Retour     Archimède cette semaine     Archives     Tout savoir sur Archimède     Science Actualités  
Archimède   Emission du 28 novembre 2000

  

De mystérieuses maladies post-opératoires

En Allemagne, chaque année naissent entre six et huit mille enfants atteints de malformations cardiaques. 90 % d'entre eux doivent être opérés avant l'âge de un an.

Le fragile corps de l'enfant est malmené par l'opération : la cage thoracique est ouverte, le cœur stoppé et l'alimentation en oxygène du corps est régulée à l'aide d'un module "cœur-poumon" artificiel. La circulation sanguine externe des nourrissons, notamment, peut déclencher des réactions dangereuses pour la survie à long terme.

Prof. Kostelka : "Il faut bien comprendre que l'utilisation d'une assistance cardiopulmonaire induit une situation entièrement artificielle. On relie le corps au module cœur-poumon, qui est rempli d'un fluide spécial. Tous les éléments du sang passent à travers ce système très complexe, avec un oxygénateur et un échangeur de chaleur. Et cette situation artificielle endommage les vaisseaux, elle active le système immunologique et tout cela peut avoir des répercussions sur l'état post-opératoire."

Le risque est particulièrement élevé avec les malformations cardiaques. Ainsi, quand le cœur ne sépare pas les circulations sanguines car le ventricule droit n'est pas formé, les enfants subissent jusqu'à trois opérations pour corriger la malformation.

Prof. Kostelka : Nous commençons par l'opération palliative initiale pendant la période néonatale. Pour nous, cette période couvre les 28 premiers jours après la naissance. La première opération préparatoire a donc lieu pendant cette période, puis l'opération de Glenn survient après quatre à six mois. Cette opération consiste à relier la veine cave supérieure à l'artère pulmonaire droite. Ensuite, à l'âge de deux ou trois ans, nous établissons ce que l'on appelle la liaison cavo-pulmonaire totale.

Jusqu'à 15 % des enfants qui ont subi une opération de Glenn-Fontan connaissent ensuite des séquelles tardives que l'on regroupe sous le nom de "syndrome de déficience protéinique". A la manière d'une bombe à retardement, la maladie peut sommeiller pendant dix ans dans le corps de l'enfant. Puis le système immunitaire connaît soudain une défaillance fatale. 80 % des enfants atteints ne survivent pas.

Les centres de cardiologie de Leipzig et de Munich observent depuis de nombreuses années le système immunitaire de ces enfants. Les scientifiques ont constaté qu'il manque aux enfants un type bien particulier de cellules sanguines. Mais pendant longtemps, on a ignoré si cette carence était due à la maladie. Un hasard a suffi pour connaître la réponse : un enfant est tombé malade pendant l'étude.

Tarnok : "Ce patient est très important pour notre étude et pour la compréhension générale de la maladie. Nous avons pu observer chez lui des transformations dramatiques du système immunitaire après la maladie. Or ces transformations n'étaient pas présentes avant. Elles ont donc été provoquées par la maladie."

Les globules blancs se comportement comme chez les patients atteints du SIDA. Leur niveau est normal avant le déclenchement de la maladie, puis leur nombre baisse de 80 %. Or tous les globules blancs ne disparaissent pas, mais seulement une sorte bien particulière, que l'on appelle les cellules T-4.

Dr. Tarnok : "Les cellules T-4 forment un sous-groupe des globules blancs qu'on appelle les lymphocytes. Elles jouent un rôle important dans l'activation des lymphocytes B afin de produire des anticorps. C'est pourquoi on les appelle parfois les cellules T inductrices."

Normalement, des cellules appelées phagocytes dévorent littéralement les bactéries et modifient leur surface. Cette modification est détectée par d'autres cellules, ce qui permet de transmettre des informations aux lymphocytes T-4. Ceux-ci se multiplient alors et commencent à produire des substances qui stimulent l'immunité.

Mais ils aident aussi les lymphocytes B à produire des anticorps, qui permettront de lutter rapidement et efficacement contre la prochaine infection.

Malheureusement, quand il manque 80 % des lymphocytes T-4, comme dans le cas du syndrome de déficience protéinique, les germes de certaines maladies ne peuvent plus être identifiés.

Résultat : la chaîne fonctionnelle des défenses immunitaires est rompue, car il lui manque des maillons essentiels. Sans les cellules T-4, les lymphocytes B ne peuvent pas produire d'anticorps. Les défenses immunitaires ne fonctionnent plus.

Les scientifiques se trouvent désormais devant une nouvelle question : pourquoi 15 % des enfants cardiaques ayant subi une opération de Glenn-Fontan contractent-ils cette déficience immunitaire mortelle, alors que 85 % restent en bonne santé toute leur vie ?

Dr. Tarnok : "Notre hypothèse actuelle est que le syndrome de déficience protéinique est une maladie immunitaire endogène. En effet, de très nombreuses modifications que nous avons observées ont également été observées et décrites avec d'autres maladies immunitaires endogènes, par exemple ce qu'on appelle le sprue, une réaction excessive au gluten, ou encore dans ce qu'on appelle le lupus. Dans ces deux maladies, on sait qu'il existe des auto-anticorps, autrement dit une réaction immunitaire contre soi-même, contre les lymphocytes T-4."

Une autre hypothèse des chercheurs de Leipzig est aujourd'hui que seules les personnes présentant une certaine prédisposition génétique développeraient une maladie immunitaire endogène. Chez trois enfants qui participent à l'étude de Leipzig, les médecins ont déjà trouvé des auto-anticorps, qui détectent les propres globules blancs de l'organisme et les détruisent. Mais on ignore encore pourquoi cette autodestruction serait provoquée par une opération du cœur.

Afin de lever le mystère de cette maladie, les études doivent être étendues à d'autres disciplines. En travaillant en commun, les médecins auront de meilleures chances de vaincre cette mystérieuse maladie.

  © 1998 ARTE G.E.I.E