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Dernier été
(1980 - 85min)
Scénario - dialogues : Robert
Guédiguian, Frank Le Wita
Photo : Gilbert Azevedo
Décors - Costumes : Régine Pignol
Musique : Antonio Vivaldi
Son : Luc Perini
Interprètes : Gérard Meylan (Gilbert),
Ariane Ascaride (Josiane), Jean-Pierre Moreno
(Mario), Djamal Bouanane (Banane), Malek
Hamzaotii (le muet), Joëlle Modola (Martine),
Jim Sortino (Boule).
Prix GEORGES SADOUL 1981
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Voilà un film qui sent fort le pastis et la garrigue.
Le quartier Nord de Marseille qui nous est dépeint avec
amour et lucidité n'est rien d'autre qu'un petit village
guetté par la ville. Il en a le charme secret, la
pesanteur des midis, l'étouffement nocturne où des
corps se pressent dans un bal populaire.
De cette banlieue marseillaise, Guédiguian et Le Wita
extraient les effluves sensuelles, la douceur agressive
des compagnons de comptoir, la moiteur des siestes
interrompues. Ils nous imprègnent d'odeurs et de bruits
avec une grâce qui n'exclut pas la rigueur. Ils nous
montrent, attendris à n'en plus pouvoir, de misérables
sortilèges. Ils savent bien qu'à travers l'ordinaire du
quotidien se célèbrent de grands mystères.
Le premier mérite de «Dernier été» réside dans le
rendu compte d'un milieu où les accents de vérité
bouleversent tranquillement, où de pauvres paroles
cachent des trésors de générosité. Le Wita et
Guédiguian ont débusqué les coeurs trop pleins
derrière les mots trop vides. Ils ont su écouter.
Pourtant, ces "gens-là", pour la plupart, ne
sont guère exemplaires : demi-sels de banlieue, voyous
occasionnels, ils respirent la délinquance et, lorsque
se produit le drame, il ne nous surprend pas vraiment.
Ça planait dans l'air.
Deuxième mérite du film : ne pas juger. L'on pourra
toujours me rétorquer que c'est déjà un point de vue
que de montrer des délinquants aussi sympathiques.
Voire... Regardons-y de plus près. Le drame est là,
présent, dès le début du film, et se précise au fur
et à mesure que des scènes de violence, volontiers
atténuées, créent un climat d'insécurité. Scènes de
violence qui sont d'autant plus fortes qu'on n'y insiste
pas. Elles paraissent à la fois normales (ça devait
arriver) et incongrues (pourquoi gâcher tout cet amour,
cette amitié ?).
Comment ne pas aimer les personnages en ce qu'ils ont de
vrai ? Ils sont tous beaux dans leur tête, et ça
transparaît à travers leur corps. Elle n'est pas très
belle, Josiane, mais son regard lumineux fait chanter son
visage ; il n'est pas très séduisant, Gilbert, mais sa
gaucherie émouvante le sert bien et le rend pathétique.
Comment ne pas voir en même temps, que ses amis comme
lui-même, courent à la catastrophe ? Le réseau
socio-économique, l'excroissance urbaine les
emprisonnent dans leur implacable logique. Ils s'y
débattent tels des rats pris au piège. Ce sont les
victimes résignées d'un ordre social. Il serait
pourtant faux de ne voir dans le film qu'un point de vue
rousseauiste : la bonté fondamentale de l'homme face à
la corruption sociale.
D'abord, il ne s'agit pas de la société mais d'une
société bien précise : celle qui s'appuie sur le
profit. Ensuite, ces victimes ne sont pas totalement
innocentes. Elles se distraient, à leur façon, de la
pesanteur du corps social. On a le sentiment qu'elles le
subissent comme un effet de nature. A aucun moment ne
leur vient l'idée de lutter contre.
Certes, les personnages sont sympathiques par le poids
d'humanité qu'ils portent en eux. Ils l'emploient mal,
c'est tout... et c'est beaucoup. Je serais presque tenté
de qualifier de serein le regard que Guédiguian et Le
Wita portent sur leurs héros. Pas plus qu'eux, ils ne
s'indignent ni ne se révoltent ; ils se contentent de
nous montrer une situation indigne et révoltante.
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