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Emission du 21 novembre 2000 | |
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Portrait Tout était-il mieux avant
? Norbert Bolz, Philosophe et spécialiste de la communication, Université de Essen : La conception humaniste du monde partait certainement d'un bon sentiment, mais elle a eu des conséquences plutôt désastreuses. La plus catastrophique a été certainement qu'à partir du moment où l'on fixe un étalon de l'humanisme, tous ceux qui ne correspondent pas à cet étalon sont considérés comme des non-hommes, ou au moins des gens à qui il faut inculquer une éducation, une seconde éducation. Aujourd'hui, la société n'a pas besoin de l'homme dans sa globalité, mais seulement dans ses différents rôles fonctionnels : en tant que scientifique, contribuable, père de famille ou sportif du dimanche. Car la société, elle aussi, se compose de différents systèmes, comme la politique, l'économie ou la science. Prof. Bolz : Naturellement, il est douloureux de ne plus être perçu et respecté comme un être humain dans sa globalité, mais seulement pour ses différents rôles fonctionnels. Mais je crois qu'il faut bien voir également l'incroyable libération que cela apporte : on n'est plus obligé de se conformer aux normes strictes de la bonne éducation, de la politesse ou de la bourgeoisie ; on dispose aujourd'hui de toute une palette d'options. Mais les questions qui ont toujours préoccupé l'humanité trouvent encore moins de réponse dans le post-modernisme. Ce sont les questions du sens de la vie et de l'identité de chacun. Prof. Dr. Norbert Bolz : En fin de compte, l'être est renvoyé à lui-même avec la question : Qui suis-je ?" Mais cette question dépasse la plupart d'entre nous, ce qui fait que c'est devenu aujourd'hui un marché : le gigantesque marché de l'industrie culturelle, qui consiste à proposer des gabarits d'identité, d'épanouissement de soi, de délivrance de soi, on peut l'appeler comme on veut ; justement parce que les gens n'y arrivent pas tout seuls." Norbert Bolz enseigne à l'institut des sciences de l'Art et du design de l'université de Essen. Son rôle de scientifique consiste pour lui à observer la société sans porter de jugement. La mission des scientifiques est la recherche, mais c'est aux citoyens qu'il incombe de décider de la manière dont il faut traiter les résultats de cette recherche et les risques qui lui sont associés. Or seuls peuvent décider les citoyens qui ont accès à la communication mondiale. Le facteur de réussite du XXIe siècle sera, d'après Norbert Bolz, la compétence médiatique. Celui qui dispose d'une ligne téléphonique, d'un ordinateur et d'un modem peut faire entendre sa voix, où qu'il se trouve. Là réside pour Norbert Bolz une chance précieuse pour de nombreuses personnes, que ce soit au travail ou dans la vie privée. Prof. Dr. Norbert Bolz : Pensez aussi aux gens laids, aux gens qui manquent simplement de spontanéité, qui sont angoissés, ou timides. Toutes ces injonctions à s'exprimer, à s'épanouir, se mettre en scène, ne leur sont d'aucune utilité ; ils n'auraient jamais la parole et ne seraient jamais que les parias de la communication mondiale si des médias aussi fantastiques que le courrier électronique ne leur donnaient pas la chance de communiquer pratiquement en temps réel, mais toujours sous la protection du système de courrier, donc avec ce sentiment de sécurité et dans le plus parfait anonymat. L'utilisation des nouveaux médias est similaire à d'autres domaines de la vie. Sur Internet, l'utilisateur surfe d'information en information. A chaque fois, il doit se décider pour l'une ou l'autre possibilité. Il en va de même dans la vie. Jamais l'être humain n'a eu autant de choix possibles. Naturellement, avec le risque de ne pas opter pour le meilleur choix... Prof. Dr. Norbert Bolz : Toute décision est extrêmement risquée et toute action l'est également dans la vie moderne. En fait, ce sont justement ceux qui ne veulent rien tenter qui risquent le plus : ils risquent en effet de ne pas pouvoir suivre l'évolution de la société. Le danger, c'est la forme que va prendre l'avenir, la façon dont nous nous orientons dans le monde. C'est pourquoi nous devons faire l'effort d'adopter une culture positive du risque. Les informations dont nous avons besoin pour nos décisions ne manquent pas. Bien au contraire : nous en sommes chaque jour submergés. Il est donc plus important que jamais de filtrer les informations pour ne garder que celles qui sont utiles. Prof. Dr. Norbert Bolz : Ce sont naturellement des choses que l'on ne peut pas confier aisément à des ordinateurs ou à des bases de données. Car il faut une certaine capacité de jugement, qui demande une certaine formation, une intelligence sociale. Il faut avoir le sens du contexte, être capable d'évaluer, de filtrer. Ce sont des choses qu'on connaissait jusqu'ici seulement chez les gens intelligents, cultivés. Je crois qu'on arrive ici à des questions beaucoup plus passionnantes, par exemple comment l'homme et la machine peuvent interagir, comment pourrait être organisée une synergie entre les hommes, Dieu et les ordinateurs, quels sont les domaines d'excellence des personnes et quels sont ceux des ordinateurs, et comment les réunir de manière judicieuse dans une relation de travail ? Je crois que c'est la grande tâche du design pour l'avenir. Une tâche qui n'effraie plus la nouvelle génération. Sa relation avec les nouveaux médias devient de plus en plus détendue, naturelle et ludique. Ce que Norbert Bolz juge salutaire. Prof. Dr. Norbert Bolz : Nous nous alarmons, nous avons des réactions hystériques parce qu'au moins pour les gens de ma génération, ou ceux encore plus vieux, ce sont vraiment des médias nouveaux. Mais ce qu'on regroupe sous le terme de "nouveaux médias" n'a plus rien de nouveau, ils ont maintenant quelques années, ce qui veut dire qu'ils sont devenus comme une seconde nature pour les jeunes. Ils ne connaissent pas l'angoisse qu'a ressentie ma génération lorsqu'il a fallu quitter la galaxie Gutenberg et s'aventurer dans la galaxie Informatique. Cela a fait très mal aux gens de ma génération, mais pour les jeunes, c'est la chose la plus naturelle du monde. Et je pense que nous serons très surpris de voir comment, grâce à ces technologies, ils vont créer de la nouveauté d'une manière extrêmement ludique et décontractée, une nouveauté que nous sommes bien incapables d'imaginer. |
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