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Archimède   Emission du 8 août 2000
03.jpg (16338 octets)    La mangeuse d'algues

Sur les rochers, entre la terre et la mer, vit ce coquillage, la patelle, plus connue sous le nom de chapeau chinois. Une vie rythmée par les marées, la patelle passant la moitié du temps à l'air, l'autre moitié du temps sous l'eau.

Grand amateur d'algues, ce mollusque intéresse les scientifiques soucieux de protéger le milieu naturel des côtes rocheuses, car il pourrait jouer un rôle dans la lutte contre la prolifération des algues vertes sur nos côtes.

Janvier 1998. La côte toscane. Une équipe de chercheurs étudie le mode de vie des patelles dans le cadre d'un programme financé par la Commission européenne. Nous allons la suivre dans ses expériences.

Objectif premier : évaluer l'influence de la patelle sur la présence ou non d'algues. Pour cela, les chercheurs vont comparer la quantité d'algues dans trois zones rocheuses.

La première est entourée d'un grillage qui empêche toute entrée ou sortie de patelles. Elle est ici repérée par la lettre I.

Dans quelques semaines, l'examen de cette surface permettra d'estimer la zone nettoyée par une patelle.

Une deuxième zone de rocher, notée E, est débarrassée de tous ses mollusques après l'installation du grillage, interdisant toute nouvelle intrusion.

Enfin, les chercheurs délimitent une dernière surface, non close, de superficie identique aux deux premières. Elle reflète les conditions naturelles de vie des patelles.

Quelques semaines plus tard, le résultat le plus frappant qu'apporte l'examen des trois zones rocheuses est le suivant : la surface E, qui avait été dépourvue de patelles, est envahie par les algues.

Lisandro Benedetti (Science de l'environnement - Université de Pise)

Vous avez vu, dans des expériences précedentes, que si les patelles sont prélevées, les algues commencent à pousser et à monopoliser la côte. Si cela arrive, beaucoup d'autres organismes qui ont besoin d'espace vital pour s'installer et croître, ne trouveront plus, alors, l'espace suffisant sur les côtes pour s'y développer.

Pour avoir une idée du territoire que s'octroie la patelle, les zoologistes ont mis au point un dispositif qui permet de suivre l'animal à la trace. Ce dispositif consiste à mesurer la valeur d'un champ magnétique créé par deux aimants, l'un, mobile, collé sur le dos de la patelle, l'autre, fixe, placé sur le rocher. La valeur du champ magnétique, mesurée par cet appareil, dépend de la distance entre les deux aimants et de leur orientation. Des paramètres qui changent avec le déplacement de la patelle. De fait, toute variation du champ magnétique permet de préciser à tout instant la direction prise par le mollusque ainsi que la distance parcourue.

On voit donc, ici en accéléré, le déplacement du mollusque. Il se contente de petites excursions, à la vitesse de 5 mm / min, pour se nourrir d'algues et revient au point de départ. La patelle reste ainsi toute sa vie agrippée au même endroit.

Les chercheurs poursuivent leur investigation au laboratoire d'écologie animale de l'université de Florence. Ici, ils vont étudier plus précisément certaines fonctions de la patelle. En particulier, son appétit. Pour cela, ils fixent sur la coquille un appareil qui détecte les vibrations occasionnées par les coups de langue de la patelle lorsqu'elle mange. Ils transforment ces vibrations en impulsions électriques qui sont ensuite transmises à un ordinateur. La patelle est déposée dans un bac. La marée est simulée. Chaque vibration de la coquille perçue par l'appareil est enregistrée par l'ordinateur. Aucun mouvement de langue de l'animal ne lui échappe... Cette prise de vue inhabituelle nous permet d'apercevoir la langue. Une langue comme une râpe qui débarrasse la roche de ses algues jusqu'à la poncer. Mesurer l'appétit de la patelle revient à déterminer la quantité de nourriture dont elle a besoin pour vivre. Et vivre, c'est dépenser de l'énergie. La dépense énergétique de la patelle est évaluée en mesurant son rythme cardiaque. Une diode à infrarouge, fixée sur la coquille, va permettre de capter les battements de coeur de l'animal.

L'électrocardiogramme se déroule... Une accélération du rythme cardiaque traduit une plus grande activité de la patelle et donc une plus grande dépense d'énergie. Grâce à ces expériences, les zoologistes en savent plus aujourd'hui sur le mode de vie de la patelle, sur sa physiologie. Des connaissances qui devraient permettre de mieux comprendre le rôle essentiel joué par ce coquillage au sein de l'écosystème des côtes rocheuses.

  © 1998 ARTE G.E.I.E