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Points de vue sur le cinéma |
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"Je crois en la
responsabilité qui existe dans le fait dêtre un
intellectuel : être une force de proposition pour
un public. Pour un public signifie à lattention
dun public, mais aussi à la place dun
public. Responsable donc et ... porte-parole."
"J'ai grandi dans un gras monde qui était
structuré par le mouvement ouvrier. Les gens
travaillaient à 80% sur les quais, il y avait une
solidarité. On était pauvre, mais on était pauvre
ensemble. Aujourd'hui, quand je vois, dans une cité,
deux types se foutre sur la gueule parce que l'un est
orthodoxe et l'autre je ne sais quoi, ça me désole. Le
fond du problème, c'est qu'ils sont chômeurs et se font
niquer par la société. Gérard est espagnol et suisse,
Malek est kabyle et italien, je suis arménien et
allemand. On ne s'est jamais posé de questions
d'identité. Quand je vois les minots avec la croix de
Kabylie et toutes ces conneries de repli d'identité, je
ne peux pas m'empêcher de dire qu'on noie le poisson et
que, oui, c'était mieux avant." "Monté" à Paris au milieu des années 70,
pour mener à bien des études en sciences sociales et
soutenir une thèse sur la conception de l'Etat dans le
mouvement ouvrier, Robert Guédiguian aime à rappeler
aussi qu'à cette époque, il avait la bougeotte. Par endroits, L'Estaque ressemble encore à ce qu'il fut. Telle petite rue inchangée qui semble une impasse à première vue, révèle un escalier qui mène dans une autre rue en surplomb : on est dans «Rouge Midi». A quelques kilomètres, le pont majestueux où les enfants de «Dieu vomit les tièdes» se font le serment de ne jamais trahir leurs origines, enjambe toujours, superbe et éternel, le canal de Caronte 1. Mais, au Plan d'Aou, la cité HLM où se situait l'action de «L'argent fait le bonheur», les immeubles sont délabrés et certaines fenêtres murées. Sur le terrain de foot, Farid, 14 ans, qui joue dans les deux derniers films de Robert Guédiguian, nous salue puis retourne à son match : le cinéma, c'est bien pour rigoler, le foot, c'est du sérieux. Pour résumer le cinéma de Robert Guédiguian, il
faudrait deux mots : Marseille et famille. Marseille,
d'où il vient ; la famille, où il vit : liens de sang,
liens de coeur, liens de travail... Mais ce cinéma-là
ne se résume pas, il se sirote comme un pastis serré,
il se hume comme le vent du large. Les six films de
Guédiguian - «Rouge Midi» (1983), «Ki Io sa
?» (1985), «Dieu vomit les tièdes» (1989),
«L'Argent fait le bonheur» (1992), et «A la
vie, à la mort !» - se déroulent tous à Marseille
et on mesure bien, à travers ce tissu d'images et de
souvenirs, combien la géographie des lieux a fécondé
l'imaginaire du cinéaste. (1) Ce pont est aussi celui de «Toni» de Jean
Renoir. |
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