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Archimède   Emission du 31 juillet 2001

 

  

George V. Coyne, astronome du pape

Le ciel du sud-ouest des États-Unis est idéal pour les astronomes – il garantit une observation non voilée de l'univers, contrairement à l'Europe, où l'air est toujours troublé par la pollution et la lumière.

À l'observatoire Steward de l'université de l'Arizona, George Coyne apprend avec ce télescope à porter un regard différencié sur notre Voie lactée.

Cet homme n'est pas un scientifique comme les autres ; il travaille pour une autorité supérieure, car George Coyne est l'astronome en chef du Vatican.

George V. COYNE, Astronome, Université de l'Arizona
"Le Vatican n'a qu'un seul institut de recherches scientifiques, c'est l'Observatoire du Vatican. Il n'en existe pas d'autre. On pourrait penser que si cet institut devait travailler dans un seul domaine, ce devrait être celui de la génétique, ou de la biologie moléculaire, car ce sont des domaines très intéressants pour leurs implications morales, éthiques et doctrinales."

Mais non, tel n'était pas le souci du pape Grégoire XIII lorsqu'il fit construire un observatoire en 1598, afin de redéfinir le calendrier, qui commençait à perdre les pédales. La Tour des Vents, qui surplombe le Vatican, vit donc naître une nouvelle tradition. Les papes suivants chargèrent ensuite les Jésuites de garder un œil sur les étoiles afin de célébrer la grandeur de Dieu.

(en commençant en OFF) George V. COYNE
"Le pape a simplement dit aux Jésuites, vous faites du très bon travail, nous vous donnons des spaghettis et du vin et vous continuez à travailler !"

Au cours des siècles, les papes firent édifier quatre coupoles d'observation astronomique, toutes à proximité du Vatican.
Mais la clarté croissante du ciel de Rome finit par mettre en échec les télescopes les plus modernes, provoquant le déménagement des astronomes en 1932. Le Vatican s'était alors ouvert aux sciences modernes. Le nouveau siège, et jusqu'ici l'unique, à Castel Gandolfo ne connaissait plus de tabous scientifiques.

Dans les années 40, le pape Pie XII accorda un solide soutien financier à l'astronomie. Les Jésuites travaillent maintenant depuis 20 ans en Arizona, car même Castel Gandolfo ne permet plus d'effectuer des observations de qualité.

George V. COYNE
"Avec l'installation du nouveau télescope en Arizona, nous avons lancé de nombreux programmes, dont un par exemple qui consiste à prendre des photographies haute résolution des galaxies proches, qui sont des galaxies très anciennes, et de les comparer aux galaxies très jeunes observées par le télescope spatial Hubble, afin de comprendre comment les galaxies évoluent."

À 68 ans, Coyne, américain de naissance, passe la moitié de l'année à l'université de l'Arizona, dans l'un des centres d'observation astronomique les plus grands et les plus modernes. Le reste de l'année, il vit et travaille à Castel Gandolfo, la résidence d'été du pape. L'occasion de discuter des derniers résultats des recherches avec le pape en personne. En Arizona, à la chaire d'Astronomie, il n'enseigne pas qu'à des étudiants catholiques. Lui aussi a suivi quelques détours avant de s'engager dans l'astronomie.

(en commençant en OFF) George V. COYNE
"C'est après être devenu jésuite, j'étudiais alors les langues classiques – aussi étrange que cela puisse paraître, j'étudiais le latin et le grec et un professeur de grec était également mathématicien. Très souvent pendant les cours, il se mettait à parler d'astronomie , cela a fini par m'intéresser. Cela m'a même tellement intéressé que nous avons été obligés de voler des livres à la bibliothèque pour que je puisse découvrir l'astronomie, car à l'époque, il nous était interdit de faire autre chose que du latin et du grec."

Coyne se contente d'un modeste bureau - un catholique fervent au service de la science. Lors de la réhabilitation de Galilée en 1992, il faisait partie de la commission épiscopale mise en place par Jean-Paul II.

(en commençant en OFF) George V. COYNE
"Je pense que l'observatoire du Vatican revêt une importance toute particulière pour le pape actuel, car il rassemble un petit groupe de chercheurs en astronomie très qualifiés, qui sont également des prêtres catholiques ou des prêtres jésuites. Pour le Pape, c'est un signe adressé au monde pour dire que l'église s'intéresse à la science, qu'il n'y a pas de conflit entre les deux."

Chaque regard dans l'espace est une tentative pour décrypter le passé. Les images prises par le télescope spatial Hubble aident à remonter l'évolution de notre univers jusqu'au big-bang, il y a 15 milliards d'années.

(en commençant en OFF) George V. COYNE
"C'est l'un des aspects fascinants de l'astronomie ; nous ne voyons jamais les choses telles qu'elles sont, mais telles qu'elles étaient, et ce n'est pas de la philosophie, c'est de la physique. La lumière se propage à une vitesse finie. Donc nous voyons la Lune telle qu'elle était il y a une seconde, le Soleil tel qu'il était il y a 8 minutes, le centre de notre galaxie tel qu'il était il y a 30 000 ans ; et le télescope Hubble a observé des galaxies en remontant huit à dix milliards d'années en arrière. Donc, nous observons l'univers tel qu'il était dans les tout premiers stades de son évolution."

