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Archimède   Emission du 10 octobre 2000
  

Rayon vert

Par une belle soirée d'été, le professeur Archipi et sa femme Archipelle attendent la fin du jour sur le balcon de leur maison au bord de l'Atlantique : ils veulent observer le rayon vert, qui, leur a-t-on dit, est la dernière manifestation du soleil avant que celui-ci ne se couche.
Au moment fatidique, la passion d'Archipi pour la jolie Archipelle l'emporte : il la regarde amoureusement dans les yeux... et manque le coucher de soleil.

Qu'aurait-il vu s'il avait été moins amoureux ? Il aurait vu un éclair vert, au sommet du disque solaire, au moment où ce dernier passe sous l'horizon. Et, en regardant bien, il aurait peut-être observé aussi le rarissime rayon bleu.
L'apparition d'un tel rayon arrive en tout endroit dégagé. Pas seulement sur la côte, mais aussi à la montagne, ou même à la campagne.

Pourquoi ce phénomène ? Parce que l'atmosphère est plus épaisse près du sol. La lumière du soleil, en entrant dans l'atmosphère, est déviée vers le haut, d'environ un demi-degré... et les couleurs qui composent la lumière du soleil sont séparées. Les rayonnements de plus grande longueur d'onde, comme le rouge, apparaissent plus bas que ceux de courte longueur d'onde : le vert ou le bleu. Aussi, quand le disque rouge orangé disparaît, il reste parfois, un court instant, un point vert. C'est le fameux rayon.
Le phénomène n'a rien de mystérieux pour le professeur Archipi qui, astronome averti, a déjà regardé Vénus ou Jupiter au télescope, quelques degrés au-dessus de l'horizon : le disque lumineux de ces planètes est rouge en bas et bleu en haut.

Pourquoi Archipi n'a-t-il cependant jamais vu le rayon vert ? Parce qu'il est amoureux, bien sûr, mais aussi parce qu'il ne l'a pas observé dans les bonnes conditions.

Pour comprendre quelles sont ces conditions, Archipi aurait dû penser que les molécules de l'atmosphère diffusent différemment les couleurs. Or, plus la longueur d'onde est courte, plus la diffusion est forte. Autrement dit, le bleu est plus diffusé que le rouge. C'est pour cette raison que le soleil paraît rouge au couchant : La lumière blanche initiale a perdu ses composantes bleues.

Conclusion : Archipi aurait dû deviner que le rayon vert est impossible à voir quand la diffusion est importante, c'est-à-dire quand le soleil couchant est très rouge. Et ce cas se produit chaque fois que des poussières sont présentes dans l'atmosphère, ou, comme Archipi en vacances sur la façade Atlantique, quand des embruns sont en suspension dans l'air.
Maintenant il a compris : pour voir le rayon vert, il faut le guetter près de l'horizon, l'attendre les jours où le soleil couchant est d'un beau jaune absolument pas rouge ; l'observer dans des conditions, donc, où la diffusion est faible.

  © 1998 ARTE G.E.I.E