LE MOBBING: UN PROBLEME MONDIAL  
 

LA VIOLENCE SUR LE LIEU DE TRAVAIL - UN PROBLEME MONDIAL


La France, l'Argentine, le Canada et l'Angleterre sont les pays où la fréquence des agressions et des cas de harcèlement sexuel sur le lieu de travail est la plus élevée. C'est ce que dévoile un nouveau rapport du Bureau international du Travail (BIT), qui représente l'étude la plus approfondie jamais réalisée au niveau mondial sur la violence sur le lieu de travail.

Autant les travailleurs que les employeurs reconnaissent de plus en plus souvent que la "violence psychologique" constitue une forme grave de violence. La violence psychologique comprend tout comportement abusif et tyrannique vis-à-vis d'un subalterne ou d'un pair ou encore tout harcèlement psychologique exercé par un groupe à l'encontre d'un individu.

Le BIT souligne la difficulté de comparer les taux de violence entre les différents pays. Les statistiques officielles relatives aux homicides et aux agressions physiques et sexuelles perpétrés sur le lieu de travail, ainsi qu'aux cas de harcèlement sexuel et de violence psychologique, sont souvent inadéquates ou carrément inexistantes. Les auteurs du rapport du BIT ont néanmoins utilisé les données d'une vaste étude réalisée en 1996 et intitulée International Crime (Victim) Survey portant sur la façon dont les travailleurs de 32 pays percevaient ce qu'ils enduraient sur leur lieu de travail.
D'après ces données, les employés français étaient ceux qui le plus fréquemment estimaient avoir été victimes de violences sur leur lieu de travail: 11,2 pour cent des hommes et 8,9 pour cent des femmes déclaraient avoir été agressés au cours de l'année antérieure. De plus, 19,8 pour cent des femmes se plaignaient d'avoir été harcelées sexuellement pendant la même période.

Par ailleurs, une étude menée en 1996 par l'Union Européenne et basée sur 15.800 interviews réalisées dans les 15 Etats membres révélait les faits suivants: a) quatre pour cent des travailleurs, soit 6 millions de personnes, avaient été soumis à des violences physiques au cours de l'année antérieure; b) deux pour cent, soit 3 millions de travailleurs, avaient été victimes de harcèlement sexuel; et c) huit pour cent, soit 12 millions de travailleurs, avaient subi des actes d'intimidation et des brimades.

La violence psychologique

Les études réalisées ces dernières années ont permis d'apporter de nouvelles preuves de l'impact et du préjudice causés par la violence non physique, à laquelle on se réfère souvent sous le terme de violence psychologique et qui englobe les comportements suivants:

Le comportement abusif ou tyrannique vis-à-vis d'un subalterne ou d'un pair - C'est l'une des formes de violence sur le lieu de travail de plus en plus fréquemment dénoncée. La personne qui se comporte de cette façon blessante cherche à amoindrir un ou plusieurs employés en utilisant des moyens vindicatifs, cruels, malicieux ou humiliants

Selon une étude réalisée au Royaume-Uni, 53 pour cent des employés avaient été victimes d'un tel comportement sur leur lieu de travail, tandis que 78 pour cent avaient déclaré en avoir été témoins. Les comportements abusifs et tyranniques peuvent avoir des conséquences graves sur les personnes qui les subissent.
Par exemple, une étude finlandaise visant à évaluer les effets de ces types de comportement sur les employés municipaux révélait les faits suivants:
a) 40 pour cent des travailleurs tyrannisés ressentaient un degré "important" ou "très important" de stress;
b) 49 pour cent se sentaient anormalement fatigués pendant leur travail; et
c) 30 pour cent étaient "souvent" ou "constamment" nerveux.

Le harcèlement psychologique exercé par le groupe à l'encontre d'un individu

C'est un problème de plus en plus courant en Australie, en Autriche, au Danemark, en Allemagne, en Suède, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Il se produit lorsque plusieurs personnes s'allient pour persécuter un employé ciblé en le soumettant à un harcèlement psychologique qui peut prendre les formes suivantes: faire constamment des remarques négatives sur cette personne ou la critiquer sans arrêt, l'isoler en la laissant sans contact social et médire ou diffuser de fausses informations sur elle. En Suède, on estime que le harcèlement psychologique est à l'origine de 10 à 15 pour cent des suicides.

"Le concept de la violence au travail est en train d'évoluer en ce sens que l'on accorde désormais autant d'importance aux comportements psychologiques qu'aux comportements physiques et que l'on reconnaît pleinement la portée des actes de violence secondaires," explique Vittorio Di Martino, coauteur du rapport du BIT.


Les causes de la violence sur le lieu de travail

Selon le rapport, la violence sur le lieu de travail provient d'un ensemble de causes qui inclut l'individu, le milieu et les conditions de travail, les rapports entre employés, les rapports entre ces derniers et les clients et, enfin, les rapports entre la direction et les employés.
"Nous rejetons l'idée selon laquelle l'individu est le seul responsable de la violence sur le lieu de travail," signale M. Di Martino. "Si nous partons de ce principe, nous ne réussirons jamais à enrayer la violence ni à la gérer quand elle se manifeste."


