Retour     Archimède cette semaine     Archives     Tout savoir sur Archimède     Science Actualités  
Archimède   Emission du 07 novembre 2000
  

Georges Bram

C'est à travers sa passion des livres que nous allons rencontrer Georges Bram, professeur à l'université Paris Sud Orsay où il enseigne la chimie et son histoire.

Georges Bram : Laurent, est ce qu'il vous est rentré en chimie des choses nouvelles depuis mon passage ?

Libraire : Non, j'ai rien rentré pour vous. J'ai rentré des petites choses mais je les ai mises en rayon. Faudrait jeter un petit coup d'oeil...

Georges Bram : C'est ce que je vais faire.

Libraire : Apparemment pas pour vous.

G. Bram : Pas pour moi. Mais enfin, je me méfie, vous le savez bien, de votre défaitisme. Oui...Ah bien ! Voilà, une fois de plus Laurent, vous êtes vous êtes pessimiste. Enfin, je ne vous en veux pas parce que c'est marrant. C'est un bouquin que j'avais et que je n'arrive plus à retrouver...
Attendez, avant, je vais regarder le prix. Oui, je prends. C'est un bouquin de Godin, c'est un personnage assez intéressant du siècle dernier- qui s'appelle "L'architecture du monde des atomes" et qui est une véritable fantasmagorie sur la structure de la matière. Mais par quelqu'un qui tout sauf quelqu'un de fou. J'étais pas content de pas le retrouver, , de nouveau, il sera dans ma bibliothèque.

Je collectionne les livres de chimie. Lorsque que j'ai de beaux livres et de belles reliures, -il y en a quelques unes ici qui objectivement sont de belles reliures- j'en prends soin. Y a tout un petit cérémonial, un entretien annuel avec des crèmes, enfin, des cirages spéciaux, etc... Et surtout il y a une chose à éviter, c'est l'exposition permanente à la lumière solaire. Ce qui fait que -sauf en hiver, mon bureau a les volets qui sont tirés. Je vis, disons, on va dire sans... sans trop en souffrir, dans un éclairage qui est un petit peu artificiel. Je crois que tous les gens qui aiment les livres, quels qu'ils soient, le comprendront. Quelqu'un a parlé de la présence énorme et silencieuse des livres ; c'est vrai que lorsqu'on est amateur de livres, un environnement, une bibliothèque est un endroit qui est, disons, assez propice à la réflexion sinon à la méditation.
Le premier, des ouvrages que je vais vous présenter, c'est "le traité de chimie", de Christophe Glaser. Il s'agit d'une nouvelle édition, d'une édition posthume datée de 1676. Alors, ce qui est intéressant dans ce livre, c'est qu'il est tout à fait représentatif des ouvrages de chimie de cette époque. On constate en le lisant qu'il est complètement dégagé des activités et des pensées alchimiques. On a donc une des descriptions d'opérations chimiques avec d'assez jolies gravures. Ce livre est intéressant également par la personnalité de son auteur. On a toutes les raisons de penser que Glaser a été "le" ou en tout cas un des fournisseurs de poison de la marquise de Brainvilliers, une célèbre empoisonneuse du temps de Louis XIV, dont la condamnation puis la mort, -elle est morte sur le bûcher- avaient bouleversé, disons, l'esprit du temps.
Le deuxième ouvrage, qui est également de cette époque, est de 1687. C'est également une édition posthume, la troisième édition d'une femme : Marie Meurdrac, qui a publié : "La chimie charitable et facile en faveur des dames". Deux intérêts principaux pour ce livre : c'est le premier livre de chimie écrit par une femme et deuxièmement, il se caractérise par une sixième partie : "des compositions pour l'embellissement du visage" qui est un recueil de cosmétologie un peu primitive mais en tout cas de recettes de beauté extrêmement variées pour l'entretien du visage et de la peau, euh, des femmes.

