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Emission du 16 janvier 2001 | |
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Vacherie L'élevage de Madame et Monsieur Foliot compte une vingtaine de têtes. Depuis la crise de la vache folle, leurs bêtes, tout comme les 9 autres millions de bovins recensés en France, font l'objet d'une surveillance étroite de la part des services vétérinaires. Nous avons suivi le Docteur Leclerc dans cette ferme de la Manche. Il explique aux éleveurs, comment il y a quelques mois il a pu dépister un cas de vache folle, une vache atteinte d'encéphalopathie spongiforme bovine ou ESB. Docteur Leclerc : L'éleveur
avait averti son son vétérinaire traitant habituel et il avait remarqué
depuis quinze jours une anomalie surtout à l'arrivée en salle de traite,
l'animal refusait d'entrer en salle de traite et était agité, avait tendance
à chuter facilement en montant sur le quai de traite. Il se trouve que
il y avait de la lumière de façon assez importante sur le le parc d'attente,
et l'animal à chaque passage de zone obscure à zone éclairée avait des
craintes, des appréhensions à passer la zone éclairée Alors bon le vétérinaire
avait déjà une suspicion de terrain assez forte, on a eu la chance d'avoir
un cas clinique bien caractéristique avec des troubles à la fois du comportement
et de la motricité, c'est-à-dire que c'était un animal ataxique avec des
troubles de déplacement, une phobie très importante de la lumière : c'est
un des éléments, un des critères de l'ESB et puis des troubles du comportement,
une sensibilité plus importante au bruit, une sensibilité plus importante
également au contact, c'est un animal qui était très anxieux, très, très
agité. Par exemple sur une vache comme celle-ci, normalement, un des tests
qu'on utilise en test cutané est la sensibilité de la peau, la sensibilité
de l'encolure. Un animal normal, au contact d'un pointe, d'un stylo, va
réagir mais pas de façon très intense. Un animal atteint d'ESB, pas dans
tous les cas mais très souvent, va se raidir, se tétaniser, avoir une
crainte excessive du contact . Là bon elle réagit mais disons dans une
mesure normale. Lorsque le vétérinaire observe ces symptômes, il isole la bête et prévoit son abattage. Puis il prélève le tronc cérébral et l'envoie dans du formol au laboratoire lyonnais de l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments. Il y arrive chaque jour en moyenne un échantillon suspect d'ESB. C'est ici que va être confirmée l'éventuelle contamination de la vache. Le professeur Grandmontagne sort du formol un tronc cérébral bovin reçu le matin même. Il procède à plusieurs coupes pour multiplier les chances d'observer les lésions si particulières de l'ESB. Mais avant de pouvoir les examiner, les morceaux doivent subir un traitement de 48 heures. Une nuit de déshydratation prépare les tissus à être plongés dans un bain de paraffine chaude. Lorsque celle-ci refroidit, elle emprisonne le morceau dans un bloc solide. L'échantillon de tronc cérébral est prêt à être découpé. Les coupes les plus lisibles sont retenues et placées sur une lame de verre. Grâce à sa finesse, le tissu cérébral ainsi préparé est perméable aux colorants de contraste. Une heure et 19 bains successifs sont encore nécessaires avant de pouvoir donner un diagnostic. Claude Grandmontagne : Alors la coupe de l'obex que l'on avait donc réalisée il y a 48 heures a été traitée, colorée et on va donc pouvoir la regarder. On repère dans le microscope les différents nerfs craniaux. On voit tous, tous les corps cellulaires. On va rechercher la présence de trous, ici on voit en fait des déchirures, qui ne sont pas des trous, qui sont pas des trous réguliers, qui sont des déchirures du tissu dues à la coupe ; donc une plage relativement pleine, homogène, sans trous. On va donc se se rapprocher. Ici il n' y a rien d'anormal de visible, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de vacuole. Ces corps sont présents donc un noyau qui est plus sombre, qui est rond, plus sombre et, à l'extérieur, un cytoplasme qui est violet. Donc c'est un cas d'un animal qui n'était pas atteint d'ESB. On va donc voir ici le cas d'un animal atteint. Donc de la même manière on va rechercher les corps cellulaires... Mais ici apparaissent des images tout à fait anormales, qui correspondent en fait aux vacuoles dans ces corps cellulaires - même déjà au faible grossissement