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Rouge Midi
(1983-110 min.)
Scénario : Robert Guédiguian en
collaboration avec Frank Le Wita.
Photo : Gilberto Azevedo.
Musique : Vivaldi.
Décors : Michel Vandestien .
Interprètes : Gérard Meylan Jérôme),
Ariane Ascaride (Marggiorina), Raul Gimenez
(Mindou), Martine Drai (Ginette), Pierre Pradinas
(Pierre).
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I1 y eut Pagnol. Puis René Allio. C'est
au second qu'on en référera pour cette chronique
populaire d'un quartier de Marseille, l'Estaque-Riaux.
Allio y avait situé «La Vieille Dame indigne».
Et, comme dans «Retour à Marseille»,
Guédiguian nous conte l'ordinaire de plusieurs
générations d'immigrés italiens. Car c'est bien en
conteur de son propre espace qu'intervient le cinéaste.
La première image dit : "J'ai trop de
mémoire." Celle-ci renvoie alors à cette journée
des années vingt qui vit débarquer dans la cité
phocéenne une pauvre famille calabraise à la recherche
de travail et de pain.
Dix ans plus tard, la fille, Marggiorina, est ouvrière
aux Chantiers coloniaux. Elle épouse Jérôme, un
garçon au fort caractère qui a fait les quatre cents
coups dans son enfance avec son copain Mindou. Ce dernier
continue à tremper dans quelques magouilles, mais
lorsqu'on lui demandera de livrer des armes aux
franquistes durant la guerre d'Espagne, il refusera de
trahir la classe à laquelle il continue d'appartenir.
Marggiorina et Jérôme ont un fils, Pierre, qui
deviendra instituteur et communiste, épousera Céline et
aura un enfant prénommé Sauveur, en mémoire d'un oncle
assassiné par les fascistes dans le quartier de
l'Opéra. C'est ce Sauveur qui nous conte cette histoire
avant de "monter" à Paris.
Guédiguian n'a pas voulu égrener les événements
historiques comme autant de fresques qui traversent le
siècle. Il a évité de montrer les images sorties des
livres scolaires pour ne s'attacher qu'à la
répercussion de ces événements sur la vie des gens,
leur participation, leur espoir, leur combat, mais aussi
leur désarroi quand tombent les illusions. Dans cet
esprit, on passe naturellement sur les légers
anachronismes que seuls les autochtones (et encore !)
seront susceptibles de relever.
Les comédiens (tous Marseillais et amis du
réalisateur), le décorateur (Michel Vandestien) et le
chef opérateur (Gilbert Azevedo) ont contribué à faire
du film de Robert Guédiguian autre chose qu'un simple
film "décentralisé".
«Rouge Midi», c'est la mémoire populaire d'un
quartier, d'une région, d'un pays tout entier. C'est
irrémédiablement, une part de chacun d'entre nous qui
nous est restitué.
Gilles Le Morvan
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