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Archimède   Emission du 12 septembre 2000
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Albert Porte-Laborde

Albert Porte-Laborde : Je m'appelle Albert Porte-Laborde, je suis ingénieur régional à l'AGPM et je suis aussi collectionneur.
Enfin, il se trouve que je suis agriculteur ici sur cette exploitation qui est une exploitation familiale et je suis aussi collectionneur de populations de pays. Ce sont des populations de maïs. La première que j'ai eue entre les mains, c'est celle qui était ici sur l'exploitation, c'est y a plus de 30 ans, celle qu'on appelait communément dans la région le Grand Roux Basque . Et je me suis rendu compte qu'en cultivant tout le temps des variétés nouvelles, eh bien, on risquait de perdre toute la variabilité qui était liée à ces populations. Donc, j'ai commencé par du Grand Roux Basque , et puis ensuite du doré de Gomer, de la Millette du lauragais . Voilà par exemple quelques spécimens de populations que j'ai pu récupérer par ici. Je les cultive en isolement de manière à garder une variabilité génétique alors que tous les autres sélectionneurs, naturellement, ont un travail plus axé vers le business pour faire des variétés hybrides, performantes, permettant aux agriculteurs d'assurer leurs revenus.

Je peux donc vous retracer maintenant toute l'histoire du maïs juste en vous montrant quelques épis, vous allez voir ça ! Alors, voilà ici le maïs tel qu'aurait pu le trouver Christophe Colomb en 1492 dans l'île de San Salvador, une île des Antilles. Puis, il est arrivé en 1493 et la première population qui était cultivée sur les bords du Guadalquivir, c'est cette population-là qui s'appelle Rocio . Cette population Rocio est vraisemblablement la première population espagnole. La population la plus célèbre qui est arrivée dans le nord de l'Espagne, celui-là, c'est la population dite de Galicia . Puis le maïs auquel je suis le plus attaché, c'est le Grand Roux Basque . Ces épis-là servaient de nourriture pour les animaux, pour les êtres humains. Ca, ce sont des maïs traditionnels du pays qui avaient mille et un usage. Tout d'abord le maïs est très beau. C'est une vraie plante tropicale adaptée à la région depuis plusieurs, plusieurs siècles. Et c'est un plaisir de voir que les plantes n'évoluent pas toutes de la même manière. Certaines font de gros épis, d'autres des épis un peu plus petits. Il y a quelques fois un mystère dans la manière dont la plante extériorise sa capacité à faire un gros épi ou un petit épi et puis par la suite, j'ai remarqué qu'il y avait beaucoup de différences visuelles entre les variétés. J'ai donc aussi, parallèlement à ça, collectionné des variétés de maïs parce que je trouve l'épi beau, parce que je trouve qu'à chaque fois, eh bien, il traduit l'effort qu'a fait l'homme pour arriver à lui faire produire le maximum. La nature remercie l'homme de tout l'effort qu'il a fait pour bien faire pousser la plante. Et je trouve ça assez exaltant. Ca m'amuse, bon, ça ne fait de mal à personne, je suis dans mon coin. C'est presque un travail de sélectionneur mais fait avec une rigueur différente, fait avec une rigueur toujours entachée d'un peu de fantaisie et de curiosité. En plus, ça ne rapporte rien, c'est vraiment la sélection de l'inutile, mais ça me plaît, j'y suis bien, c'est calme.

  © 1998 ARTE G.E.I.E