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Menaces
sur le dauphin d'Adriatique
A l'université
de Zagreb, on examine un nouveau cadavre de dauphin. Pour le professeur
Gomercic et son équipe, c'est presque devenu une routine.
Le même jour, à Munich, la société de sauvetage des dauphins baptise un
nouveau Zodiac que deux zoologues allemands vont emmener en Croatie sans
tarder.
Les chercheurs mesurent le dauphin. Ils sont à la recherche des causes
du décès. Selon leurs estimations, seuls 220 dauphins à nez en bouteille
comme celui-ci peuplent encore la mer Adriatique. Autrement dit, l'espèce
est menacée d'extinction.
Pendant ce temps, le Zodiac fait route vers la Croatie. Il doit faciliter
la tâche des chercheurs de Zagreb qui tentent de sauver les derniers dauphins
de l'Adriatique.
A l'université croate, les zoologues prélèvent un échantillon de la couche
graisseuse recouvrant le ventre de l'animal afin de savoir s'il était
bien alimenté.Deux centimètres. Une bonne moyenne. Le dauphin n'est donc
pas mort de faim.Les chercheurs entreprennent alors de disséquer le cadavre.
Ils commencent par les nageoires.
HRVOJE GOMERCIC : Ceci nous permet de constater d'éventuels signes
particuliers. Les cicatrices de la nageoire dorsale nous permettent d'identifier
l'individu.
L'équipe de chercheurs dirigée par le professeur Gomercic ne reçoit environ
qu'un dauphin par mois. C'est grâce à tout un réseau d'informateurs qu'ils
savent où et quand un dauphin mort s'est échoué. C'est la seule piste
dont ils disposent pour découvrir les causes du décès des dauphins de
l'Adriatique. Ils ont d'ores et déjà disséqué et analysé les organes d'une
quarantaine de dauphins, à la recherche d'une éventuelle maladie. Les
échantillons prélevés dans les muscles, le foie et la rate les intéressent
plus particulièrement.
Ils cherchent à savoir si des substances toxiques peuvent être à l'origine
du décès. Mais, jusqu'à présent, rien ne confirme l'hypothèse selon laquelle
la pollution de la mer Adriatique constituerait une menace pour la survie
des dauphins.
Ils analysent également les dents du dauphin afin de connaître son âge
exact.Les dents sont découpées en disques très minces qui sont ensuite
placés dans différentes solutions.Les disques quasi translucides sont
préalablement fixés afin d'empêcher leur désagrégation, puis plongés dans
des solutions teintantes qui révèlent la structure de la dent.Au microscope,
la dent révèle ses secrets. Telle un arbre, elle gagne un anneau par an.
HRVOJE LUCIC : Comme chez d'autres espèces, la largeur des anneaux
permet de connaître l'état de l'alimentation de l'animal au cours d'une
année donnée.On peut même en déduire d'éventuelles maladies.Autrement
dit, si l'animal s'est mal alimenté, la taille des anneaux a pu diminuer.
Mais ce type de phénomène survient très rarement chez le Dauphin.
En début de soirée, le Zodiac arrive à destination. Il atteint l'île Krk
située dans le nord de la mer Adriatique.
Au même moment, à l'issue d'un examen qui a duré cinq heures, les chercheurs
de Zagreb identifient la cause du décès : le dauphin est mort d'une tumeur
maligne du pancréas.
HRVOJE GOMERCIC : Les dauphins de la mer Adriatique, qui sont des
dauphins à nez en bouteille, des Tursiops truncatus, connaissent deux
principales causes de décès. Environ 50 % des individus meurent de mort
naturelle et 50 % du fait des activités de l'homme.Le plus souvent, ils
s'empêtrent dans les filets. Ou les filets s'enroulent autour de leur
gosier, ce qui provoque généralement leur mort.
Voici la gorge d'un dauphin décédé. On voit le filet qui s'est enroulé
autour du gosier, provoquant ainsi la mort de l'animal par asphyxie. Selon
le professeur Gomercic, l'animal est mort après un mois d'agonie environ.
C'est le grand jour ! Le zodiac est confié le lendemain matin à ses nouveaux
propriétaires qui le mettent immédiatement à flots. Dans l'euphorie, tout
le monde espère que le bateau remplira sa mission. Rapide et robuste,
le Zodiac doit enfin permettre à l'équipe du professeur Gomercic d'observer
des dauphins vivants dans leur environnement naturel, et d'étudier leur
comportement. Pour les Croates, c'est la réalisation d'un vieux rêve.
Ils n'auraient jamais pu s'offrir un tel bateau. Les zoologues allemands
sont également satisfaits. Ils savent qu'il sera utilisé ici à bon escient,
pour protéger les dauphins.
