen
des cellules.
Derrière ce mur, l'envers du
décor, l'autre boucle de ce circuit fermé que la soupe rouge de Porphyridium
met 35 minutes à parcourir... Toute une batterie automatisée de tuyaux,
pompes, filtres, cuves et appareils de mesures grâce auxquels la culture
peut prospérer.
Claude Gudin
On a ici une représentation globale et schématisée du procédé de culture
continue. On retrouve ici notre réacteur tubulaire qui est la partie qui
va permettre de recevoir l'énergie solaire nécessaire à la photosynthèse.
Ce photo-réacteur est relié à une colonne air lift qui permet d'injecter
l'air qui sert à pulser le liquide tout au long des tubes du photo-réacteur
et également d'injecter le gaz carbonique, élément indispensable à la
photosynthèse. Sur les périphériques, on voit nettement la cuve d'alimentation
en milieu minéral c'est à dire une solution d'engrais stérile en quelques
sortes qui est ajoutée en continu à la culture de Porphyridium cruentum
alors que on soutire, dans le même temps, une quantité équivalente de
culture stockée dans une cuve de récolte, qui est elle-même envoyée vers
une centrifugeuse tubulaire qui va permettre de séparer la pâte de micro
algues, la biomasse et d'en faire de la poudre, la poudre rouge qui est
le produit final. Alors l'ensemble de procédé est relativement simple.
Ce qui est moins simple, c'est le contrôle permanent de tous les paramètres,
c'est à dire : la température, le PH, la qualité des sels minéraux, la
qualité de tout ce qui rentre et la qualité de tout ce qui sort, le débit
de CO2. Et tous ces paramètres sont enregistrés et finalement, on arrive
à faire des cultures qui sont microbiologiquement propres et dont l'âge
moyen est maîtrisé. Alors, on a ici la biomasse de Porphyridium cruentum
telle qu'elle vient d'être sortie de la centrifugeuse. Et à partir de
cette pâte rouge, on va pouvoir, par une dessication particulière, obtenir
soit cette poudre comme présentation finale, soit des petites pastilles
comprimées particulièrement riches en Zéaxanthine.
Ce n'est pour l'instant qu'une
préfiguration de ce que l'industrie pharmaceutique pourra obtenir avec
les micro algues. On en est encore aux balbutiements dans ce domaine,
mais grâce à ce procédé de culture, on peut enfin envisager d'exploiter
les 30 000 espèces qui dorment dans cet herbier.
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