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Emission du 24 octobre 2000 | |
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Le musée de la Specola Il y a plus de deux cents ans, les premiers visiteurs du musée ont dû avoir la chair de poule en découvrant ces écorchés de cire plus vrais que nature. En effet, rien ne les distingue à première vue des cadavres qui leur ont servi de modèle. A l'origine, tous ces mannequins servaient à l'étude de l'anatomie humaine. Ils ont fait la renommée mondiale du musée de La Specola, à Florence. Le grand-duc Pierre-Léopold de Habsbourg-Lorraine a fondé ce musée pour exposer l'importante collection d'histoire naturelle qu'il avait héritée des Médicis. La Specola est sans doute le plus vieux muséum d'histoire naturelle du monde. C'est en tout cas le premier corps de bâtiments spécialement conçu pour exposer une telle collection. Inauguré en 1775, il fut immédiatement ouvert à l'ensemble de la population. Mais ce n'est que bien plus tard qu'on y accueillit les différentes classes sociales aux mêmes horaires. Le Musée Zoologique, c'est son appellation officielle, couvre une surface de 1 200 m2, répartie sur 34 pièces, dont 24 sont réservées aux espèces animales, des grands mammifères aux plus petits insectes. Pr. Marco
Vannini : L'utilité d'un musée zoologique est plus grande que l'on
croit généralement. Même certains biologistes n'en sont pas conscients.
Imaginez donc ce que seraient des études de littérature ou d'histoire
sans bibliothèque ? C'est un instrument de travail indispensable ! Le département d'entomologie est le plus important du musée. Mais seul un millième des invertébrés y est exposé. Les chercheurs partagent leur temps entre la gestion de la collection et les voyages d'études. S'ils ne partent plus à l'aventure comme les pionniers de la zoologie du siècle dernier, ils demeurent animés par la même quête : celle des spécimens rares. La photographie
occupe également une place importante dans le musée. Les archives photo,
actuellement en cours de reconstruction, regroupent quelque 25 000 clichés
et 1 500 négatifs. Car les scientifiques ont eu recours très tôt à la
photographie à infrarouge et aux films à haute photosensibilité. Pr. Marta
Poggesi : Le champ scientifique de La Specola est très large. Tous
les domaines de la zoologie sont couverts. Au départ, beaucoup de recherches
ont été effectuées en Somalie et dans d'autres pays. Aujourd'hui, nous
travaillons essentiellement pour les institutions de la région et des
grandes agglomérations. Les chercheurs du musée ont récemment mené des examens systématiques biogéographiques et biologiques en Méditerranée, dans l'Océan Indien et en Antarctique. À la demande du ministère italien de l'environnement, ils ont également établi une liste illustrée de toutes les espèces menacées de mollusques d'eau douce et d'eau de mer. Une tâche nécessitant des compétences importantes et d'innombrables heures de travail et qui n'aurait jamais pu être achevée sans l'aide de nombreux bénévoles ! Une étudiante : Ces spécimens sont très intéressants. Il s'agit de crabes qui vivent dans les mangroves mais qui sont en fait originaires du milieu marin. Ils se distinguent nettement de nos crabes d'eau douce. Ces crabes sont l'un des objets d'étude d'une mission de recherche sur les cycles de vie des mangroves d'Afrique de l'Est et la reproduction des espèces menacées qui y vivent. Ce projet est financé par l'Union européenne. De nombreux spécimens de la collection datent du 18e et du 19e siècle et présentent un véritable intérêt historique, en plus de leur valeur scientifique. Ces oiseaux, par exemple, sont très utiles pour les zoologues, car ils leur permettent de comparer leurs résultats à ceux d'autres scientifiques. La classification des animaux représente une part importante du travail des chercheurs et de leurs équipes. Un groupe de scientifiques de La Specola a en outre récemment entrepris d'établir l'inventaire complet des espèces de serpents vivant en Toscane et en Sardaigne. Les dernières salles du musée sont réservées aux spécimens les plus fragiles et aux documents scientifiques. De nombreux manuscrits, par exemple, témoignent des connaissances des médecins, il y a deux siècles. Les modèles anatomiques en cire, ces reproductions très précises et quelque peu morbides du corps humain, représentaient le dernier cri de la médecine il y a deux cents ans. Ils étaient réalisés d'après des modèles humains. À l'époque, des centaines d'autopsies ont été effectuées au rez-de-chaussée du musée. Plus de 140 écorchés ont ainsi été moulés pour servir de modèle d'étude anatomique aux étudiants en médecine. Cette tête a été réalisée vers la fin du 17e siècle par le sicilien Gaetano Zumbo. Sans doute le plus vieux modèle anatomique en cire du monde. Il y a quelques années, un examen radiographique a permis de constater qu'elle a été directement moulée sur le crâne d'un jeune homme. Très vite, la collection de cire devint si célèbre que l'empereur Joseph II d'Autriche, frère du fondateur du musée, commanda des copies de la plupart des écorchés pour l'école de médecine militaire de Vienne. Prêtes à être livrées en 1786, les quelque 800 pièces commandées furent emballées dans 365 cartons et expédiées à travers les Alpes à dos d'âne ! Aujourd'hui, la conservation des figures de cire demeure le problème numéro 1 de la collection. Le matériau est très fragile et ne résiste ni à la chaleur, ni à l'humidité. Des travaux de restauration très minutieux doivent être entrepris très régulièrement. Car de nombreux écorchés sont vieux de plus de deux siècles et constituent des témoignages uniques de l'histoire de la médecine. Il est donc important de les conserver pour les générations à venir. |
| © 1998 ARTE G.E.I.E |