ULI KARLOWSKI : D'une part, il n'en reste que très peu, 220 environ,
selon le décompte du professeur Gomercic et de son équipe. D'autre part,
c'est une équipe extrêmement compétente, une équipe scientifique très
dévouée et qui, malheureusement, n'a pas eu jusqu'alors la possibilité
de partir en mer sur ce type d'équipement pour s'occuper des dauphins
vivants. Ils savent tout sur les dauphins morts, sur leurs maladies, sur
les causes de décès et ils ont un immense désir d'agir en faveur des dauphins
vivants, de les protéger. On ne peut rêver mieux. C'est la rencontre entre
la science, compétente et engagée, et la protection de la nature. Ce sont
les conditions idéales pour pouvoir vraiment créer la réserve que nous
appelons de tous nos vœux.
Première sortie en mer avec le nouveau Zodiac. Il s'agit de trouver des
dauphins qu'on pourra suivre pour découvrir où ils chassent et élèvent
leurs jeunes. Plus tard, le professeur Gomercic souhaite transformer cette
zone en réserve. Les sports nautiques et la pêche intensive y seront interdits
afin de permettre aux dauphins de jouir d'une certaine tranquillité.
HRVOJE GOMERCIC : Nous avons souvent vu des dauphins dans cette
zone, notamment en groupes de quatre à six individus. C'est une zone dans
laquelle on en voit fréquemment, même si la concentration de dauphins
est peut-être plus élevée encore dans la région centrale de la mer Adriatique,
au large de la ville de Sibenik.
Le temps se couvre soudain. Les recherches devront s'arrêter ici pour
aujourd'hui.
ULI KARLOWSKIA : A l'heure actuelle, les dauphins de la planète
ne bénéficient absolument pas d'une protection suffisante. Il n'existe
aucune protection législative globale, au mieux, des lois s'appliquant
à l'échelle locale. Certains pays ont pris des mesures. La Croatie s'est
elle aussi dotée d'une loi relative à la protection des dauphins. Mais
cela n'est rien de plus qu'une interdiction de les chasser ou de les tuer.
Il n'y a ni surveillance, ni contrôle. C'est la même situation partout.
C'est différent dans le cas des baleines, elles sont protégées par une
interdiction de pêche et une protection sévère de l'espèce, ce qui n'existe
actuellement pour aucune espèce de dauphins marins, bien que beaucoup
soient en grand danger d'extinction.
Le lendemain, le professeur Gomercic rend visite aux pêcheurs de Punat,
qui lui confirment apercevoir régulièrement des dauphins. Gomercic demande
à voir leurs filets, qui constituent un grand danger pour les mammifères
marins, qui respirent à l'aide de poumons. Si les dauphins s'y empêtrent,
ils se noient. Surtout s'il s'agit de ces chaluts lestés par des plombs
qui sont jetés sur les fonds marins.Mais les filets dérivants qui flottent
sous la surface de la mer sont également dangereux. C'est ce type de filet
qu'utilise le pêcheur Jozo Todorovic.
Les poissons qui frétillent dans son filet représentent en effet pour
les dauphins une friandise qui leur est, pour ainsi dire, servie sur un
plateau d'argent.
JOZO TODOROVIC : Lorsqu'il s'agit d'un petit poisson, le dauphin
l'attrape comme ça et le mange en ne faisant qu'un petit trou. Mais s'il
a très faim, il nage au travers du filet et fait de grands trous.
Pour le pêcheur, cela représente un dommage de quelques milliers de francs.
Pour le dauphin, cela peut signifier la mort, s'il étouffe, empêtré dans
le filet.
Le professeur Gomercic survole les eaux. Pour préserver l'espace vital
des dauphins, encore faut-il parvenir à les localiser. Vu d'en haut, la
tâche est plus facile.Il peut alors donner des instructions précises…
à ses collaborateurs qui quadrillent la baie de l'île de Krk.Après plusieurs
jours de recherche, leurs efforts sont enfin couronnés de succès.
Les dauphins se montrent soudain.Ce sont, au bas mot, vingt-cinq individus
qui encerclent le Zodiac et l'escortent deux heures durant. Jamais les
chercheurs croates n'avaient vécu une telle expérience. Ils photographient
autant de dauphins que possible afin de les identifier plus tard au vu
de leur nageoire dorsale et de pouvoir ainsi les décompter.Dans les prochains
mois, ils prévoient de revenir régulièrement dans cette zone pour suivre
des groupes de dauphins pendant plusieurs jours et étudier leur comportement.Ils
espèrent rassembler suffisamment de données pour obtenir la création d'une
réserve, plus qu'indispensable, et sauver ainsi les derniers dauphins
de la mer Adriatique.
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