Retour     Archimède cette semaine     Archives     Tout savoir sur Archimède     Science Actualités  
Archimède   Emission du 8 août 2000
06.jpg (14500 octets)    Parasites du passé

Nous sommes au Centre Ville de Reims où des fouilles archéologiques viennent de commencer.

A ce stade du travail, les niveaux dégagés datent du Moyen-Age. Les archéologues savent qu'ils sont dans un milieu urbain, mais certains endroits du site restent encore à identifier.Pour l'aider dans cette tâche, François Berthelot, le responsable des fouilles, fait appel à des collègues d'autres disciplines que la sienne : un sédimentologue et une parasitologue.

Jean-Claude Paicheler (sédimentologue - Université de Reims)

Y a des pierres un peu partout au fond... Leur travail : chercher des oeufs de parasites.... un sédiment qui a l'air d'être assez sympathique, un peu argileux, tu vois. Qu'est ce que t'en penses ? Il est même très argileux.

Françoise Bouchet (professeur de paragétologie - Université de Reims)

Non, ça a l'air bien, là, comme ça, là.

Jean-Claude Paicheler

... on verra bien.

Françoise Bouchet

On verra bien. Bon, prélèvement 8, donc il sera le prélèvement intermédiaire.

Jean-Claude Paicheler

Ca devrait être bon, ça. C'est plein de matières organiques, d'argile... Nous allons voir comment des oeufs de parasites peuvent permettre de mieux comprendre la structure d'un site archéologique.

Jean-Claude Paicheler

Bien, nous venons de rentrer du terrain avec l'un des échantillons que nous avons prélevés. Il s'agit là d'un US 145. Nous avions vu sur le terrain que la qualité de ce sédiment, sa structure, démontrait déjà une forte composition en argile et en matière organique, donc quelque chose, à priori favorable à la présence d'oeufs de parasites.

Françoise Bouchet

Tout le monde a entendu parler de parasites et particulièrement des parasites intestinaux tels que les Ascaris, ces vers ronds ou bien encore des Douves, qui ressemblent à des petites feuilles. Ces vers s'accouplent dans les intestins et il y a, ensuite, rejet dans le milieu extérieur avec les excréments des oeufs qu'ils ont pondus. Mais ces oeufs sont extrêmement protégés par des coques rigides et complexes qui leur permet une pérennité au niveau du sol. Et, à travers cette idée, la paléoparasitologie est née. A savoir essayer de retrouver ces oeufs dans les sols historiques et dans les sols préhistoriques. Nous travaillons sur des coprolithes. Les coprolithes, ce sont des étrons fossilisés. Et là, ici, nous avons un étron qui date du Paléolithique, qui a plus de 25000 milles ans. Là, en revanche, on en a un plus récent qui va dater du Moyen-Age. Le deuxième élément sur lequel nous travaillons, ce sont des sédiments, des débris organiques, que l'on va extraire des chantiers et on va pouvoir faire la différence entre un puits, un silo, une glacière, une étable, une écurie. On va pouvoir aussi connaître l'épidémiologie des maladies à travers les siècles et donner une source d'informations supplémentaire aux archéologues.

J.C Paicheler

La première démarche du sédimentologue arrivé au laboratoire, c'est déjà de voir, de vérifier, avant d'aller plus loin, cet échantillon, et de voir quels sont les éléments qui constituent ce sédiment. Alors là, je vois par exemple,  juxtaposés, des éléments de quartz dans les tons bleu / gris et des débris de calcaire crayeux. Et tout ça baigne dans une matrice, ce qu'on appelle une matrice, c'est à dire la pâte, le fond, constitué, on le voit bien, d'argile avec une certaine fraction carbonatée. Donc, moi, je dirais que ce sédiment, on peut continuer les manipulations là-dessus pour la parasitologie parce que je dirais maintenant que ce sédiment est favorable, effectivement.

Sophie Dommelier (doctorante - Université de Reims)

Les échantillons prélevés sur le chantier sont mis à dégratter dans une solution qui permet de dissocier plus facilement la matière organique. Nous allons la passer dans un mortier afin de mieux écraser les plus grosses parties. Ensuite, nous le passons sur une colonne de tamis à fraction décroissante, de l'ordre du micron. Alors les plus gros éléments vont être, vont rester en haut et nous allons récolter les plus petits éléments dans le bas. La colonne de tamis est ensuite passée sur un agitateur secoueur qui permet aux particules de descendre au plus vite du tamis. Les mailles sont donc de l'ordre du millième de millimètre. Si le sédiment contient bien des oeufs de parasites, c'est dans les deux tamis d'en bas qu'ils viendraient se déposer. Mais avant d'analyser leur contenu, on étudie les morceaux que les tamis les plus grossiers ont refusé de faire passer.

Françoise Bouchet

Voilà les, les refus de tamis. J'aimerais que tu regardes le 315 et le 160 microns, voir si la préparation est bien propre.

Jean-Claude Paicheler

Bon, on est dans la fraction 160. Vous avez, là, une fraction de quartz qui n'apparaissait pas. On observe essentiellement des débris de quartz qui sont très translucides, ça vous le remarquerez, et des débris de craie qui ont toujours cette teinte jaune ou jaune-orangée.

