Retour     Archimède cette semaine     Archives     Tout savoir sur Archimède     Science Actualités  
Archimède   Emission du 22 août 2000
02.jpg (13056 octets)

 

   Menaces sur le dauphin d'Adriatique

A l'université de Zagreb, on examine un nouveau cadavre de dauphin. Pour le professeur Gomercic et son équipe, c'est presque devenu une routine.

Le même jour, à Munich, la société de sauvetage des dauphins baptise un nouveau Zodiac que deux zoologues allemands vont emmener en Croatie sans tarder.
Les chercheurs mesurent le dauphin. Ils sont à la recherche des causes du décès. Selon leurs estimations, seuls 220 dauphins à nez en bouteille comme celui-ci peuplent encore la mer Adriatique. Autrement dit, l'espèce est menacée d'extinction.
Pendant ce temps, le Zodiac fait route vers la Croatie. Il doit faciliter la tâche des chercheurs de Zagreb qui tentent de sauver les derniers dauphins de l'Adriatique.

A l'université croate, les zoologues prélèvent un échantillon de la couche graisseuse recouvrant le ventre de l'animal afin de savoir s'il était bien alimenté.Deux centimètres. Une bonne moyenne. Le dauphin n'est donc pas mort de faim.Les chercheurs entreprennent alors de disséquer le cadavre. Ils commencent par les nageoires.

HRVOJE GOMERCIC : Ceci nous permet de constater d'éventuels signes particuliers. Les cicatrices de la nageoire dorsale nous permettent d'identifier l'individu.

L'équipe de chercheurs dirigée par le professeur Gomercic ne reçoit environ qu'un dauphin par mois. C'est grâce à tout un réseau d'informateurs qu'ils savent où et quand un dauphin mort s'est échoué. C'est la seule piste dont ils disposent pour découvrir les causes du décès des dauphins de l'Adriatique. Ils ont d'ores et déjà disséqué et analysé les organes d'une quarantaine de dauphins, à la recherche d'une éventuelle maladie. Les échantillons prélevés dans les muscles, le foie et la rate les intéressent plus particulièrement.

Ils cherchent à savoir si des substances toxiques peuvent être à l'origine du décès. Mais, jusqu'à présent, rien ne confirme l'hypothèse selon laquelle la pollution de la mer Adriatique constituerait une menace pour la survie des dauphins.
Ils analysent également les dents du dauphin afin de connaître son âge exact.Les dents sont découpées en disques très minces qui sont ensuite placés dans différentes solutions.Les disques quasi translucides sont préalablement fixés afin d'empêcher leur désagrégation, puis plongés dans des solutions teintantes qui révèlent la structure de la dent.Au microscope, la dent révèle ses secrets. Telle un arbre, elle gagne un anneau par an.

HRVOJE LUCIC : Comme chez d'autres espèces, la largeur des anneaux permet de connaître l'état de l'alimentation de l'animal au cours d'une année donnée.On peut même en déduire d'éventuelles maladies.Autrement dit, si l'animal s'est mal alimenté, la taille des anneaux a pu diminuer. Mais ce type de phénomène survient très rarement chez le Dauphin.

En début de soirée, le Zodiac arrive à destination. Il atteint l'île Krk située dans le nord de la mer Adriatique.
Au même moment, à l'issue d'un examen qui a duré cinq heures, les chercheurs de Zagreb identifient la cause du décès : le dauphin est mort d'une tumeur maligne du pancréas.

HRVOJE GOMERCIC : Les dauphins de la mer Adriatique, qui sont des dauphins à nez en bouteille, des Tursiops truncatus, connaissent deux principales causes de décès. Environ 50 % des individus meurent de mort naturelle et 50 % du fait des activités de l'homme.Le plus souvent, ils s'empêtrent dans les filets. Ou les filets s'enroulent autour de leur gosier, ce qui provoque généralement leur mort.

Voici la gorge d'un dauphin décédé. On voit le filet qui s'est enroulé autour du gosier, provoquant ainsi la mort de l'animal par asphyxie. Selon le professeur Gomercic, l'animal est mort après un mois d'agonie environ.
C'est le grand jour ! Le zodiac est confié le lendemain matin à ses nouveaux propriétaires qui le mettent immédiatement à flots. Dans l'euphorie, tout le monde espère que le bateau remplira sa mission. Rapide et robuste, le Zodiac doit enfin permettre à l'équipe du professeur Gomercic d'observer des dauphins vivants dans leur environnement naturel, et d'étudier leur comportement. Pour les Croates, c'est la réalisation d'un vieux rêve. Ils n'auraient jamais pu s'offrir un tel bateau. Les zoologues allemands sont également satisfaits. Ils savent qu'il sera utilisé ici à bon escient, pour protéger les dauphins.