on les voit bien. En augmentant le grossissement du microscope, on voit apparaître ici deux corps cellulaires et, par rapport à tout à l'heure, ils sont percés ici de trois trous, ici de deux trous, qui montrent la conséquence de l'agent pathogène. Quand ces trous sont observés sur le microscope, un cas supplémentaire d'ESB est déclaré. La législation française dit que si un animal est malade, le troupeau est sans doute malade. Tout l'élevage donc doit être abattu. Mais quel est l'agent pathogène responsable de ces trous, signature de l'Encéphalopathie Spongiforme Bovine ? Jusqu'ici, personne ne peut répondre avec certitude. Les scientifiques ont cependant remarqué le rôle important joué par une molécule présente naturellement chez tous les mammifères : la protéine du prion. C'est la forme anormale de cette protéine qui se trouve en grande quantité dans les tissus nerveux des animaux atteint d'ESB. Au CEA, Jacques Grassi et ses collaborateurs ont mis au point un test pour reconnaître la présence de cette protéine anormale. Cette méthode de diagnostic est beaucoup plus rapide. Elle permet un dépistage de grande envergure en quelques heures seulement. Toujours à partir de cerveau bovin, on commence par concentrer et purifier cette forme anormale de la protéine du prion. Puis, au travers d'un dosage immunologique classique, on fait réagir la protéine afin de pouvoir la reconnaître sur cette plaque. Jacques Grassi : Sur
cette plaque on a analysé à peu près 80 échantillons bovins, mais on voit
ici très bien que 5 de ces échantillons, qui sont ici analysés en double,
ont produit un signal jaune très intense, signe que ces échantillons contenaient
de cette forme anormale de la protéine du prion alors que les autres échantillons
ont produit aucun signal. Tel qu'il est utilisé aujourd'hui, ce test ne
s'applique que sur des tissus, comme le cerveau, qui ne peuvent être prélevés
qu'après la mort de l'animal, et on n'est pas capable, pour l'instant,
de faire de tests pour détecter cette forme anormale de la protéine du
prion du vivant de l'animal. Pourquoi ? Parce que les seuls tissus où
cette forme s'accumule sont le système nerveux central, un certain nombre
de ganglions et une partie de l'intestin, et ces tissus ne peuvent être
prélevés qu'après la mort de l'animal. Ces tissus constituent en fait
l'ensemble des organes dits à risque qui sont éliminés aux abattoirs pour
tous les animaux de plus d'un an, de façon à limiter les risques de transmission
de l'ESB à l'espèce humaine. L'objectif final de ces recherches c'est
d'arriver à mettre au point un test pour détecter la maladie de Creutzfeld-Jacob
chez l'homme. Et là bien entendu, à l'évidence il faut que ce test soit
effectué du vivant de la personne sinon il n'aurait aucun intérêt. Ca
veut dire qu'il faut être capable de détecter cette forme anormale de
la protéine du prion dans le sang, ce serait idéal parce que c'est le
tissu auquel on accède le plus finalement mais peut-être, comme les anglais
sont en train de le faire, dans d'autres organes lymphoïdes tels que les
amygdales par exemple où on pense pouvoir détecter de façon précoce cette
forme anormale de la protéine du prion. Alors là ces tests, ce diagnostic
permettraient de prédire à l'avance le développement de ces maladies chez
les hommes qui ont été infectés par l'agent de la maladie de Creutzfeld-Jacob.
Et si on veut avoir une idée des différents scénarios possibles, je crois
qu'il faut se référer à la courbe de l'épidémie bovine en Grande Bretagne
pour essayer de voir ce qui peut se passer. Beaucoup de mesures ont en effet été prises, difficile pourtant de connaître aujourd'hui l'étendue de l'épidémie de vache folle et les risques de contamination pour l'homme. C'est pourquoi il vient d'être lancée sur tout le territoire une grande campagne de dépistage : chez 48000 bêtes, dont la mort est suspecte, la présence de prion anormal va être recherchée. Pourquoi les pouvoirs publics n'ont-ils pas décidé, comme en Suisse, de faire une telle recherche chez une fraction d'animaux qui vont à l'abattage ? Autres questions : les tests de dépistage sont-ils réellement efficaces ? Existent-ils par ailleurs d'autres parties de l'animal qui soient dangereuses à la consommation ? Autant de questions qui se posent déjà et auxquelles nous ne manquerons pas de répondre dans un prochain numéro. |
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