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Emission du 20 février 2001 |
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Les bonobos La semaine dernière l'anthropologue Christine Berge nous a montré l'état de ses derniers travaux de recherche, elle nous expliquait ce qui différencie l'homme des grands singes dans l'apparition des caractères de la bipédie au cours de l'évolution. Son travail à Paris procède par anatomie comparée et analyse mathématique de la forme, mais au stade actuel de ses recherches il lui est essentiel d'observer le comportement locomoteur des chimpanzés. C'est au zoo de Plaenkendal, en Belgique, qu'elle a choisi d'aller. C'est ici que se trouve le laboratoire comportemental des chimpanzés bonobos, espèce considérée comme la plus proche de l'homme. Linda Van Elsacker et Kristiaan d'Août, les chercheurs du zoo, l'accueillent. Linda Van Elsacker : Derrière nous, vous pouvez voir les quartiers d'hiver des bonobos. Allons-y. Ici, c'est la partie où le public vient s'informer. Nous avons ici une très belle famille de bonobos, très représentative de l'espèce. Il y a des mâles et des femelles, et nous avons environ une dizaine d'individus. Nos programmes de recherche ont tous un rapport plus ou moins proche avec le comportement des bonobos. Nous n'étudions pas seulement les aspects cognitifs ou sociaux en relation avec la physiologie, mais l'un des plus récents programmes se concentre sur la locomotion bipède, et c'est le travail de Kristiaan. Kristiaan d'Août : Oui, cela fait environ un an que nous étudions ces bonobos dans leur comportement locomoteur, mais dans une optique disons plus spécifiquement liée au mouvement, donc nous comparons les mouvements bipèdes et quadrupèdes en rapport avec leur morphologie. Linda Van Elsacker : En général, lorsqu'il fait 12 °C, nous ouvrons les portes pour qu'ils puissent vraiment choisir s'ils veulent être dehors ou dedans. Et vous voyez, ils aiment bien être au soleil. Christine Berge : En fait ils aiment mieux être à quatre pattes que debout ? Hein… Kristiaan d'Août : Oui en effet. Et ça c'est en fait l'un des sujets de nos recherches, c'est de pouvoir dire pourquoi c'est comme ça. Parce que nous, pour l'homme, ça semble logique de marcher à deux pattes. Mais clairement pour eux c'est pas logique du tout, parce qu'ils ne préfèrent pas. Christine Berge : Le fait de se mettre debout, ils le font uniquement pour attraper les pommes ou… Kristiaan
d'Août : Il y a mille raisons pour se mettre debout. Ca peut être
même juste pour jouer, surtout chez les petits qu'on voit… Christine Berge : Y a une raison mais alors, par exemple, est-ce qu'ils vont rester, parce que bon ils peuvent se dresser quelques minutes, quelques secondes, mais est-ce qu'ils peuvent rester debout… comme ça, un petit bout de temps ? Kristiaan d'Août : Un petit bout de temps… si ça veut dire… quelques secondes… oui. Mais pour les voir marcher en bipédie, il faut avoir un peu de chance. Christine Berge : Oui. En fait c'est pas très souvent. Kristiaan
d'Août : Peut-être 2 % du temps. Environ. Christine
Berge : Oui, en fait c'est ça. Moi ce que je vois au niveau de la
morphologie, que pour eux c'est très difficile d'être stable. Quand ils
se dressent comme ça sur leurs pieds, en fait ils restent penchés vers
l'avant, avec le dos assez raide. Et avec le bassin qui est très long
et plat, qui est très proche des côtes. En fait y a très peu de mobilité
au niveau du dos, j'ai l'impression, et puis les jambes il peut les étendre
quand il est en quadrupédie mais quand il est debout, en fait il peut
pas étendre complètement les jambes. On a l'impression que la jambe reste
fléchie… Kristiaan