Depuis la Terre, Coyne ne peut pas voir de telles images avec le télescope du Vatican ; il ne peut remonter dans le temps "que" de cinq milliards d'années.

(en commençant en OFF) George V. COYNE
"Mon principal domaine d'activité depuis quelques années est ce que nous appelons les étoiles cataclysmiques variables ; ce sont des étoiles binaires, deux étoiles qui tournent l'une autour de l'autre. L'une des deux est une étoile superdense, avec un champ gravitationnel très intense qui attire la matière de l'autre étoile. Il se produit donc un échange de masse entre les deux systèmes. La matière attirée tombe sur l'étoile très chaude et produit des rayons X et des sources de très hautes énergies. C'est pourquoi nous les appelons cataclysmiques, car il s'agit d'événements tout à fait cataclysmiques quand cette masse tombe sur l'étoile principale. Je les étudie parce qu'il est très intéressant de voir que les étoiles évoluent de manière très différente s'il s'agit d'une étoile isolée ou d'un système binaire."

Un regard vers les origines de notre univers - avec toute la clarté et la rigueur de la science. Comment s'accorde-t-il de l'histoire de la genèse enseignée par la Bible ? Comment la croyance en un Dieu créateur et la vision sobre de la science peuvent-elles cohabiter ?

(en commençant en OFF) George V. COYNE
"Ma foi est renforcée et enrichie par ma compréhension scientifique. Mes connaissances ne me donnent aucune raison de croire ou de ne pas croire, mais si je crois, elles donnent plus de consistance à cette croyance. Franchement, je trouve que la foi chrétienne est plus en accord avec mes connaissances scientifiques que d'autres religions du monde. Je pense parfois que le christianisme occidental permet plutôt aux croyances religieuses d'être teintées d'une sorte de rationalisme, nous avons un peu hérité de la méthode scientifique dans certaines tendances philosophiques. La foi est un acte d'amour, pas un acte de connaissance ; un acte d'amour, une relation personnelle avec Dieu, c'est cela pour moi."

Mais où était Dieu avant la naissance de l'univers, quand il n'y avait rien ?

(en commençant en OFF) George V. COYNE
"Saint Augustin a étudié la question du temps avec beaucoup de soin. Quand quelqu'un lui demandait, Que faisait Dieu avant de créer l'univers ?, Saint Augustin disait : Avant de créer l'univers, Dieu créait l'enfer pour les gens qui posent des questions de ce genre. - Parce qu'en un sens, parler d'avant la création de l'univers n'a aucun sens, puisque le temps lui-même n'existait pas !"

Coyne ne serait pas jésuite s'il ne savait pas lever les contradictions avec une grande finesse intellectuelle. De même, il est permis de douter de la place centrale de l'homme dans l'univers. Ou de s'interroger sur les conséquences théologiques qu'aurait l'existence d'extraterrestres.

(en commençant en OFF) George V. COYNE
"Le système planétaire n'est pas né par miracle, mais par les lois ordinaires de la physique. Aussi même d'un point de vue statistique, nous pouvons dire que les conditions physiques de la vie dans l'univers sont certainement réunies. Mais la vie que nous découvrirons sera-t-elle une vie intelligente ? Aura-t-elle la dimension spirituelle qui caractérise les êtres humains ? À une époque, il y a plusieurs siècles, on aurait été traité d'hérétique si l'on avait dit qu'il pouvait exister de la vie ailleurs, encore plus une vie spirituelle. Mais je pense que nous avons mûri dans notre compréhension de l'univers, dans notre croyance religieuse. Donc ce n'est plus une hérésie, mais c'est un défi. Par exemple, pour un chrétien comme moi, le Christ est vraiment le fils de Dieu et il est un véritable être humain. Bien, le Christ a-t-il pu se rendre sur d'autres planètes pour la rédemption d'autres êtres ? Il me semble que ce ne serait pas très facile à concilier avec la foi chrétienne, mais notre connaissance des choses s'enrichit régulièrement et nous devons être prêts à raisonner en des termes beaucoup plus vastes que par le passé."

Aujourd'hui déjà, les catholiques sont autorisés à ne voir dans la genèse qu'une allégorie, un récit imagé, grâce à la science. Mais rien de plus.

(en commençant en OFF) George V. COYNE
"Je ne crois pas que la science peut découvrir la vérité, ou découvrir Dieu. La science est une quête bien particulière de la vérité. Nous ne possédons pas la vérité, nous essayons juste de nous en approcher par nos recherches. Dieu est en dehors de cela, sa nature intime est en dehors de la recherche de la vérité scientifique, même si elle lui est très liée. Je crois sincèrement que Dieu est à l'origine de tout ce que j'ai étudié, donc que tout ce que j'étudie en tant que scientifique me permet de mieux réaliser à quel point Dieu est à l'origine de toute chose. Mais la science ne m'apportera jamais la vérité ultime, ni la connaissance ultime de Dieu, car Dieu est un mystère complet !"

"Dieu ne joue pas aux dés " : Richard Morris présente un remarquable aperçu de la naissance du cosmos jusqu'aux origines de la vie. Paru chez Europa Verlag.

"L'homme devant l'incertain", par Ilya Prigogine, est un très beau recueil d'essais sur l'incertitude en physique, en biologie et en chimie. Paru chez Odile Jacob.

 

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