Le coût de la violence sur le lieu de travail

La violence provoque une rupture immédiate et souvent durable dans les relations interpersonnelles, dans l'organisation du travail et dans le milieu de travail pris dans son ensemble, précise le rapport. Les employeurs assument le coût direct du travail perdu et des améliorations sur le plan de la sécurité, mais la violence génère aussi des coûts indirects, tels que la baisse de l'efficacité, de la productivité et de la qualité des produits, la détérioration de l'image de marque de l'entreprise et la diminution de la clientèle.

Les exemples suivants illustrent bien le coût de la violence:
Aux Etats-Unis, le coût total pour les employeurs des actes de violence commis sur le lieu de travail s'est élevé à plus de 4 milliards de dollars en 1992, selon une étude du National Safe Workplace Institute. Au Canada, selon le British Columbia Workers' Compensation Board, les demandes d'indemnisation salariale du personnel hospitalier entraînées par des actes de violence et de brutalité ont augmenté de 88 pour cent depuis 1985. En Allemagne, le coût direct de la violence psychologique dans une entreprise de 1 000 employés a été estimé à 112.000 dollars (200.000 marks) par an, auxquels viennent s'ajouter 56.000 dollars en coût indirects.

Le texte intégral du rapport est visible sur Internet : http://www.ilo.org/public/french/bureau/inf/pr/1998/30.htm


ENQUETE SUR LE HARCELEMENT MORA
L
Réalisée par Béatrice SEILER en collaboration avec l'association Mots pour Maux au Travail


Les objectifs de l'étude étaient :

Evaluer l'importance du harcèlement moral et le décrire
Rechercher des facteurs favorisants dans les caractéristiques du salarié et de son entreprise
Elaborer un outil de détection et d'évaluation du problème

La Méthode :

La population étudiée était constituée de 1210 salariés vus à l'occasion de consultations en médecine du travail chez les 36 médecins du travail participant à l'enquête. Le taux de participation a été de 95,4%. La population provenait du secteur public dans 7,8% des cas et du secteur privé dans 92,2% des cas.

Résultats :

Fréquence du harcèlement :
9,6 % répondaient à notre critère du harcèlement
7,3% se disaient harcelés lors de l'entretien avec le médecin

Sources du harcèlement :
Par la hiérarchie : 49%
Par les collègues : 25%
Combiné (hiérarchie+collègues) : 17%
P
ar les subordonnés : 5%
Autres (clients, locataires…) : 4%.

Circonstances de début :
Réorganisation dans l'entreprise : 29% des cas
Après un changement de supérieur : 28% des cas
Après un arrêt de travail : 26% des cas
Après un désaccord : 25% des cas

Agissements :
Ils se regroupaient en 3 catégories égales en fréquence :
Problèmes relationnels au travail (isolement, discrédit)
Manipulation du travail et absence de reconnaissance
Atteinte directe à la personne en tant qu'individu
La fréquence de survenue des agissements la plus rapportée était d'au moins une fois par semaine. La durée moyenne était de 27 mois.

Soutien :
76% des harcelés se disaient soutenus par :
Leur famille (60%)
Leurs amis (36%)
Leurs collègues (33%)
Leur médecin traitant (21%)
Leur médecin du travail (8%).

Vécu douloureux :
Sentiment d'injustice 80% des cas
Envahissement des pensées 71% des cas
Sentiment d'absurdité 66% des cas
Sentiment d'impuissance 63 % des cas
Evitement des situations rappelant les problèmes professionnels 53% des cas
Souffrance des proches 53% des cas
Sentiment d'humiliation 52% des cas

Conséquences sur la santé :
Nous avons observé significativement plus de problèmes de santé chez les harcelés que chez les non harcelés.
Ils souffraient de :
Troubles de l'humeur (72%)
De troubles du sommeil (70%)
D'une fatigue anormale (64%)
D'anxiété (60%)
De troubles neurologiques (52%)
D'une perte des intérêts et des envies (48%)
De troubles digestifs (47%)
De troubles de l'appétit (37%)
De troubles de la mémoire (37%)
De troubles cardiologiques (37%)
De baisse du désir sexuel (27%)
D'idées suicidaires (10%).

Conduites de dépendance :
Augmentation de la consommation de tabac et du café dans 1/3 des cas, de l'alcool dans 10% des cas.

Consommation médicamenteuse :
Les harcelés consommaient 4 fois plus d'anxiolytiques et 9 fois plus de somnifères que les non harcelés. Les personnes se disant harcelées consommaient 5 fois plus d'antidépresseurs que le reste de la population interrogée.

Coût social :
Les agissements ont conduit dans 19% des cas à des arrêts de travail leur étant attribuable, d'une durée moyenne de 9 jours par personne.
Nous avons observé un pourcentage plus élevé d'arrêts maladie chez les harcelés par rapport aux non harcelés 23% vs 8%) avec 5 fois plus de jours d'arrêt par personne 12,4 j vs 2,6 j sur les 12 derniers mois).

Conséquences sur l'emploi :
Les salariés signalant avoir subi des agissements hostiles dans leur passé rapportaient que ceux-ci leur avaient fait quitter l'entreprise dans 61% des cas dont 44% par démission.

Facteurs favorisants :
La recherche de facteurs favorisants dans les caractéristiques du salarié et dans celles de son entreprise a été peu concluante.

 
Parallèlement à la diffusion de la soirée thématique, des spécialistes seront sur place pour répondre aux demandes des téléspectateurs.
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