d'Août : Ils marchent debout oui. Christine Berge : Et est-ce que la mère apprend à son petit à marcher debout ou il apprend tout seul le petit. Kristiaan d'Août : C'est en fait en jouant qu'ils apprennent énormément de choses. Christine Berge : En jouant ils se mettent debout. En fait c'est des petits acrobates finalement. Et le petit, celui qui joue avec l'acrobate, on voit… effectivement il a une tête très arrondie hein, avec une face très petite, et donc c'est vrai qu'y a une petite ressemblance, comme même, au niveau du cou, avec un humain. Y a cette idée que ça pourrait lui faciliter, peut-être, un peu l'acquisition de la bipédie au début, enfin… je sais pas si c'est vrai ça. Kristiaan d'Août : En fait, quand on regarde les petits bonobos marcher, j'ai pas l'impression qu'y a une différence pour cette raison. Christine Berge : Le fait d'avoir des pieds préhensiles, ça j'aimerais bien savoir comment ça va intervenir euh dans la marche. Kristiaan d'Août : Ca c'est ce que je me demandais aussi et qu'on essaie d'étudier avec notre projet. Dans ce qu'on appelle le catwork, donc la construction qu'on voit là. Y a des appareils qui enregistrent en fait les forces des pieds, dans les trois dimension et aussi les pressions sous les pieds. Kristiaan d'Août : Donc on est ici dans l'observatoire et on a en fait ici les images, donc les deux écrans qui nous montrent une vue en face de l'animal et une vue latérale, ou de côté, de l'animal. Donc, avec deux caméras différentes qu'on a placées sur le catwork. Donc tous les signaux des caméras sont enregistrées sur les magnétoscopes qu'on voit ici et donc, à part de ça, à part de la vidéo, on va aussi enregistrer les données de force et de pression. Et ça c'est effectué sur ces trois ordinateurs ici, avec un logiciel sur lequel on voit les deux aspects différents qu'on va étudier, c'est-à-dire la pression, ce qu'on voit ici, et les forces sous le pied du bonobo. Christine Berge : Donc c'est la pression qui s'exerce sur le pied et est-ce que vous pouvez voir des différences, par exemple entre l'homme et les bonobos, est-ce que vous pouvez faire une relation avec la morphologie du pied. Kristiaan d'Août : Oui je vais vous montrer un exemple. Dans cet exemple, on voit l'image latérale qui montre le bonobo qui marche sur le catwork en bipédie et ici on voit les pressions, du bonobo sur la même séquence quand il marche sur le catwork. Et là, il se trouve une très grande différence que chez nous, et c'est la position du premier orteil, qui est vraiment placé très abducté. Christine Berge : Oui, donc c'est comme ça… et ça c'est le premier orteil, et là c'est tous les doigts comme ça. Kristiaan d'Août : Ce sont les quatre autres orteils qui sont regroupés ensemble. Christine Berge : Alors ce qui intéressant là, c'est quand il est en train de marcher, c'est qu'on voit que la jambe est pas étendue, alors est-ce que vous avez des documents où on calcule comment se place la jambe par rapport au tronc. Kristiaan d'Août : Oui, je vais vous montrer un deuxième exemple. Cet exemple montre le même bonobo qui marche donc en bipédie sur le catwork. Donc les bâtons rouge, ici, indiquent la position des différents segments, les cuisses par exemple. Et comme on peut très clairement voir, il y a un angle assez grand dans le genou, et ça c'est une très grande différence comparée à l'homme. Christine Berge : Oui on voit très bien que ,en fait là, le tronc est relativement droit mais en fait il ne peut pas étendre la jambe, on voit l'angle très fort entre la cuisse et la jambe. Kristiaan d'Août : Oui, c'est clair que là y a une forte différence entre les bonobos et les humains. L'homme et le singe ont suivi deux voies distinctes sur les chemins de l'évolution. Ce que Christine Berge montre aujourd'hui sur les différences qui existent entre la bipédie de l'homme et celle du chimpanzé éloigne davantage ces deux routes. Christine Berge : Le fait qu'on ait des pieds qui ne soient plus préhensiles, on a beaucoup perdu dans les possibilités de mouvement mais on a gagné en stabilité, en efficacité probablement dans les mouvements. On ne peut gagner quelque chose qu'en perdant d'autres possibilités. Kristiaan d'Août : Nous on est devenu vraiment des spécialistes en bipédie, tandis que les bonobos sont plutôt des généralistes, quand on voit toutes les possibilités de locomotion qu'ils ont. Christine
Berge : En fait on les envie un peu dans leurs possibilités d'acrobaties. |
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