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Archimède   Emission du 05 décembre 2000

  

Un regard d'aigle

 

Voici Marco Fuchs. Il est très myope et ne peut vivre sans lunettes.

Sans correction, il perçoit son environnement à travers un voile flou. Il ne supporte pas les lentilles de contact et voudrait pouvoir se passer de ses lunettes, car elles le gênent. Depuis longtemps déjà, il envisage de faire soigner sa myopie à l'aide des dernières techniques laser. Quand il a appris qu'une étude internationale cherchait 50 volontaires prêts à tester une nouvelle technique, il n'a pas hésité. Cette étude visait à valider une nouvelle technique opératoire qui est sensée améliorer l'acuité visuelle de 200 %, notamment dans l'obscurité.

Au cœur de ce nouveau procédé se trouve un scanner, qui sert à mesurer les caractéristiques de l'œil. Pas seulement les déficiences classiques comme la myopie et la presbytie, ou une courbure de la cornée, mais aussi les défauts de réfraction de l'œil, qui sont surtout responsables d'une baisse de la vision dans l'obscurité.

Le scanner établit une véritable empreinte digitale de l'œil. Dans ce nouveau procédé, des rayons lumineux sont envoyés dans l'œil après réflexion sur un miroir. L'œil les renvoie en direction d'un détecteur puis, à partir de la différence entre les rayons émis et les rayons réfléchis par l'œil, le scanner calcule la cartographie précise du défaut visuel.

Cette cartographie sert ensuite à programmer le laser.Celui-ci va traiter les zones de la cornée responsables du défaut de la vision. L'œil corrigé est ensuite remesuré. La cartographie de la cornée réalisée ne présente alors plus aucun défaut.

Dr. Peter Brockhaus : Contrairement aux systèmes classiques que vous avez vus chez votre ophtalmologiste, nos systèmes mesurent bien sûr les sphères et les cylindres, mais ils déterminent également les déformations de la cornée. En entrant ces données dans un laser, nous sommes alors en mesure de corriger encore mieux les défauts de votre œil. Mieux qu'avec des lunettes et mieux qu'avec la chirurgie réfractive normale. Grâce à ces données, vous devriez ensuite être capable de voir nettement mieux que la plupart des gens.

Les données mesurées sont analysées et transmises au laser. Ensuite, celui-ci travaille d'abord sur du plexiglas, afin d'évaluer par avance l'acuité visuelle que Marco Fuchs peut espérer atteindre.

Un expert américain des lasers est présent, car c'est la première fois que des yeux vont être traités. On vérifie d'abord la précision du disque en plexiglas traité par le laser.

Fuchs : 9-3-4-2
Médecin : Et en bas ?
Fuchs : 5-6-9-8
Médecin : Je pense que nous pouvons vraiment faire ce traitement sans risque.

La voie de la salle d'opération est libre. On anesthésie d'abord l'œil.

Puis on l'immobilise et l'opération "œil d'aigle" peut débuter.

Un petit dispositif maintient la paupière ouverte. On commence par inciser la couche supérieure de la cornée.

Puis on rabat la lamelle cornéenne et on met à nu l'endothélium. Le médecin peut alors travailler au laser à l'intérieur de la cornée. Le rayon laser est piloté très exactement à l'aide des données obtenues précédemment par le scanner. Un mode d'ajustement fin permet même de corriger les défauts de réfraction, même dans la zone périphérique de la pupille, qui est la zone responsable de la vision dans l'obscurité.

Le travail terminé, on remet en place la lamelle cornéenne. Elle recouvre alors la plaie à la manière d'un pansement d'origine naturelle.

Le physicien Josef Bille présente ici sa technique à un public international de spécialistes. Il a été nominé l'année dernière pour le "Prix de l'avenir du Président fédéral allemand". Les premiers travaux de mise au point de son scanner remontent au début des années 80, peu après l'invention du laser Excimer.

Prof. Josef Bille, Uni Heidelberg : On savait déjà il y a vingt ans que le laser permettait de corriger très précisément les défauts de l'œil. Quand nous avons disposé ensuite d'une technique qui permettait de regarder en détail à l'intérieur de l'œil, il est devenu tout naturel de vouloir optimiser l'œil pour que les gens voient encore mieux. Bien mieux que la vue que nous a donnée la nature, en fait. C'est de là que tout est parti." 21:43 Médecin"Alors, monsieur Fuchs, voici l'heure de vérité. Regardons un peu ce que vous êtes capable de lire.

Deux jours après son opération, c'est le premier bilan pour Marco Fuchs.

Médecin : Essayez de lire la ligne du haut... C'est 100 %.
Fuchs : 9-4-5-2
Médecin : La ligne suivante correspond à 120 %
Fuchs : 6-8-3-4.
Médecin : Bien ! Et la dernière ligne
Fuchs : 5-9-2-8
Médecin : Formidable, vous êtes à 150 % ! Malheureusement, notre tableau s'arrête là.

Josef Bille : Nous espérons qu'en augmentant les performances du système visuel au niveau de l'optique d'entrée, nous allons augmenter également les performances du cerveau, les connexions synaptiques entre les cellules du cerveau. Cela ouvrirait la voie à une meilleure motricité et profiterait globalement à l'intelligence de la personne.

Ce traitement de l'œil pourrait bientôt faire partie de la routine, quand le dernier scanner bénéficiera également des améliorations de la toute nouvelle génération de lasers. Le professeur Josef Bille et son équipe participent activement à la mise au point du prototype.

Josef Bille : Grâce à une amélioration décisive du laser Excimer, nous sommes déjà en mesure de redonner une vue parfaite aux personnes déficientes. Mais nous travaillons depuis plusieurs années sur une nouvelle technique laser, le laser à impulsions ultra-brèves, qui devrait permettre de simplifier considérablement l'opération et d'effectuer une intervention à invasion minimale. C'est-à-dire qu'il n'y aurait plus besoin d'ouvrir la cornée et il suffirait que la personne, le patient, regarde le laser pendant une trentaine de secondes pour passer d'une vue normale à une vue parfaite.

Marco Fuchs est enthousiasmé par ses "nouveaux" yeux. Son acuité visuelle a augmenté de 200 % le jour et de 500 % le soir. L'opération a coûté environ 25 000 FF. Coquette somme pour une opération de confort que la sécurité sociale ne prendra sans doute pas en charge.

  © 1998 ARTE G.E.I.E