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Archimède   Emission du 07 novembre 2000
  

Une momie numérique

Nous sommes en Autriche, dans l'institut de radiologie de l'hôpital universitaire d'Innsbruck. Il y a quelques semaines nous vous parlions d'Ötzi. l'homme conservé dans un glacier pendant plus de 5000 ans. Aujourd'hui, nous allons vous raconter comment l'étude de cette momie a initié une technique d'imagerie médicale, il y a de cela huit ans.

Elle permet de reconstituer en images virtuelles les détails de l'anatomie d'un corps.

Wolfgang Recheis : Nous sommes ici dans la pièce où Ötzi a été scanné. Cette pièce a été refroidie à environ 10 C° Celsius, parce que Ötzi était congelé et qu'il fallait éviter toute source de chaleur. Ötzi a été allongé sur cette table avant d'être introduit dans le scanner à tomographie. Lorsqu'il est passé à travers cette ouverture, un tube à rayons X et un détecteur ont tourné autour de lui. Des images ont ainsi été faites, tranche par tranche. La résolution est de 1 millimètre suivant l'axe Z, dans cette direction, et d'environ 0,3, 0,4 millimètres suivant les axes X et Y.
C'est donc une technique d'imagerie très performante. Nous avons entré les images tomographiques, il y en a environ 350, dans cet ordinateur, ce qui nous a permis de manipuler l'ensemble des données pour donner une représentation en 3D de l'homme des glaces et de pouvoir, plus ou moins en temps réel, traverser son corps. Nous pouvons le découper virtuellement sur cet écran, comme vous voyez ici, où le couper en deux, où encore aller jusque dans le crâne pour observer le reste du cerveau. Nous pouvons redescendre, nous rapprocher, tourner, nous déplacer à travers le corps pour arriver jusqu'aux poumons, qui sont atrophiés, ou encore, nous déplacer de nouveau jusque dans le crâne pour observer d'encore plus près le cerveau qui a séché, à cause des 5300 ans passés couchés sous le glacier.

Avec ces données numérisées et l'ordinateur, nous pouvons faire toutes sortes de manipulations, nous pouvons effectuer des mesures, nous pouvons virtuellement couper Ötzi en un tas de petits morceaux, par exemple pour faire des mesures, sans toucher, ni détruire son corps. C'est ce que je vais vous montrer ici : je place une graduation en centimètres, et je peux déterminer la taille de cette partie scannée du corps. Elle fait à peu près 70 centimètres. Et bien sûr, je peux juste en regarder une partie, et mesurer par exemple le diamètre de l'os de son bras. Cela fait, en gros, 3 ou 4 centimètres.

Ces images virtuelles sont une première étape. Elles servent à la fabrication de modèles en dur.

Wolgang Reicheis : Ceci est ce qu'on appelle un modèle stéréo lithographique du crâne d'Ötzi. Comme nous l'avons vu, nous avions une reconstitution en 3D sur l'écran, et, à partir de ça, il est possible d'obtenir un modèle exact en plastique. En fait, ce modèle pris sur l'homme des glaces est le premier qui ait été fait à partir d'un être humain, vous pouvez voir ici la déformation du crâne qui a été causée par la pression du glacier qui recouvrait le corps.

Laissons Ötzi tranquille. Et regardons maintenant les applications médicales que proposent cette technique de reconstruction virtuelle.

Wolgang Reicheis : Ici, nous avons par exemple le modèle d'un jeune enfant. Ce modèle a été utilisé en mode préopératoire. Ce que vous voyez ici sont les lignes que le chirurgien a préparé pour l'opération, avec les parties qui devaient être bougées, les parties qui devaient être enlevées, et celles qu'il fallait ajouter pour corriger la malformation de ce jeune enfant. Un autre exemple est repris sur cet écran. C'est une fois de plus la reconstitution en 3D faite à partir des clichés pris par la tomographie informatique et vous pouvez voir clairement cette malformation, due à un accident. Nous pouvons colorer les éléments que le chirurgien pense importants ou quelles parties doivent être construites sous la forme d'un modèle. En fait, l'étude de l'homme des glaces, les recherches que nous avons faites ici, à l'institut, ont été un début pour des traitements que nous proposons maintenant de manière fréquente.

Aujourd'hui, cette technique intéresse précisément huit hôpitaux à travers le monde, qui se trouvent aussi bien en Autriche, en Allemagne qu'aux Etats-Unis. Demain, d'autres établissements auront adapté la reconstruction virtuelle à diverses spécialités médicales, comme la gastro-entérologie ou la cancérologie.

  © 1998 ARTE G.E.I.E