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Impression
Nous
sommes chez Adolfo Kaminsky, chimiste et photographe. Pour nous, il va
réaliser un cliché sans appareil photo et sans laboratoire.
On imagine
que la photographie est une affaire d'appareillage sophistiqué
et d'industrie chimique lourde. Mais elle peut se faire aussi avec les
moyens du bord, dans sa cuisine, et en faisant juste quelques courses
chez les plus proches commerçants. On peut rendre photosensible toute
sorte de matière : le verre, le bois, le tissu… et bien sûr n'importe
quel papier. Il suffit d'y appliquer une substance sensible à la lumière.
Adolfo Kaminsky
Bonjour Monsieur, euh...je voudrais 6 oeufs s'il vous plaît.
Merci. Au revoir.
Il faut ensuite
confectionner un produit sensible à la lumière.
Celui-là sera fait à base d'albumine.
L'albumine va se séparer de la cellulose du blanc d'œuf et se déposer
au fond du récipient.
Pendant que le blanc d'œuf repose, on a tout le temps de fabriquer l'appareil
de prise de vue. Une simple boîte à chaussure, noir mat à l'intérieur.
C'est le moment
le plus délicat : avec une aiguille il faut percer un trou, le plus petit
et le plus net possible.
Et voici, fait avec un simple bout de chatterton, l'obturateur.
Il manque un
ingrédient qui rend l'albumine sensible à la lumière.
On peut le trouver chez le droguiste du coin, pour teindre le bois ou
tanner une peau.
Adolfo Kaminsky
Oui, je voudrais un peu
de bichromate de potassium, s'il vous plaît
Homme
Je vends ça en petits sachets de 50 grammes, ça vous va?
Adolfo Kaminsky
Ah c'est parfait, oui très bien. Il est préférable de confectionner une
mèche.
Ainsi on évite que les gouttes, en tombant, fassent des bulles d'air,
qui demeureraient dans le liquide visqueux.
Albumine, bichromate, eau, le liquide photosensible est prêt.
Une feuille servira pour le négatif, l'autre pour l'épreuve positive.
À partir du moment où la feuille est sèche, elle réagit à la lumière.
Il vaut donc mieux, maintenant, travailler avec un éclairage atténué
Voilà, le sténopé, c'est-à-dire une chambre noire sans objectif, est prêt.
C'est le moment
de réaliser la prise de vue.
Le temps d'exposition est lié à la taille du trou d'épingle.
Le cadrage dépend de la distance entre le trou et la feuille du négatif.
Maintenant, il faut attendre plusieurs heures.
Tout est une
affaire d'expérience, et de quelques essais bons à mettre à la poubelle.
La lumière a cuit l'albumine sur les parties les plus lumineuses de l'image
qui s'est projetée au fond de la boite.
La gouache adhère sur les parties de l'albumine qui ont été cuites par
la lumière du jour.
Voilà le résultat
d'un simple processus de cuisson de l'albumine par la lumière du jour,
à laquelle on fait adhérer du pigment.
Pour avoir un positif, on prend l'autre feuille qui a été sensibilisée,
on met le négatif en contact, et on l'expose au soleil.
Le négatif est mis vers le haut, la lumière du jour passe à travers le
papier par transparence et impressionne le positif.
Là encore il faut plusieurs heures, et il est rare que le premier essai
soit le bon.
Toujours la
même opération. On enduit
avec du pigment, on lave soigneusement à l'eau claire.
L'albumine cuite par le soleil retient le colorant, mais sur les surfaces
inverses du négatif.
C'est bien
Paris en l'an 2000, mais avec un temps de pose aussi long, les voitures,
les piétons, les nuages, ont disparu devant l'œil impassible d'une boîte
à chaussure.
Adolfo Kaminsky
Au temps des pyramides, on aurait pu faire aussi des photos, les ingrédients
existaient, on connaissait le...l'histoire de la chambre claire avec euh...
l'ombre et les lumières. On aurait pu avoir euh... des photos de la construction
des pyramides.
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