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Anémones
de mer et poissons clowns
Dans le Golfe dAqaba,
à la frontière méridionale entre la Jordanie et Israèl,
se nichent la station balnéaire dEilat et ses plages sublimes.
Des touristes du monde entier
viennent passer leurs vacances ici. La ville nest pas belle, mais
ses attraits sont multiples : le soleil brille toute lannée,
on peut pratiquer tous les sports aquatiques et, surtout, découvrir
lun des plus beaux récifs de corail du monde.
Malheureusement, le tourisme
nuit au récif, qui menace de disparaître. Aussi divers projets
scientifiques ont-ils été mis en place ces dernières
années pour empêcher une perte irréparable. Ils sont
tous coordonnés par lInstitut inter-universitaire de biologie
marine.
Les biologistes dEilat sont aussi des plongeurs hors pair. Les études
de terrain, autrement dit les recherches et les expériences conduites
sous leau, font partie du quotidien.
Nanette Chadwick-Furman
vient de Californie. Depuis cinq ans, elle collabore à un projet
spécial sur le développement des anémones de mer.
Régulièrement, elle effectue des prélèvements
sur le récif en compagnie de ses étudiants. Une précision
: les anémones de mer ne sont pas des plantes, mais des animaux.
On mesure régulièrement
la taille de chaque anémone pour connaître sa croissance
annuelle. Ces animaux entretiennent une relation symbiotique avec des
poissons dont ils sont les hôtes. Les deux espèces dépendent
lune de lautre. Nanette Chadwick sintéresse particulièrement
à cette relation dinterdépendance car elle nest
pas sans effet sur le récif de corail.
Nanette Chadwick-Furman, biologiste, Institut de recherche maritime,
Eilat :
Le récif de corail est vraiment le système marin le plus
complexe qui existe, le plus dynamique. Tout organisme qui augmente la
biodiversité a une influence sur lui. Les anémones de mer
sont de grands hôtes et elles ont conduit à lévolution
de nombreuses espèces de poissons toute la famille des poissons
clowns et de crustacées. Si elles disparaissaient du récif,
si elles séteignaient brusquement, leur perte entraînerait
une forte réduction de la biodiversité du récif.
Dix espèces au moins disparaîtraient avec elles.
Depuis cinq ans, chaque anémone
est badgée et numérotée afin de pouvoir suivre ses
déplacements et sa croissance.
Cette carte mentionne toutes les anémones de mer du récif
depuis 5 ans, avec leur numéro.
Dans une zone proche des points
de baignades touristiques en haut, à droite sur la carte
, on constate que depuis 1996, cest-à-dire depuis le
début de létude, un très grand nombre danémones
de mer meurent ou disparaissent. Par contre, la population reste stable
dans la zone placée sous la surveillance de linstitut ; les
animaux ne désertent pas la région.
Nanette Chadwick-Furman
:
Jutilise les anémones de mer comme indicateur et je constate
que leur population a diminué de manière constante depuis
cinq ans. On ne connaît pas exactement la cause de la mort de chaque
spécimen. Mais ce quon sait, cest que les récifs
dEilat sont malheureusement assaillis de toute part et quil
y a de multiples causes dorigine humaine : le tourisme, laquaculture,
le développement urbain ou encore la pollution.
Des études ont montré que les petites anémones de
quelques centimètres seulement sont les premières à
mourir. Quasiment aucune na dépassé une année
dexistence.
Sauf une, qui a vécu
deux ans.
Les anémones de taille moyenne nont pas beaucoup plus de
chance de survie. Dailleurs, elles se ratatinent avant de séteindre.
Les statistiques montrent que seules les grandes anémones ont une
réelle chance de survie. Elles sont complètement
à droite, sur le graphique. Est-ce lié aux poissons
dont elles sont les hôtes ?
Nanette Chadwick-Furman se consacre aujourdhui totalement à
létude de la relation symbiotique qui existe entre les poissons
clowns et les anémones de mer. Elle est la seule spécialiste
au monde de la question. Elle constate notamment que la disparition rapide
des anémones de mer dEilat a des répercussions sur
les poissons.
Nanette Chadwick-Furman
:
Les poissons qui vivent avec elles sont connus pour être des
espèces qui vivent longtemps : au moins 10 ans, parfois 20, voire
plus. Cela signifie que ces poissons vivent avec une population-hôte
dynamique et instable et quils doivent régulièrement
sadapter ou subirent eux aussi des variations de leur population
pour sadapter à la nature dynamique de leur hôte.
Ce phénomène se répercute à son tour sur les
anémones. On constate ici que les petites anémones nhébergent
quun seul poisson, alors que les grandes peuvent en accepter trois.
De plus, les petites anémones laissent les plus gros spécimens
à leurs grandes surs.
Nanette Chadwick-Furman
:
Le taux de croissance de ces anémones géantes dépend
de la taille des poissons quelles hébergent. On voit clairement
la relation qui existe entre les deux : si les poissons sont petits, les
anémones se rapetissent. Vous voyez les chiffres négatifs
? Ici, on a une croissance positive et, là, une croissance négative.
Donc les anémones qui hébergent les poissons les plus petits
se ratatinent. Les croix représentent les anémones qui ont
fini par mourir. Les hôtes qui hébergent des poissons de
taille réduite finissent par se ratatiner et mourir. Ceux qui hébergent
des poissons plus gros grandissent et survivent.
Un aquarium expérimental, dans linstitut. Depuis quelques
mois seulement, Nanette Chadwick-Furman a réussi à installer
cet aquarium qui lui permet dinfluer sur les conditions de vie des
anémones.
Elle a ainsi créé différents environnements : certaines
anémones vivent avec des poissons, dautres sont totalement
privés dune relation symbiotique.
Nanette Chadwick-Furman
:
Compte tenu de toutes les informations recueillies sur le terrain et des
calculs sur ordinateur, on pense que les anémones avec poisson
devraient se développer assez vite. Celles sans poisson ne devraient
pas se développer particulièrement si le poisson apporte
un bénéfice à son hôte en secrétant
des nutriments, ce quil devrait faire aussi bien ici que dans la
nature. Mais si la fonction principale du poisson est uniquement de protéger
lanémone contre les prédateurs, on ne devrait pas
constater de différence en laboratoire, puisquil ny
a pas de prédateur et que le milieu nest pas hostile. Donc
il est possible que, dans ces conditions expérimentales, lhôte
nait plus autant besoin du poisson.
Les résultats de lexpérience
ne sont pas pour tout de suite. Mais létude a déjà
permis de montrer que, sans les anémones de mer, la diversité
biologique nest pas aussi riche. Or cette richesse est indispensable
à la survie du récif de corail. Si lhomme veut le
préserver, il doit modifier radicalement son comportement.
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