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Archimède   Emission du 31 juillet 2001
  

La malaria est de retour

Chaque année, 1 à 3 millions de personnes dans le monde meurent de la malaria. La moitié d'entre elles sont des enfants de moins de 5 ans. 90 % des cas ont été recensés en Afrique subsaharienne.

Mais la malaria réapparaît également dans les États de l'ancienne Union soviétique et dans la partie asiatique de la Turquie – des régions où cette maladie était considérée comme éradiquée.

Le parasite Plasmodium falciparum est le déclencheur de la maladie. Il vit dans le sang humain et il est transmis par les piqûres de différentes espèces de moustiques appelées anophèles. Les moustiques sucent du sang contaminé et transmettent ainsi le parasite à leur prochain hôte. Un climat chaud et humide favorise la propagation des moustiques, donc de la malaria.

Mais certains mécanismes de la maladie sont encore mal compris. Car trois organismes différents sont impliqués : l'anophèle, le véritable agent déclencheur de la maladie, le Plasmodium et l'être humain. Personne n'a encore étudié leurs interactions.

Le service d'épidémiologie de l'université La Sapienza, à Rome, y travaille depuis plusieurs années. Son directeur, Mario Coluzzi, est considéré comme le meilleur expert de la malaria au monde.

Mario COLUZZI, Épidémiologue, Université La Sapienza, Rome
Les interactions entre ces organismes ne sont pas totalement inconnues, mais certains points doivent encore être clarifiés.
La malaria implique sans aucun doute trois entités génétiques. La connaissance de ces entités, les génomes, augmente à mesure que progressent les recherches sur le génome de l'homme, de l'anophèle et du plasmodium.

L'étude du patrimoine génétique du plasmodium et de l'anophèle n'en est qu'à ses débuts. Chez l'homme, en revanche, les recherches sont très avancées. Depuis peu, nous disposons de données qui nous permettent de déceler les interactions et de comprendre les phénomènes au niveau moléculaire.

Les progrès des recherches génétiques livrent de nouvelles informations. Peut-être pourra-t-on élaborer bientôt des méthodes améliorées pour le suivi de la maladie.

En particulier le séquençage de l'ADN permet d'identifier les structures génétiques et de comprendre le fonctionnement du génome du moustique.

Mario COLUZZI
Nous voulons comprendre les liens qui existent entre la capacité de mutation du code génétique et les différents organismes qui provoquent la malaria, pour étudier l'infection au niveau épidémiologique et l'expression de la maladie.

C'est pourquoi nous sommes très intéressés par la possibilité d'analyser cette variabilité génétique et de la comparer à celle de l'être humain.

Nous pourrions comprendre par exemple pourquoi, chaque jour, 3 000 enfants meurent de la malaria en Afrique, alors que des milliers d'autres probablement infectés par le même parasite survivent.

Dissection d'un moustique. Vaccins et médicaments s'avèrent peu efficaces contre la malaria. Les moustiques développent rapidement des résistances contre lesquelles les médicaments sont impuissants. Les chercheurs envisagent déjà d'utiliser des moustiques génétiquement modifiés pour bloquer la transmission des parasites.

Mario COLUZZI
Comme d'autres insectes, les moustiques descendent génétiquement d'ancêtres qui, à l'origine, avaient la capacité de pondre des œufs sans hémoglobine, alors que l'hémoglobine est aujourd'hui très importante pour eux.

Il existe encore chez presque toutes les espèces des formes primitives du génotype des moustiques qui peuvent produire des œufs sans avoir besoin de sang.
Naturellement, cette production d'œufs est nettement moins efficace. Elle ne permet de produire par exemple qu'une centaine d'œufs, alors que les moustiques nourris au sang peuvent en pondre plusieurs milliers. Nous devons tenter de renforcer cette capacité chez le moustique, de faire évoluer le moustique pour qu'il ne pique plus.

Autrement dit, nous voulons essayer de modifier le moustique par transformation d'une race locale qui n'a pas besoin de sang pour se reproduire, de telle manière que le moustique meure immédiatement s'il pique, parce qu'il n'est pas capable de transformer l'hémoglobine qu'il aura sucée.

L'un des principaux problèmes réside dans les nombreuses interactions entre le parasite plasmodium et l'hôte.
Le médicament le plus efficace à ce jour, la quinine, dans la nature. Mais il ne garantit pas une guérison à 100 %. Et comme la malaria est principalement une maladie des pays pauvres, les laboratoires pharmaceutiques, toujours soucieux de rentabilité, ont peu de raison d'investir pour développer de nouveaux médicaments.
La malaria demeure donc un défi pour la science.

     
  © 1998 ARTE G.E.I.E