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Le
projet de Palettes remonte à plus de 10 ans en fait, puisqu'il
date de 1984. Je travaillais épisodiquement pour l'INA (Institut
National de l'Audiovisuel) à l'époque. J'avais écrit et donné le
projet à Thierry GARREL qui était alors producteur à l'INA. Il s'agissait
donc de prendre le contre-pied total du discours classique sur l'art
et de raconter non plus l'histoire des peintres, ou des périodes
artistiques, mais de prendre un tableau et de raconter toute son
histoire. L'idée que j'avais soumise à Thierry GARREL consistait
à découper un film en une minute sur les pinceaux, une minute sur
les couleurs, une minute sur la toile, etc.. Le principe n'a évidemment
jamais fonctionné de la sorte. Ce projet est resté dans les tiroirs
pendant quelques années.
Et
puis, en 1987, quand Thierry GARREL est parti pour fonder, avec
d'autres, La Sept, il m'a appelé et m'a dit: "Voilà,
on met de l'argent pour produire le prototype , qu'est-ce qu'on
peut faire comme prototype?". Nous avons alors fabriqué
celui qui passe en premier dans la série cette année:
Le repas chez Levi de Veronese.
Pourquoi
Le repas chez Levi? Parce que pendant plusieurs années
de suite, j'avais vu le tableau en restauration à Venise.
Comme vous le savez, il a été découpé
à un moment de son histoire, en trois parties, et mal recollé.
Au cours de la restauration qui a duré plusieurs années,
les gens de Venise en avait pris un tiers, l'avait mis en laboratoire
de restauration, puis un second tiers.... Pendant trois ou quatre
ans on a pu voir tour à tour chaque tiers du tableau au musée
de l'Academia. Cela m'avait beaucoup frappé de voir un tableau
morcelé et la cxistance des parties restaurées
et des parties non restaurées. Le tableau a été
remis en place début 88 et c'est à ce moment-là
que je l'ai choisi. Quand Thierrry GARREL m'a appelé, je
lui ai dit que c'était LE tableau qu'il fallait faire. J'avais
un peu peur aussi de me heurter de front tout de suite au Louvre
où il y avait apparemment des hiérarchies, des féodalités
et où il fallait passer par des gens très différents les
uns des autres.
Je
suis allé à Venise, et j'ai eu accès au tableau que l'on a d'abord
filmé et photographié devant l'Arche, ce qui n'était pas du tout
facile car c'est un tableau qui fait 13 mètres de long. Ensuite
on l'a filmé, je suis allé aux archives et on m'a donné tous les
documents dont j'avais besoin. Ce que plus personne ne ferait aujourd'hui,
car, en l'espace de 10 ou 15 ans, la commercialisation de l'image
est devenue telle que maintenant n'importe quel musée, n'importe
quel laboratoire, n'importe quel institut de restauration vous fait
payer des sommes absolument astronomiques pour utiliser la moindre
image.
J'ai
fait ce film avec le soutien du CNRS audiovisuel qui m'avait prêté
une équipe pour tourner à Venise et avec le soutien de Pierre-André
BOUTANG, qui était à l'époque à FR3, et qui a coproduit la première
série. On s'est retrouvé avec ce prototype qui correspondait à peu
près à la formule de départ.
Je
dois dire aussi qu'il avait été produit dans des conditions assez
exceptionnelles puisque La Sept avait mis beaucoup d'argent et elle
a continué. C'est une des conditions de production qu'il faut souligner.
Il y a très peu d'exemples de série qui dure une dizaine d'années,
sauf peut-être dans la production privée, comme les films de Cousteau.
J'ai
eu la chance d'avoir une continuité totale dans la production de
la part d'ARTE, et aussi du fait que le producteur responsable de
cette série, Thierry GARREL, est toujours resté en place depuis
dix ans. Il est évident que si l'un ou l'autre de ces facteurs avait
disparu la série aurait cessé immédiatement. Tout le monde s'émerveille
de cette série mais je ne vois aucune chaîne autre qu'ARTE capable
de la produire. C'est quelque chose d'assez exceptionnel dans la
production française pour que cela mérite d'être souligné.
Une
fois que ce prototype a été montré, il y a eu un concours de circonstances
absolument exceptionnel. La France est le seul pays au monde aujourd'hui
qui possède trois musées qui mettent de l'argent dans des productions
de télévision. Les autres musées, comme les musées américains, fonctionnent
la plupart sur des dons de collectionneurs, des héritages, etc.;
et les conservateurs sont très près de leurs sous. Il y a très peu
d'argent qui est injecté dans la diffusion, dans la publicité, dans
la vulgarisation auprès du grand public et lorsqu'il y a de l'argent,
en général, il sert soit à restaurer des tableaux, soit à en acheter
de nouveaux.
La
conjoncture aussi était exceptionnelle: il y avait une nouvelle
politique culturelle en France sous Jack LANG, il y avait le Grand
Louvre qui se préparait, le fait que le Louvre décidait de fabriquer
des films d'art, et de les produire avec des chaînes. Le Musée d'Orsay
a suivi tout de suite après, et le Centre Pompidou s'y est associé
aussi. En l'espace de trois-quatre saisons, j'ai pu rassembler autour
de la série Palettes les capacités de production de trois
grands musées français, avec en plus une institution comme la RMN
(Réunion des Musées Nationaux) dont la vocation est non seulement
de s'occuper de la gestion financière des musées et mais aussi de
produire des films et des CD-Roms. La RMN s'est substitué soit aux
musées qui n'en avaient pas les moyens, comme par exemple le musée
de Lille pour les deux Goya, soit à des institutions plus vastes
et plus nébuleuses comme la Responsabilité de la Préhistoire en
France, des musées préhistoriques. Parce que la RMN a des intérêts
dans le futur musée des Eyzies, elle a cofinancé Lascaux par exemple.
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