Les deux livres suivants que je voudrais vous présenter ont des places tout à fait différentes dans l'histoire de la chimie. L'un, c'est un des classiques sinon "le" ou un des tous premiers classiques de l'histoire de la chimie : c'est "Le traité élémentaire de chimie", de Lavoisier. Euh, ici, il s'agit de la seconde édition, de 1793, qui suffit tout à fait à mon bonheur de collectionneur. Disons que c'est le livre qui a formalisé ce qu'on appelait à l'époque la nouvelle chimie ou la révolution chimique et qui a fait de... des activités chimiques une science chimique. Donc, vous avez tout un traité qui présente les buts de Lavoisier et des gens qui l'entouraient. Un des intérêts, également, de ce livre, c'est la série de planches, gravée par madame Lavoisier. Enfin, c'est véritablement un ouvrage tout à fait important parce qu'il permet véritablement de comprendre en quoi le travail de Lavoisier, de ses collaborateurs et d'au... et d'autres personnes ont constitué véritablement une révolution. Le deuxième ouvrage, à priori, est beaucoup plus modeste parce que il consiste dans le précis des leçons de chimie éditées en 1818 par Brantome qui était alors le professeur, euh... professeur de chimie. Et vous voyez que ceci se présente sous forme d'un cahier de cours appartenant à un certain Hecht qui a suivi les cours en 1819. Et alors, il y a quelque chose que moi je trouve tout à fait épatant, c'est que l'étudiant d'alors, Hecht, a découpé l'ouvrage, l'a interfolié, l'a fait relié avec un certain nombre de pages blanches et visiblement, il a suivi le cours à partir de ces feuilles blanches en indiquant des notes concernant le cours du professeur. C'est à dire que finalement, c'était monsieur Hecht, étudiant en 1819 à Strasbourg, a fait ce que les gens de ma génération ont fait avec les polycopiés qui leur servaient de support de cours. Ce qui rend ce livre encore plus attachant, c'est qu'il contient, à la fin, un certain nombre de notes en Français ou en Allemand, en particulier des résultats d'analyses, -ici, les tableaux de combinaison de corps non métalliques entre eux- qui sont, à la fois, des notes de l'étudiant, mais également pour certaines, des traces de son activité professionnelle de chimiste, qu'il a suivie.

Ce livre, c'est le tome consacré à la chimie, de la Grande Encyclopédie de Diderot et d'Allembert qui a été le grand ouvrage encyclopédique du 18ème siècle. Vous avez donc 25 planches. Celle qui est la plus connue et qui est vraiment tout à fait emblématique, c'est cette belle planche représentant un laboratoire de chimie et une table des rapports. Ces tables des rapports, c'est une manière de résumer les interactions entre les différents corps chimiques. Mais ce qui va nous intéresser ici, c'est le laboratoire. Vous voyez ici deux personnages discutant ensemble de la recristallisation. Vous avez ici plusieurs planches de caractères de chimie. Actuellement, -bon, tout le monde le sait, tout le monde a fait un peu de chimie- le sodium, c'est Na, le carbone, c'est C et l'eau, c'est H2O. Euh, ben, ceci, c'est vrai simplement depuis le début du 19ème siècle. A l'époque, les chimistes utilisaient, pour repérer leurs réactions, des caractères de chimie qui, en fait, étaient empruntés et simplement empruntés à l'alchimie. Et vous avez ici, par exemple, les symboles. Ici, par exemple, c'est l'arsenic ; ça, c'est un bain, l'eau bouillante, effectivement. Donc, c'était une manière simple de résumer la suite des opérations. Vous avez ici un ensemble très complet des caractères de chimie. Et après ces caractères de chimie, je veux simplement vous présenter quelques unes des planches répertoriant les fourneaux ustensiles, etc... comme on dit, utilisés en chimie. Mais simplement, ce qu'on peut dire, c'est que ce type d'appareillage a été utilisé jusqu'au début du 19ème siècle. G. Bram Bien. Voilà le livre que j'ai eu la chance d'acquérir il y a quelques années dans une vente aux enchères. Comme vous le voyez, il s'agit d'un cours de chimie extrait des leçons de monsieur Rouelle, fait à Paris en 1766. Il était temps, euh... Rouelle va mourir deux ans plus tard. Rouelle n'a laissé aucun ouvrage écrit. Cependant, sa réputation était telle que, très vite, ont circulé des copies de notes prises à son cours. Il en existe une vingtaine qui sont donc toutes manuscrites. Alors, cet ouvrage... -bon, c'est véritablement quelque chose d'unique, c'est quelque chose qui est relativement émouvant- et cela donne une vue tout à fait intéressante de la chimie de cette époque, de la chimie qui a précédé Lavoisier. Il a circulé des tas d'anecdotes sur Rouelle professeur et une illustration de ces anecdotes, c'est ce que l'on trouve dans un ouvrage de vulgarisation du 19ème siècle. Rouelle avait la réputation d'être extrêmement actif pendant ses cours et cette gravure représente, par exemple, une manoeuvre un peu discutable de Rouelle : il y a eu une explosion qui lui a enlevé sa perruque et qui a choqué les assistants des premiers rangs de son cours. En tout cas, c'est quelqu'un qui a beaucoup marqué les esprits et qui reste, pour cela, dans l'histoire de la chimie.

  © 1998 ARTE G.E.I.E