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Entretien avec Isabelle Huppert

Isabelle est bien en Médée
Confidences pertinentes et lucides sur la comédienne et son monstre.

 

Fabienne Pascaud a rencontré Isabelle Huppert lors du Festival d'Avignon 2000. Cet entretien a été réalisé par La Compagnie des Indes.

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Le monstre
"Je n'ai jamais dit qu'il n' y avait une part de monstre chez Médée, quelle que soit la manière dont on la présente. Petite ou grande, mythique ou ordinaire, Médée enfante le monstre en elle. Je crois que la grande figure tragique convoque la figure ordinaire et inversement. La question est : comment porte-t-on le monstre en soi ? Euripide a crée une figure qui est très en avance sur les figures de son époque : Médée est à la fois dans son drame et à distance de son drame. Elle vit une chose qui est de l'ordre de la tragédie, c'est à dire une chose annoncée qui la dépasse, et en même temps, elle en fait le commentaire... L'émotion n'est pas l'unique colonne vertébrale du personnage. Il y aussi son incroyable capacité d'analyse qu'il me plaît de dégager de plus en plus."

Passage à l'acte
"Médée pose de manière immédiate la question du bien et du mal qu'on peut avoir en soi. Elle ne me fait pas peur parce que je pense qu'aucun de nous n'est si loin de ce qui la traverse (...) Et tout l'intérêt, justement, est que Médée ne fasse pas peur, qu'elle soit "reconnaissable" en chacun. On sait tous qu'on n'est pas loin du passage à l'acte. Comme actrice, il n'y a pas besoin de passer par des constructions savantes pour accéder à cette connaissance. C'est très proche, donc assez simple. Ce qui est mystérieux dans le meurtre ou l'infanticide, ce n'est pas le pourquoi, mais le comment."

(Propos recueillis dans le Monde du 5 janvier 2001 par Brigitte Salino - les intertitres sont d'ARTE Magazine)

Elle même
"Médée n'aime qu'elle-même. Chez Euripide, la blessure est narcissique. Médée n'est probablement pas amoureuse, ne peut l'être de Jason, ce rhétoricien à la petite semaine, cet agrégé de la mauvaise foi. Jason n'est pas l'amour de sa vie, c'est l'erreur de sa vie. Et s'il y a pu avoir un amour fou, il n'en a été comme de tout amour fou : soi-même que l'on aime à travers l'autre."

Hold-up
"Euripide, qui construit sa pensée dans un perpétuel va-et-vient entre des oppositions, contrariées encore par d'autres propositions, ou alternatives, fait savoir d'entrée le pur événement : l'assassinat est annoncé. ça fonctionne comme un film d'Hitchkock, on va simplement assister à comment ça se passe. Alors il faut faire et défaire, apparaître et disparaître, s'épuiser à ne plus vouloir, abdiquer, renoncer à toutes les postures qui vous constituent. Un rôle au théâtre, c'est un hold-up ; on n'a plus de corps, plus de cerveau, il y a quelque chose de la perte de soi. Et puis on se retrouve. Dans un espace émotionnel si dense qu'il faut rester à la fois au cÏur et à la marge. Dans le contrôle et la perte de contrôle. Le théâtre qui m'émeut est celui où d'un coup il n'y a plus de résistance à soi, à sa peur. ça ne m'entame pas, ça me ressemble, au contraire. "

(Propos recueillis dans Libération du 8 janvier 2001 par Mathilde La Bardonnie - les intertitres sont d'ARTE Magazine)

 

 

Entretien avec Jacques Lassalle