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Emission du 06 fevrier 2001 | |
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Prions pour nous En 1985, les premières vaches folles vacillent au fond de nos téléviseurs. 12 ans plus tard, le professeur Prusiner reçoit le prix Nobel pour avoir identifié l'agent infectieux responsable de cette maladie, qu'il baptisa prion. Des agents infectieux, ces petites bestioles ricanantes et invisibles qui pénètrent dans l'organisme pour nous pourrir la vie, on en connaissait à ce jour que deux sortes : les bactéries et les virus. Ce que le professeur Prusiner a découvert, et qui déroute le monde scientifique, c'est que le prion est un agent infectieux d'une forme jusque-là inconnue : ce n'est pas une bactérie ; ce n'est pas un virus ; c'est une protéine : une protéine qui a mal tourné. Les protéines sont des constituants importants de tout ce qui vit, pousse, bouge et palpite. Ce sont des molécules, souvent très grandes, qu'on peut se représenter comme des colliers de perles -ô c'est joli- plus ou moins longs, avec une fin, un début, et formés de vingt sortes de perles, pas une de plus. Ces perles sont les acides aminés. En plus de l'ordre des perles, ce qui différencie les protéines entre elles, c'est la façon dont le collier est replié en tas sur lui-même. Pour la fonction qu'elle occupe dans un être vivant, la forme d'une protéine a un rôle parfois aussi important que sa composition. Mais pour se les passer autour du cou, je vous dis pas la galère ! Les prions sont donc des protéines que les chercheurs ont associées au système nerveux, parce que chez les mammifères, c'est souvent là qu'on les trouve : dans le cerveau, la moelle épinière, et le long des nerfs. En temps normal, dans son état normal, le prion se tient tranquille, vaque à ses petites affaires de protéine. Lesquelles d'ailleurs, restent encore dans une large part un mystère pour la communauté scientifique. En tout cas, il fait si peu parler de lui que jusqu'à la crise de la vache folle, on ignorait son existence. Mais voilà qu'un jour, pour des raisons encore mal élucidées, ce prion inoffensif et discret s'enroule sur lui-même dans une position différente : il se plie au lieu de se courber. A en croire les éléments acquis au stade actuel des recherches, ce simple changement de configuration spatiale marque le début des ennuis, car associée peut-être à d'autres éléments encore inconnus, cette petite modification transforme le prion en dangereuse particule infectieuse, pour une raison aussi sommaire qu'imparable : cette nouvelle configuration aurait la particularité de se transmettre d'un prion à l'autre par simple contact, comme un jeu de dominos infernal. Je te touche, tu deviens comme moi. La conséquence catastrophique de cette nouvelle forme, c'est que ces prions Frankenstein se collent les uns aux autres sans que rien ne puisse les séparer. En quantité toujours plus grande, ils s'accumulent en agrégats, que rien ne peut plus dissoudre, résistant au système immunitaire et finissant par provoquer les dégâts irréparables dans les endroits du système nerveux où ils se concentrent. Ils entraînent la mort des cellules environnantes pour finir par former ces trous qui font ressembler le cerveau à une vieille éponge ou à une tranche de pain trop cuit, c'est comme on veut. Une autre particularité déroutante du prion tient dans son apparente facilité à passer de certaines espèces à d'autres. Il suffit qu'un prion d'une espèce rentre en contact avec le prion de l'autre, pour lui transmettre sa torsion maléfique. La contagion pourrait passer du mouton à la vache, de la vache à l'homme, par simple rencontre au coin d'un pré, d'une farine ou d'une assiette, et les conséquences seraient les mêmes pour tous. Encore inconnu il y a dix ans, caracolant en tête du hit parade des angoisses sanitaires de cette fin de siècle, la seule chose absolument certaine que l'on peut affirmer à l'heure actuelle à propos du prion, et sans risque de se tromper, c'est qu'il n'a pas fini de faire parler de lui. |
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