ULI KARLOWSKI :
D'une part, il n'en reste que très peu, 220 environ, selon le décompte du professeur Gomercic et de son équipe. D'autre part, c'est une équipe extrêmement compétente, une équipe scientifique très dévouée et qui, malheureusement, n'a pas eu jusqu'alors la possibilité de partir en mer sur ce type d'équipement pour s'occuper des dauphins vivants. Ils savent tout sur les dauphins morts, sur leurs maladies, sur les causes de décès et ils ont un immense désir d'agir en faveur des dauphins vivants, de les protéger. On ne peut rêver mieux. C'est la rencontre entre la science, compétente et engagée, et la protection de la nature. Ce sont les conditions idéales pour pouvoir vraiment créer la réserve que nous appelons de tous nos vœux.

Première sortie en mer avec le nouveau Zodiac. Il s'agit de trouver des dauphins qu'on pourra suivre pour découvrir où ils chassent et élèvent leurs jeunes. Plus tard, le professeur Gomercic souhaite transformer cette zone en réserve. Les sports nautiques et la pêche intensive y seront interdits afin de permettre aux dauphins de jouir d'une certaine tranquillité.

HRVOJE GOMERCIC : Nous avons souvent vu des dauphins dans cette zone, notamment en groupes de quatre à six individus. C'est une zone dans laquelle on en voit fréquemment, même si la concentration de dauphins est peut-être plus élevée encore dans la région centrale de la mer Adriatique, au large de la ville de Sibenik.

Le temps se couvre soudain. Les recherches devront s'arrêter ici pour aujourd'hui.

ULI KARLOWSKIA : A l'heure actuelle, les dauphins de la planète ne bénéficient absolument pas d'une protection suffisante. Il n'existe aucune protection législative globale, au mieux, des lois s'appliquant à l'échelle locale. Certains pays ont pris des mesures. La Croatie s'est elle aussi dotée d'une loi relative à la protection des dauphins. Mais cela n'est rien de plus qu'une interdiction de les chasser ou de les tuer. Il n'y a ni surveillance, ni contrôle. C'est la même situation partout. C'est différent dans le cas des baleines, elles sont protégées par une interdiction de pêche et une protection sévère de l'espèce, ce qui n'existe actuellement pour aucune espèce de dauphins marins, bien que beaucoup soient en grand danger d'extinction.

Le lendemain, le professeur Gomercic rend visite aux pêcheurs de Punat, qui lui confirment apercevoir régulièrement des dauphins. Gomercic demande à voir leurs filets, qui constituent un grand danger pour les mammifères marins, qui respirent à l'aide de poumons. Si les dauphins s'y empêtrent, ils se noient. Surtout s'il s'agit de ces chaluts lestés par des plombs qui sont jetés sur les fonds marins.Mais les filets dérivants qui flottent sous la surface de la mer sont également dangereux. C'est ce type de filet qu'utilise le pêcheur Jozo Todorovic.
Les poissons qui frétillent dans son filet représentent en effet pour les dauphins une friandise qui leur est, pour ainsi dire, servie sur un plateau d'argent.

JOZO TODOROVIC : Lorsqu'il s'agit d'un petit poisson, le dauphin l'attrape comme ça et le mange en ne faisant qu'un petit trou. Mais s'il a très faim, il nage au travers du filet et fait de grands trous.

Pour le pêcheur, cela représente un dommage de quelques milliers de francs. Pour le dauphin, cela peut signifier la mort, s'il étouffe, empêtré dans le filet.
Le professeur Gomercic survole les eaux. Pour préserver l'espace vital des dauphins, encore faut-il parvenir à les localiser. Vu d'en haut, la tâche est plus facile.Il peut alors donner des instructions précises… à ses collaborateurs qui quadrillent la baie de l'île de Krk.Après plusieurs jours de recherche, leurs efforts sont enfin couronnés de succès.
Les dauphins se montrent soudain.Ce sont, au bas mot, vingt-cinq individus qui encerclent le Zodiac et l'escortent deux heures durant. Jamais les chercheurs croates n'avaient vécu une telle expérience. Ils photographient autant de dauphins que possible afin de les identifier plus tard au vu de leur nageoire dorsale et de pouvoir ainsi les décompter.Dans les prochains mois, ils prévoient de revenir régulièrement dans cette zone pour suivre des groupes de dauphins pendant plusieurs jours et étudier leur comportement.Ils espèrent rassembler suffisamment de données pour obtenir la création d'une réserve, plus qu'indispensable, et sauver ainsi les derniers dauphins de la mer Adriatique.

  © 1998 ARTE G.E.I.E