Françoise Bouchet

Et ici, la préparation est extrêmement propre. Et ces oeufs de parasites qui sont de petites tailles, entre 30 microns et 120, 140 microns, parfois, ils restent collés sur ces petits débris et c'est pour ça qu'il est important que pour nous on ait vraiment une préparation très claire de façon à avoir détaché   les oeufs de parasites, les coques sur ces petits fragments.

Jean-Claude Paicheler

Ca, la parole est aux parasites, maintenant.

Françoise Bouchet

T'es prête ?

Françoise Bouchet

Là, ici, Sophie, là, j'ai un oeuf d'Ascaris. Un oeuf d'Ascaris avec une forme régulière un peu ronde, avec des mamelons, ces sortes  de protubérances, là, qu'on aperçoit et une coque extrêmement épaisse, caractéristique, donc des oeufs d'Ascaris. Donc, en fin de compte, on se trouve dans un site tout à fait correct du point de vue conservation. Là, j'ai encore un oeuf d'Ascaris, là. Parfait, absolument superbe. On va mesurer.

Sophie Dommelier

Il fait 79 de long sur 49 micromètres de large.

F.Bouchet

Ah ! Il est intact. Et on voit ici très nettement, là, sur l'écran des protubérances extrêmement caractéristiques des Ascaris qui sont à la fois chez l'homme et chez le porc. Et cet Ascaris est en parfait état de conservation. Donc, l'oeuf d'Ascaris est un oeuf très communément rencontré sur les chantiers archéologiques parce qu'il possède une coque extrêmement résistante qui est faite de plusieurs couches et qui préserve, donc, l'embryon qui se trouve à l'intérieur. Un oeuf d'Ascaris, là, encore, qui est déjà plus difficilement reconnaissable. Cette coque a été très érodée. Il y a disparition d'un grand nombre de mamelons mais on se rend compte quand même que la coque n'est pas lisse. Il y a des résidus de ces protubérances. Bon, là, j'ai un oeuf de trichocéphale. On va le prendre. Un peu plus de lumière. Alors, c'est un oeuf en forme de citron avec une coque bien dessinée, une coque épaisse et, aux deux extrémités, il y a deux bouchons muqueux qui sont deux zones de fragilité par rapport à la coque. Et quand il y a une excellente conservation, ce qui est le cas ici, le bouchon muqueux persiste. En revanche, si les conditions de fossilisation sont moins bonnes, on va avoir perte de ce bouchon muqueux. Mais il est, il est intact. Alors, ce qui est intéressant pour nous, quand il ya présence à la fois d'Ascaris et de trichocéphales, ce sont les deux marqueurs de la pollution fécale. Quand François Berthelot nous a demandé de venir faire un prélèvement, parce que lui il ne sait pas s'il s'agit, en fin de compte d'une poubelle, d'un simple dépotoir ou d'une latrine. Mais il y avait un contexte urbain le contexte d'une maison. Donc, dans ce contexte de maison, on voit pas pourquoi on aurait la porcherie qui serait installée au milieu de la maison. Donc, c'est avec les données de l'archéologue et ce que j'ai sur le microscope, qu'on va pouvoir superposer ces données.

Françoise Bouchet

Alors, dans la partie supérieure, qu'on vient donc de commencer, moi, j'ai retrouvé, bon, le duo habituel : Ascaris et Trichocéphale, donc il y a eu des matières excrémentielles. Je sais pas ce que tu en penses mais y'a un début. C'est à toi un petit peu, là, de  nous guider dans ce sens là. Mais, enfin en tous cas, y a eu des eaux excrémentielles.

François Berthelot

Ce qu'on peut dire, là, sur ce genre de structure, même si elle est pas, si la fouille n'est pas terminée, c'est que la façon dont elle se présente, c'est une structure de puisard, c'est à dire que les pierres disposées comme ça au fond,  ça sert au drainage. A ce niveau là, oui. On a prélevé juste au ras de ce niveau là mais ça, ça continue en dessous.

Jean-Claude Paicheler

Si ça continue dans ce type de sédiment, vers le bas, tu prélèves relativement fréquemment tous les quinze / vingt centimètres, tu fais une colonne.

François Berthelot ( ils parlent tous les deux en même temps )

Pour l'échantillonnage. Tu fais une colonne. Comme pour les pollens, on fait une colonne.

J. C Paicheler

Voilà, parce qu'on risque quand même de trouver d'autres types de parasites.

François Berthelot

Mais de toute façon, quand on va continuer à fouiller, je sais pas ce que t'en penses, mais... Ce n'est donc qu'un début. Il faudra maintenant attendre que d'autres niveaux soient dégagés pour continuer l'analyse du puisard.

Entre temps, Françoise Bouchet- Bruyet se retrouvera dans d'autres sites, avec d'autres archéologues ou préhistoriens. Et c'est grâce à ce genre d'intervention que petit à petit, s'élabore une meilleure connaissance de l'évolution des parasites et des maladies qu'ils ont provoqué dans le passé, domaines à ce jour très peu explorés par la science.

  © 1998 ARTE G.E.I.E