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Archimède   Emission du 05 décembre 2000
  

Chirurgie cardiaque : on ouvre le parapluie

 

Une jeune patiente, juste avant une intervention en cardiologie. Cette enfant de trois ans a, de naissance, un trou dans la cloison qui sépare ses ventricules.

Les malformations cardiaques sont les malformations de naissance les plus fréquentes au monde.Mais toutes ne nécessitent pas une opération à cœur ouvert. Aujourd'hui, une intervention sur deux peut être conduite par les cardiologues, sans chirurgie.

Prof. Schneider : Quand il y a un trou dans la paroi entre les ventricules ou entre les oreillettes, le sang peut passer du côté gauche au côté droit du cœur. On le verra mieux si je le fais tourner un peu. Voici l'arrivée de la veine supérieure, tout en bas, on trouve l'arrivée de la veine inférieure, et une position a été repérée au centre du septum auriculaire. Environ la moitié de toutes les anomalies apparaissent dans cette zone. Et c'est une position relativement avantageuse pour les interventions dont nous nous occupons en tant que cardiologues pédiatriques. Pour les autres défauts, ceux qui sont plus proches des valvules ou des veines pulmonaires, nous laissons la place aux chirurgiens.

Les cardiologues introduisent un cathéter jusqu'au cœur, depuis le creux de l'aine.Les orifices cardiaques détectés dès l'enfance sont généralement très grands, alors que le cœur et les vaisseaux sanguins de l'enfant sont encore petits, ce qui complique la tâche des médecins.

Prof. Scheider : Quand on intervient chez l'enfant, qu'il s'agisse d'une opération chirurgicale ou d'une simple intervention, on se trouve dans un espace étroit, ce qui a plutôt tendance à compliquer les choses. C'est d'autant plus difficile que le cœur est petit.

L'intervention débute par une mesure précise. Les médecins doivent localiser précisément le trou dans la cloison et déterminer son diamètre. Pendant toute l'intervention, la position du cathéter est suivie à l'écran.

On observe le cœur à l'aide d'une sonde à ultrasons introduite à travers l'œsophage. On utilisait autrefois les rayons X pour ce contrôle, mais on essaie aujourd'hui d'éviter l'usage des rayonnements chez les enfants.

On place un ballon de mesure dans le trou de la cloison cardiaque afin de mesurer le diamètre de l'orifice.

Le défaut de la cloison est refermé à l'aide d'un occluseur, une sorte de double parapluie fabriqué dans un mélange de nickel et de titane.

Prof. Schneider : Cet alliage a pour propriété de reprendre sa forme d'origine après une déformation. Je peux essayer de vous le montrer avec ce petit parapluie : on le visse de manière très classique à un mécanisme de transport. Il y a un petit pas de vis à l'extrémité du fil que je tiens dans ma main droite. On peut ensuite l'introduire dans ce cathéter. Voici la gaine qui pénètre dans le patient. Cette deuxième partie se trouve déjà dans le patient. On raccorde l'ensemble ici, on l'introduit dans le corps, et quand le parapluie se trouve dans l'oreillette gauche, on libère une première partie du parapluie, celle qui se place du côté gauche de la cloison auriculaire - puis on libère le reste. Et le défaut est refermé des deux côtés à la manière d'un bouton de manchette.

Il faut d'abord attendre la mesure pour dire avec certitude si l'on pourra refermer le défaut avec l'occluseur. Si l'on dispose de suffisamment de tissus musculaires pour ancrer le dispositif, on procède à sa mise en place. Ce procédé est récent et fait actuellement l'objet d'une étude clinique au centre de cardiologie de Leipzig. Les résultats sont très bons. Quelques minutes après avoir mesuré l'orifice cardiaque, le médecin déploie le parapluie. Dans quelques semaines, celui-ci sera recouvert de tissus et le trou sera définitivement fermé.

Prof. Schneider : C'est un premier pas entre la chirurgie cardiaque et la cardiologie pédiatrique ; on abandonne la chirurgie au profit de petites interventions, ce qui en fait une méthode très élégante, elle ne bloque les patients en clinique que très peu de temps, est peu traumatisante et présente également l'avantage d'être beaucoup moins coûteuse que l'opération que l'on pratiquait jusqu'ici.

L'intervention dure à peine deux heures. Et dès le lendemain, la petite fille peut déjà rejouer avec d'autres enfants.

  © 1998 ARTE G.E.I.E