Résumé
de Médée
Réfugiée
à Corinthe avec Jason, son époux pour lequel elle
a trahi les siens, Médée est bannie par le roi Créon
qui a donné sa fille (la princesse Créüse,
ou Glauké selon les versions de la légende ; Euripide
ne lui donne pas de nom) à Jason le héros conquérant
de la Toison d'Or. Dans une rage folle, Médée ne
mange plus, ne veut plus parler ni à ses enfants, ni à
ses serviteurs. À sa demande, Créon consent à
lui laisser un jour de répit afin de trouver une destination
d'exil pour elle et ses enfants.
En
vérité, Médée veut mettre ce délai
à profit pour se venger de l'amour et de l'honneur perdus.
Elle souhaite avant tout faire mourir Jason, sa nouvelle femme
et le roi Créon. Elle confie ses projets à sa seule
nourrice. Simulant un ralliement au choix de Jason, elle charge
ses deux enfants de porter à la princesse un magnifique
bandeau d'or et des voiles légers, somptueux cadeaux empoisonnés
par ses soins. En les revêtant, la jeune épouse royale
meurt dans d'atroces souffrances. Le roi Créon, se jetant
sur le cadavre de sa fille, subit le même sort.
Médée
parvient par ailleurs à faire jurer Égée,
le roi d'Athènes, de l'accueillir et de la protéger
dans son royaume en n'importe quelle circonstance. Pour parfaire
sa vengeance contre Jason, elle décide d'éliminer
sa descendance et égorge ses propres enfants. Elle s'enfuit
alors sur un char ailé en direction d'Athènes. L'infortuné
Jason, désespéré, a tout perdu.

L'été
dernier, Don Kent s'est glissé dans la cour du Palais des
Papes pendant cinq représentations pour capter la mise
en scène en plein air imaginée par Jacques Lassalle.
Transformé en vaste étendue d'eau, avec barque et
ponton de bois, bordé par un tumulus de terre on l'on distingue
le seuil d'une grotte, le plateau permet une scénographie
originale où les mouvements gagnent en liberté et
l'intimité en intensité. Grâce à une
étroite collaboration avec Jacques Lasalle, Don Kent parvient
à transposer parfaitement la gestuelle tragique des acteurs,
la tension et l'incertitude des situations. Usant de lents travellings
- notamment pour les entrées sur barque des personnages
-, alternant plans d'ensemble et gros plans, jouant des reflets
de l'eau sur le décor, des éclairages et du souffle
du vent, le réalisateur saisit toute la beauté et
la profondeur de la mise en scène, servie par une Isabelle
Huppert/Médée remarquable. De sa première
apparition orale (un cri provenant des entrailles de la grotte)
et visuelle (une femme qui semble déjà être
un fantôme.) à la scène finale, l'actrice
interprète avec engagement, courage et justesse, le vertige
de ce personnage partagé entre l'amour, la colère,
la lucidité et la folie. Sur son visage, les rictus de
la démence se mêlent aux larmes et aux regards machiavéliques.
Puissance à demi divine, Médée est d'autant
plus inquiétante qu'elle apparaît fragile. Du coup,
"notre sympathie croît dans le temps même que croît
notre conscience de sa monstruosité" (Jacques Lasalle).
Et en effet, on lui donnerait presque raison, on aimerait acquitter
cette femme déçue et bafouée, admirer cette
mère bouleversée. La pièce fait fi des fastes
de la mythologie pour s'approcher du drame psychologique, notamment
grâce à une traduction moderne, voire triviale. Déstabilisant
? Sûrement, surtout lorsque le couple Jason/Médée
se retrouve face à face dans de grandioses scènes
de ménage. Quand Médée hurle "salaud" à
son époux incarné par un Jean-Quentin Châtelain
à la diction décalée et hilarante, le drame
bourgeois n'est pas loin. Mais n'est-ce pas là le grand
plaisir des tragédies d'Euripide ?

- "N'économise
rien Médée de ce que tu sais, quand tu intrigues
et déploie tout ton art, viens-en à l'effroyable!
C'est maintenant la bataille des âmes vives !" (Médée)
- "Il
me paiera son crime... Jamais, jamais à l'avenir il ne
verra vivre les enfants de moi... Jamais, jamais, il ne fera
d'enfants à la jeune femme qu'il vient de prendre, puisqu'elle
doit, l'abominable, mourir abominablement, mourir grâce
à mes poisons."
(Médée)
- "Je
pleure sur l'acte que je vais accomplir. Je vais assassiner
les enfants que j'ai fait... Aucun être au monde ne pourra
les sauver." (Médée)
|

|
|
Mardi
20 février 2001
21.40
Médée
Pièce
d'Euripide
Nouvelle traduction
de Myrto Gondicas
et Pierre Judet de la Combe
Mise en scène : Jacques Lasalle
Décor
: Rudy Sabounghi
Costumes : Emmanuel Peduzzi
Lumières : Frank Thévenon
Son : Daniel Girard
Réalisation : Don Kent
Coproduction : ARTE France, La Compagnie des Indes.
Avec
:
Isabelle Huppert (Médée)
Pierre Barrat (Créon)
Anne Benoit (la nourrice)
Jean-Quentin Châtelain (Jason)
Michel Peyrelon (le pédagogue)
Jean-Philippe Puymartin (Égée)
Emmanuelle Riva (le chur)
Pascal Tokaltian (le serviteur)
|
|


|
| |
|